EN MA­CRON PRE­MIÈRE LIGNE

Le chef de l’Etat joue gros avec la grève de jeu­di contre la ré­forme des re­traites, mais aus­si sur le plan in­ter­na­tio­nal avec le som­met de l’Otan où il re­trouve Do­nald Trump et Re­cep Er­do­gan.

Le Parisien (Yvelines) - - LA UNE - PAR OLIVIER BEAU­MONT ET PAULINE THÉVENIAUD

Ren­contres avec Trump et Er­do­gan à Londres pour com­men­cer, grève contre la ré­forme des re­traites jeu­di et ma­ni­fes­ta­tion des Gi­lets jaunes sa­me­di... Se­maine dé­ci­sive pour le chef de l’Etat.

tous les jours sa vie po­li­tique », as­sène un conseiller ély­séen. Cette se­maine tout par­ti­cu­liè­re­ment. Car les jours qui viennent s’an­noncent… noirs pour le chef de l’Etat. Hier soir, à peine avait-il ache­vé son hom­mage aux treize sol­dats tom­bés au Ma­li (lire en page 7) qu’Em­ma­nuel Ma­cron se pro­je­tait dé­jà dans cet agen­da de tous les dan­gers : som­met de l’Otan à Londres au­jourd’hui et de­main, après avoir dé­peint il y a quelques se­maines l’ins­tance en « état de mort cé­ré­brale », une pro­vo­ca­tion ; grande jour­née de grève jeu­di contre sa ré­forme des re­traites ; mo­bi­li­sa­tion des Gi­lets jaunes 48 heures plus tard ; syn­thèse de Jean-Paul De­le­voye sur la concer­ta­tion re­traites en dé­but de se­maine pro­chaine ; et en­fin, un Con­seil eu­ro­péen les 12 et 13 dé­cembre où il se­ra no­tam­ment ques­tion de dé­fense et de cli­mat. Deux fronts, l’un in­ter­na­tio­nal, l’autre in­té­rieur, sur les­quels le pré­sident va de­voir faire face à de puis­sants vents contraires.

Bras de fer avec la Tur­quie

« C’est le mo­ment de mettre les bou­chées doubles pour avoir un bi­lan sur la scène in­ter­na­tio­nale, dé­crypte l’un de ses in­times. Et sur la scène na­tio­nale, c’est main­te­nant que se joue notre ca­pa­ci­té à ré­for­mer. » « L’acte 2 dé­marre vrai­ment main­te­nant. Cette se­maine, ça passe, et il pour­ra se plon­ger sur 2022, ou ça casse », lance un mi­nistre, plus cash en­core.

Dé­but de ré­ponse dès cet après-mi­di, avec deux ren­contres au som­met à Londres : un tête-à-tête avec Trump pour évo­quer les opé­ra­tions mi­li­taires au Sa­hel, puis juste après des re­trou­vailles for­cé­ment ten­dues avec le Turc Re­cep Er­do­gan qui l’a dé­crit lui­même en « état de mort cé­ré­brale » ven­dre­di der­nier. Une charge d’une rare vio­lence sur fond de bras de fer au­tour de la pré­sence turque dans le nord de la Sy­rie. « Soyons clairs, ce n’est pas une dé­cla­ra­tion, ce sont des in­sultes », ré­plique l’Ely­sée avant cette ren­contre qui s’an­nonce gla­ciale. « On va avoir une dis­cus­sion franche, même une cla­ri­fi­ca­tion. Mais nous se­rons sur le fond, pas sur le ter­rain des at­taques per­son­nelles », pré­cise-t-on.

Grève XXL

Puis, après les chaos du monde, les troubles de l’Hexa­gone. Jeu­di, tan­dis que se tien­dra le Con­seil des mi­nistres, le pays se­ra lui fi­gé par une grève XXL. Et ce­la pour­rait bien du­rer jus­qu’à sa­me­di, avec la crainte que les Gi­lets jaunes entrent dans la ronde (lire ci­contre). Di­manche soir à Ma­ti­gnon, où le gou­ver­ne­ment était réuni en sé­mi­naire, l’in­quié­tude était d’ailleurs réelle : « On est dans une si­tua­tion un peu chaude, il ne faut pas se ra­con­ter d’his­toires. Tout le monde était à la fois in­quiet et dé­ter­mi­né. C’est la deuxième étape du quin­quen­nat qui est en jeu », confiait un mi­nistre à la sor­tie. Mais à l’Ely­sée, où l’on s’agace d’en­tendre dire que le pré­sident « s’en­lise », on re­fuse de s’en­fer­mer dans cette sombre pro­phé­tie : « On nous parle de l’apo­ca­lypse du 5 dé­cembre, mais le monde ne s’ar­rê­te­ra pas ce jour-là… »

De fait, la ma­jo­ri­té, comme ré­si­gnée à une fin de se­maine « bru­tale, très dure », dixit un mi­nistre, a sur­tout les yeux ri­vés sur une autre échéance : « Le pro­blème, ce n’est pas vrai­ment jeu­di. C’est une jour­née de blo­cage à l’ini­tia­tive des syn­di­cats, donc on connaît. Le vrai dan­ger, ce se­ra plu­tôt lun­di. C’est là que l’on ver­ra vrai­ment si le pays re­part ou pas », an­ti­cipe un pi­lier de l’exé­cu­tif, qui a l’oreille du pré­sident.

A l’image de son gou­ver­ne­ment — qui ne se prive pas de le mettre en scène —, Ma­cron en­chaîne les ren­dez-vous et réunions pour se pré­pa­rer à af­fron­ter cette sé­rie d’obs­tacles. Hier avant la cé­ré­mo­nie des In­va­lides, il a réuni ses équipes en amont du som­met de l’Otan. Jeu­di soir, c’est un dî­ner avec des grands élus et poids lourds de la ma­cro­nie qui est pré­vu pour « dé­brie­fer » la jour­née de grève.

Cer­tains, au sein de l’exé­cu­tif, re­doutent que les conseiller­s tech­niques de l’Ely­sée ou de Ma­ti­gnon le poussent à re­voir sa co­pie sur les re­traites pour s’of­frir un peu d’air. « Il a eu des re­com­man­da­tions en ce sens, des échos qui l’en­cou­ragent à le­ver le pied, glisse un conseiller mi­nis­té­riel. Mais on sent que ça ne lui plaît pas du tout. » Et un col­la­bo­ra­teur ély­séen de confir­mer ce cô­té va-ten-guerre : « Il consi­dère que son prin­ci­pal ADN po­li­tique, c’est de jouer tous les jours. Il fait ta­pis tous les jours », comme on dit au po­ker. Reste à sa­voir s’il se­ra ga­gnant.

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