À Jar­nosse, Éric Cou­lon dor­lote les vieilles mé­ca­niques

A Jar­nosse près de Roanne, un ate­lier de ré­no­va­tion rayonne sur la France ■

Le Pays Roannais (Charlieu) - - La Une - Yann Terrat

Ter­rot, Mo­to­be­cane, Triumph, les vieilles ma­chines des an­nées 30 s’offrent une se­conde jeunesse entre les mains ex­pertes d’éric Cou­lon.

L’ate­lier Eric Mo­tos a pi­gnon sur une pe­tite route de cam­pagne, sur les hau­teurs de Jar­nosse. C’est là, au mi­lieu de nulle part, à quelques coups de poi­gnet d’ac­cé­lé­ra­teur de Roanne, qu’éric Cou­lon, 49 ans, s’est ins­tal­lé il y a 6 ans. Son cre­do : la ré­no­va­tion de mo­tos an­ciennes.

De­vant son pe­tit ga­rage de cam­pagne, deux im­po­santes sen­ti­nelles trônent fiè­re­ment et bravent crâ­ne­ment une énième averse de prin­temps. Ces Ter­rot de 1930 ont re­trou­vé tout leur pa­nache entre les mains ex­pertes d’éric. Les Di­jon­naises n’at­tendent plus que leurs pro­prié­taires pour re­prendre la route, en­fin, après des an­nées d’im­mo­bi­li­té et de rouille.

Comme les deux belles, ce sont plu­sieurs cen­taines de vieilles ma­chines qui sont pas­sées entre les mains ex­pertes d’éric Cou­lon, pour une simple re­mise en route ou une ré­no­va­tion de fond. Ter­rot, Mo­to­bé­cane pour les Fran­çaises les plus connues, mais aus­si un bon nombre d’an­glaises qu’éric ap­pré­cie plus par­ti­cu­liè­re­ment. Cer­taines d’entre elles ne s’offrent pas au pre­mier ve­nu et les se­crets de mé­ca­nique ne se dé­voilent qu’au vé­ri­table pas­sion­né qui sait être pa­tient. « De toute fa­çon, il ne faut pas s’at­tendre à quelque chose de par­fait, sou­rit le spé­cia­liste. À l’époque, une machine pou­vait tout à fait être com­mer­cia­li­sée avec quelques dé­fauts. »

Spé­cia­li­sé à la fois dans les vieilles mo­tos et les anciens scoo­ters, le mé­ca­no se mue en vé­ri­table ar­ti­san lors­qu’il s’agit de re­don­ner la vie aux monstres de mé­tal. « Je tra­vaille les dé­tails », ré­sume ce­lui qui re­pro­duit à la main les fi­lets de pein­tures et les vis­se­ries d’ori­gine.

Un sa­voir faire et une ex­pé­rience qui lui ont per­mis d’ob­te­nir un di­plôme des Mé­tiers d’arts, en 2017.

Conduite à risque

À car­bu­ra­teur et non à in­jec­tion comme sur ces nou­veaux mo­dèles un brin asep­ti­sés, les vieilles ma­chines, une fois ré­no­vées ne se laissent pas domp­ter aus­si fa­ci­le­ment. Et la conduite né­ces­site un cer­tain ap­pren­tis­sage que le mé­ca­ni­cien dis­pen­ se à ses clients, une fois le tra­vail ter­mi­né. Le­vier de vi­tesses ac­co­lé au ré­ser­voir, frei­nage au ta­lon mais aus­si ma­nettes à gaz ou à dé­com­pres­sion : pour que la bête ne vous mette pas à terre, mieux faire preuve d’hu­mi­li­té dans ce jeu d’équi­li­briste. Quant au frei­nage ? Avec un sys­tème à tam­bours, il per­met­trait dans le meilleur des cas de li­mi­ter la casse en cas d’ur­gence même si beau­coup de vieux mo­dèles at­teignent à peine les 80 km/h.

Mais pour Éric Cou­lon, qui par­tage sa pas­sion de la mé­ca­nique avec celle du pi­lo­tage, c’est bien ces dif­fi­cul­tés in­hé­rentes aux ma­chines qui font tout leur in­té­rêt.

Mé­ca­no pi­lote

Sur les routes li­gé­riennes, aux Écharmeaux ou la val­lée de l’azergues, le qua­dra lon­gi­ligne en­fourche le plus sou­vent pos­si­ ble un de la dou­zaine de mo­dèles de sa col­lec­tion per­son­nelle qu’il a ac­cu­mu­lée au fil du temps. « D’une ma­nière gé­ne­rale, les mo­tos de col­lec­tion ne sont pas des­ti­nées à res­ter dans un ga­rage, in­siste­t­il. La conduite se fait au res­sen­ti. C’est la seule ma­nière de se ré­gler sur le bon ré­gime. »

Fin de route ?

Si son car­net de com­mandes est plein jus­qu’à la fin d’an­née, c’est que ses clients viennent de toute la France et même d’es­pagne. Car mal­gré une ac­ti­vi­té im­por­tante, Éric ne se fait pas d’il­ lu­sion sur l’ave­nir de sa pro­fes­sion. « Bien sûr, la mode est au vin­tage mais ces nou­velles mo­tos n’ont rien à voir avec les an­ciennes, ex­plique­t­il. Il y a 20 ans, nous étions un groupe d’une ving­taine à nous ba­la­der avec ces ma­chines. Au­jourd’hui, je suis le der­nier. »

Y.T.

LE COÛT. Il faut comp­ter entre 4.500 et 8.000 eu­ros mi­ni­mum pour une ré­no­va­tion.

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