« Rien de plus cho­quant qu’une am­bu­lance qui fait de­mi-tour »

Mar­tin Hirsch, le pa­tron des Hô­pi­taux de Pa­ris, s’in­quiète d’un re­gain d’agres­si­vi­té, no­tam­ment pour la prise en charge des pa­tients.

Le Parisien (Yvelines) - - FAIT DU JOUR - PROPOS RE­CUEILLIS PAR FLO­RENCE MÉRÉO

LE WEEK-END DER­NIER, près de 162 bles­sés ont été pris en charge dans les 37 hô­pi­taux qui com­posent l’As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP), l’ins­ti­tu­tion di­ri­gée de­puis cinq ans par Mar­tin Hirsch. Le quin­qua­gé­naire, an­cien haut-com­mis­saire contre la pau­vre­té et à la jeu­nesse (2007-2010), com­prend la dé­tresse qui s’ex­prime dans la rue mais ap­pelle celle-ci à ne pas dé­gé­né­rer en vio­lence.

Vos ser­vices ont ac­cueilli de nom­breux bles­sés. Cette es­ca­lade de la vio­lence vous in­quiète-t-elle ?

MAR­TIN HIRSCH. Notre rôle est d’ap­por­ter des soins à la po­pu­la­tion. J’étais le week-end der­nier à l’hô­pi­tal Bi­chat (Pa­ris XVIIIe) et 58 bles­sés en marge des ma­ni­fes­ta­tions sont ve­nus s’ajou­ter aux 300 pa­tients du jour. Pour les blouses blanches, il est bi­zarre d’avoir à soi­gner des plaies parce qu’entre ci­toyens fran­çais nous nous sommes mis à nous ti­rer des­sous, à nous bous­cu­ler. Ce­la laisse un ar­rière-goût amer. D’au­tant que ceux qui tra­vaillent dans les ser­vices d’ur­gence et de ré­ani­ma­tion sont ac­tuel­le­ment confron­tés à une im­por­tante épi­dé­mie de bron­chio­lite et au dé­but de la grippe.

Y a-t-il un risque de ne pas pou­voir soi­gner une par­tie de la po­pu­la­tion ?

Je ne veux ni être dans le ca­tas­tro­phisme ni dans la me­nace ou le chan­tage. Tous ceux qui doivent être soi­gnés le se­ront, on fe­ra notre tra­vail : l’hô­pi­tal est là pour ça. Je dis juste que cette vio­lence est évi­table et que les bles­sés sont sou­vent soi­gnés par des in­fir­mières, par des aides-soi­gnants qui ont le même sa­laire, les mêmes condi­tions de vie qu’eux. Comme beau­coup, j’ai vu les images de soi­gnants em­pê­chés dans leur tra­vail. Il n’y a rien de plus cho­quant que de voir un ca­mion de pom­piers ou une am­bu­lance faire de­mi-tour.

Votre ap­pel au calme peut-il être en­ten­du dans une France si frac­tu­rée ?

J’ai mi­li­té cinq ans au­près de l’ab­bé Pierre (NDLR : Mar­tin Hirsch fut pré­sident d’Emmaüs France entre 2002 et 2007). Je ne connais pas d’homme ayant eu des in­di­gna­tions plus fortes que les siennes. Je l’ai vu en­gueu­ler des mi­nistres, pous­ser des co­lères noires. Mais ja­mais je ne l’ai en­ten­du ap­pe­ler à la moindre vio­lence phy­sique face à la vio­lence so­ciale ou dire : Pre­nez une ma­traque, cas­sez tout, frap­pez votre voi­sin ! Il ap­pe­lait à se­couer le pou­voir, oui, mais par les mots, pas par les coups.

L’AB­BÉ PIERRE AP­PE­LAIT À SE­COUER LE POU­VOIR, MAIS PAR LES MOTS, PAS PAR LES COUPS

C’est l’exemple de l’ab­bé Pierre que vous ap­pe­lez donc à suivre ?

Les Gi­lets jaunes sont de ceux qui ai­maient l’ab­bé Pierre et se gran­dis­saient de sa pré­sence. Il faut s’ins­pi­rer de son pa­ci­fisme. Le mes­sage dé­li­vré n’en se­ra que plus au­dible, sin­cère et ef­fi­cace.

Mar­tin Hirsch, le pré­sident de l’AP-HP, rap­pelle que les soi­gnants ont « les mêmes condi­tions de vie » que les Gi­lets jaunes.

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