Quand le Brexit rend ma­lade les ex­pa­triés

Alors que le vote sur l’ac­cord Brexit a lieu de­main, de nom­breux eu­ro­péens souffrent de « Brexit an­xie­ty ».

Le Parisien (Yvelines) - - ÉCONOMIE - DE NOTRE CORRESPONDANTE À LONDRES (ROYAUME-UNI) MA­RION L’HOUR

SI LES DÉ­PU­TÉS VOTENT, comme pré­vu, contre l’ac­cord sur le Brexit cette se­maine, nous se­rons « en ter­ri­toire in­con­nu », pré­vient le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique. Les 3 millions et de­mi d’Eu­ro­péens ex­pa­triés au Royaume-Uni s’y trouvent de­puis plus de deux ans dé­jà. Lu­cie, par exemple. Ce­la fait vingt ans que cette Tchèque de 41 ans vit au Royau­meU­ni. Elle a souf­fert, comme beau­coup d’autres de « Brexit an­xie­ty », l’an­xié­té liée au Brexit. La mu­si­cienne, ins­tal­lée dans le Sur­rey, ra­conte d’une voix en­core mar­quée son choc, quand elle a reçu en no­vembre 2016 une lettre du mi­nis­tère des Af­faires étran­gères : on lui re­fu­sait la ré­si­dence per­ma­nente. « C’est comme si le sol s’ef­fon­drait sous mes pieds », se sou­vient la jeune femme. « Comme si mes pa­rents di­vor­çaient et me met­taient de­hors, pour­suit-elle. J’étais trau­ma­ti­sée. »

Suit une pé­riode très sombre : mal­gré le sou­tien de son ma­ri bri­tan­nique, Lu­cie dé­prime. Elle perd l’ap­pé­tit, des cau­che­mars la ré­veillent la nuit. « J’ima­gi­nais des juges coif­fés de leur per­ruque, en train de me chas­ser du pays. » La Tchèque par­ti­cipe alors à une ma­ni­fes­ta­tion an­ti-Brexit. C’est là qu’elle rencontre Em­my van Deur­zen, pro­fes­seur en psy­cho­thé­ra­pie fon­da­trice du pro­gramme de sou­tien émo­tion­nel aux Eu­ro­péens. Jus­qu’à dix séances gra­tuites pour les ex­pa­triés en dé­tresse, dé­li­vrées par cinq psys vo­lon­taires.

Ce ser­vice, lan­cé en juin 2017, rem­porte un tel suc­cès qu’il fonc­tionne avec une liste d’at­tente. « Beau­coup d’Eu­ro­péens sont déses­pé­rés et c’est com­pré­hen­sible, ex­plique la thé­ra­peute d’ori­gine néer­lan­daise. Ils se sont créé un foyer et, sou­dain, ils n’en ont plus. Ils craignent de n’avoir plus de droits, plus d’ave­nir, de ne plus pou­voir se soi­gner. Chez cer­tains, ça donne une an­xié­té per­ma­nente, des in­som­nies, et même des pen­sées sui­ci­daires. »

UNE THÉ­RA­PIE POUR CONTRER LA CULPA­BI­LI­TÉ ET LA SO­LI­TUDE

Lu­cie se ré­jouit d’avoir ren­con­tré la fon­da­trice du pro­gramme. « Si­non, j’au­rais cher­ché un sou­la­ge­ment clas­sique avec des mé­di­ca­ments, ou de l’al­cool, pour anes­thé­sier la dou­leur. Je me sen­tais si seule, et j’avais l’im­pres­sion que tout ce que j’avais fait jus­qu’ici était mal. » La thé­ra­pie com­bat ce sen­ti­ment de culpa­bi­li­té et cette so­li­tude. « Une fois qu’on voit qu’on n’est pas seul, on com­prend qu’on n’est pas ma­lade, dé­ve­loppe Em­my van Deur­zen. On ne se dit plus : quelque chose ne va pas avec moi. Mais : quelque chose ne va pas dans ce pays. » Lu­cie, elle, a trou­vé la force de mon­ter un dos­sier com­pli­qué pour contes­ter en jus­tice la lettre re­çue en 2016. Elle vient de ga­gner le droit de res­ter dans son cher pays d’adop­tion.

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