« On se se­rait cru en Sy­rie ! »

Des pa­rents, comme cette mère de fa­mille, des élèves et des en­sei­gnants du ly­cée Saint-Exu­pé­ry condamnent la vio­lence des images mon­trant l’in­ter­pel­la­tion de 151 jeunes.

Le Parisien (Yvelines) - - YVELINES - PAR VIR­GI­NIE WÉBER @LePa­ri­sien_78

«In­di­gna­tion », « conster­na­tion », « tris­tesse » et même « haine » : au len­de­main de la vi­déo choc mon­trant l’in­ter­pel­la­tion de 151 jeunes à Man­tes­la-Jo­lie, à ge­noux, mains sur la tête ou dans le dos, les condam­na­tions sont una­nimes dans le quar­tier du ValFour­ré. « Com­ment ces en­fants-là vont-ils re­gar­der la so­cié­té après ce qu’ils ont vé­cu ? » s’in­ter­roge Kha­di­ja, dont le fils de 17 ans, « sans his­toires » as­sure-t-elle, fait par­tie des ly­céens in­ter­pel­lés. « On au­rait dit qu’ils al­laient se faire fu­siller, ajoute-t-elle. Au lieu de créer du lien entre les forces de l’ordre et la po­pu­la­tion, on est en train de créer un fos­sé. »

Hier ma­tin, une soixan­taine de pa­rents d’élèves, d’en­sei­gnants et de ly­céens se sont ras­sem­blés sur le par­king du ly­cée Saint-Exu­pé­ry, à quelques pas de l’en­droit où la vague d’in­ter­pel­la­tions a eu lieu la veille. Mi­cro à la main, Ma­ryse, en­sei­gnante, « ap­pelle au calme ». Yessa, pa­rent d’élève, dé­nonce « une vio­lence éta­tique sur des mômes d’un quar­tier po­pu­laire », qui « in­ter­vient dans un cli­mat so­cial très dé­li­cat ». « On traite ces mômes-là de ma­nière dif­fé­rente. Ce qui s’est pas­sé ici hier (NDLR : jeu­di) ne se­rait ja­mais ar­ri­vé dans un ly­cée du VIIIe, à Pa­ris », s’in­digne la mère de fa­mille, membre du col­lec­tif de lutte contre les dis­cri­mi­na­tions Ro­sa Parks.

« Com­ment se fait-il qu’à Mar­seille, troi­sième ville de France, il y ait eu 33 in­ter­pel­la­tions du­rant les ma­ni­fes­ta­tions ly­céennes et qu’il y en ait eu 151 dans notre pe­tite ville de Man­tes­la-Jo­lie ? abonde un homme. La réa­li­té des chiffres prouve la dif­fé­rence de trai­te­ment du gou­ver­ne­ment sur un même ter­ri­toire. » Ce père de fa­mille ne dé­co­lère pas face à ce qu’il qua­li­fie de « ré­pres­sion ».

Les quelques ly­céens pré­sents hier re­grettent que « tout le monde ait été mis dans le même sac » : « On a vu les cas­seurs à l’aube. On ne sait pas d’où ils ve­naient mais ils étaient en train de mettre leurs ca­goules, prêts à se battre. » A leurs cô­tés, une ma­man s’ex­clame : « Je n’ai ja­mais vu ce­la en France : on se se­rait cru en Sy­rie ! »

Le conseiller prin­ci­pal d’édu­ca­tion (CPE) du ly­cée, Mi­chel Chas­tant, reste lui-même aba­sour­di par les images. « Tout le monde a basculé dans l’effroi », confie le se­cré­taire gé­né­ral dé­par­te­men­tal de la Fé­dé­ra­tion syn­di­cale uni­taire (FSU). Ce genre d’in­ter­pel­la­tion aus­si hu­mi­liante va nous créer plus de pro­blèmes sur le long terme car ce­la dé­cons­truit les rap­ports qu’on était en train de créer avec nos jeunes, qui sont tou­jours un peu fra­giles. »

« CE QUI S’EST PAS­SÉ ICI HIER (NDLR : JEU­DI)

NE SE­RAIT JA­MAIS AR­RI­VÉ DANS UN LY­CÉE DU VIIIe À PA­RIS » YESSA, MÈRE D’ÉLÈVE

Mantes-la-Jo­lie, hier. Une soixan­taine de per­sonnes se sont ras­sem­blées de­vant le ly­cée Saint-Exu­pé­ry, là où s’est dé­rou­lée, la veille, l’in­ter­pel­la­tion im­mor­ta­li­sée sur une vi­déo (à gauche). LP/V.W.

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