Taille de prin­temps chez les na­tu­ristes

■ L’as­so­cia­tion s’ac­tive pour l’en­tre­tien de son site pré­ser­vé, à l’abri des re­gards in­dis­crets

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Vie Régionale - Au­ré­lie Mar­cha­dier

Pro­prié­taire de­puis plus de 40 ans de quatre hec­tares à Per­reux, le Club du so­leil roan­nais s’ap­puie sur l’in­ves­tis­se­ment de ses adhé­rents pour faire vivre, en toute dis­cré­tion, son site ni­ché dans un écrin de ver­dure.

Vingt­quatre de­grés au ther­mo­mètre ce ma­tin­là. Les rayons du so­leil et le vent valsent entre les feuilles des charmes. En contre­bas, le bruis­se­ment du Tram­bou­zan donne le tem­po. Ici bat le coeur de la na­ture. Seul le ron­ron­ne­ment de la ton­deuse vient rompre par mo­ments la quié­tude du lieu. Pour les membres du Club du so­leil roan­nais (CSR), ce di­manche, c’est jour d’en­tre­tien col­lec­tif. Le qua­trième de la sai­son.

De­puis 1975, l’as­so­cia­tion a fon­dé, dans ce co­con de vé­gé­ta­tion, un site na­tu­riste. Presque quatre hec­tares de sous­bois et clai­rières dé­diés au re­pos et far­niente, et qu’il faut bi­chon­ner. « Il est rare qu’une as­so­cia­tion soit pro­prié­taire d’un ter­rain », re­place Chris­tian (*), le se­cré­taire. Un luxe que les membres s’em­ploient à en­tre­te­nir avec plai­sir. Le temps de pas­ser un vê­te­ment, plus sé­cu­ri­sant pour s’at­te­ler à la tâche, et voi­là la joyeuse équipe à l’ou­vrage.

Ici, un des membres fi­na­lise la construc­tion d’une pla­te­forme en bois de­vant sa ca­ra­vane. Plus loin, une adhé­rente ré­cure le bloc sa­ni­taire. « Je l’ai bien net­toyé il y a trois se­maines mais un site en plein air, c’est sa­lis­sant ». Tron­çon­neuse en main, Michel et Chris­tian abattent, quant à eux, un arbre me­na­çant le por­tail. Un point né­vral­gique : plus de deux mètres de tôle mé­tal­lique scru­tés par une ca­mé­ra per­met­tant de fil­trer les en­trées. Au fond de la par­celle, An­toine s’ac­tive pour sa part à la tonte. « Phy­sique mais pro­pice à la dé­con­nexion », té­moigne­t­il, les pieds entre des pousses de menthe sau­vage. « On laisse la ma­jeure par­tie de la vé­gé­ta­tion telle quelle. Dans na­tu­riste, il y a na­ture », in­siste Chris­tian. Pas ques­tion par exemple de cou­per ces herbes hautes pri­sées par le da­mier de la suc­cise, un pa­pillon dé­li­cat. Dans le cha­let abri­tant la cui­sine col­lec­tive, des pan­neaux pho­tos té­moignent d’ailleurs de l’at­ten­tion por­tée à la va­rié­té de la faune et de la flore lo­cales. « Les na­tu­ristes ont été, quelque part, les pre­miers éco­lo­gistes, non pas en théo­rie mais en pra­tique », sou­rit An­nette. « Être na­tu­riste, c’est bien plus que la nu­di­té. C’est la re­cherche d’une har­mo­nie avec ce qui nous en­toure, un res­pect, une vie simple », dé­taille Chris­tian. « Pour la ges­tion du site, on donne tous la main à la pâte, en fonc­tion de nos pos­si­bi­li­tés et de notre temps libre », in­siste le se­cré­taire. Sans contrainte, ni obli­ga­tion. Une phi­lo­so­phie. « On en­tre­tient l’es­pace en­semble. On se sent concer­nés car nous sommes tous un peu chez nous ! Ici, il faut avoir en­vie de par­ta­ger du temps, ne pas être dans la consom­ma­tion ». Cha­cun contri­bue donc à pré­ser­ver le calme et la pro­pre­té du lieu.

Sans vê­te­ment et sans contrainte so­ciale

Af­fi­lié à la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de na­tu­risme, le Club du so­leil n’est pas un centre de va­cances. Il n’ac­cueille donc ici pas de tou­ristes, mais les in­vi­tés sou­hai­tant pro­fi­ter d’un cadre épu­ré, dé­pouillé de vê­te­ments et de contraintes so­ciales sont les bien­ve­nus. « Chez les na­tu­ristes, il est im­pos­sible de de­vi­ner qui est ou­vrier, pro­fes­seur ou mé­de­cin », sou­lignent d’une même voix les par­ti­ci­pants. « On est avant tout un club d’amis ». D’ailleurs, mi­di ap­proche. Entre deux pas­sages de lame, An­toine, éga­le­ment dé­cré­té “spé­cia­liste du feu”, veille à l’al­lu­mage du bar­be­cue. Ici, ce n’est pas le bois qui manque.

(*) À la de­mande des membres, les pré­noms ont été mo­di­fiés.

« Avoir en­vie de par­ta­ger du temps, ne pas être dans la consom­ma­tion »

SITE. Ici, pas d’élec­tri­ci­té mais de l’eau cou­rante. Sur place, le ter­rain compte quatre ca­ra­vanes, trois bun­ga­lows et un cha­let col­lec­tif.

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