Roanne at­ta­chée aux ca­mé­ras-pié­tons

Pour­quoi le maire roan­nais re­fuse­t­il de re­ti­rer ces dis­po­si­tifs aux po­li­ciers mu­ni­ci­paux ? ■

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Société - Au­ré­lie Mar­cha­dier

La pé­riode de test étant ar­ri­vée à son terme, les po­li­ciers mu­ni­ci­paux de­vaient, dans les villes par­ti­ci­pant à l’ex­pé­ri­men­ta­tion, re­mi­ser au pla­card leurs ca­mé­ras-pié­tons dé­but juin. À Roanne, Yves Ni­co­lin re­fuse d’ob­tem­pé­rer. Un choix as­su­mé par le maire qui loue l’ef­fi­ca­ci­té du dis­po­si­tif.

De­puis 2016, Roanne a ex­pé­ri­men­té, comme 300 autres villes fran­çaises, l’usage des ca­mé­ras­pié­tons pour ses po­li­ciers mu­ni­ci­paux. Une phase de test qui vient de s’ache­ver.

Bien que le mi­nis­tère de l’in­té­rieur évoque un « bi­lan très po­si­tif », le dis­po­si­tif, dé­jà uti­li­sé par la Po­lice na­tio­nale et la gen­dar­me­rie, ne peut en ef­fet être pé­ren­ni­sé sans le vote d’une loi. Les sé­na­teurs doivent se pen­cher sur la ques­tion dès cette se­maine. Tou­te­fois, dans l’at­tente d’une lé­gis­la­tion, les po­li­ciers ont été priés de dé­po­ser leur ob­jec­tif. De­puis le 2 juin, l’usage des ca­mé­ras­pié­tons n’est plus au­to­ri­sé.

Une pers­pec­tive qui a fait ré­agir le maire de Roanne qui s’est fen­du, avec quatre autres édiles de la Loire, d’un courrier adres­sé au mi­nistre. Il a éga­le­ment don­né ins­truc­tion aux po­li­ciers roan­nais de pour­suivre l’usage des ca­mé­ras « à chaque fois que né­ces­saire ». « Nous avons très vite équi­pé nos po­li­ciers. Ce­la fait par­tie des dif­fé­rentes me­sures d’ac­com­pa­gne­ment que nous avons sou­hai­té prendre », re­place Yves Ni­co­lin.

« Nous vou­lions que nos po­li­ciers mu­ni­ci­paux bé­né­fi­cient des mêmes pro­tec­tions que les po­li­ciers na­tio­naux car, aux yeux des dé­lin­quants, un uni­ forme en bleu reste le même ». Port d’arme, gi­let pare­balles et ca­mé­ras­pié­tons donc. Un ou­til « très ver­tueux », dont l’ef­fi­ca­ci­té ne se­rait « plus à dé­mon­trer », es­time au­jourd’hui l’élu. « Ces ca­mé­ras per­mettent de faire consi­dé­ra­ble­ment bais­ser la ten­sion lors des in­ter­ven­tions. Ça évite que les es­prits ne s’échauffent », in­siste le pre­mier ma­gis­trat, rap­pe­lant que les po­li­ciers sont te­nus d’in­for­mer les per­sonnes lors­qu’ils en­clenchent leur ob­jec­tif, le­quel ne fonc­tionne pas en per­ma­nence. « Le droit à l’image est pré­ser­vé ».

« Nous avons re­çu le courrier du pré­fet in­di­quant la fin de l’ex­pé­ri­men­ta­tion mais, sa­chant que le texte al­lait être lé­gi­fé­ré très ra­pi­de­ment, nous n’avons pas vou­lu faire de rup­ture dans le dis­po­si­tif au risque de créer un ap­pel d’air », ex­plique le maire. Au risque aus­si de sus­ci­ter le cour­roux du re­pré­sen­tant de l’état…

Le pré­fet a en ef­fet ef­fec­tué un si­gna­le­ment au pro­cu­reur de la Ré­pu­blique à l’en­contre d’yves Ni­co­lin et de son ho­mo­logue sté­pha­nois, dans le même cas de fi­gure. Une dé­marche qui in­ter­pelle l’élu roan­nais, évo­quant une « at­ti­tude pour le moins ca­va­lière et pas très bien vé­cue », alors même que les deux hommes ont « des re­la­tions ex­trê­me­ment cor­diales et fré­quentes. Un coup de fil au­rait été la moindre des choses », ob­serve l’élu roan­nais. « Vi­si­ble­ment, le mi­nistre et ses ser­vices se sont pris les pieds dans le ta­pis en ou­bliant de dé­po­ser le texte dans les temps », ana­lyse Yves Ni­co­lin, plu­tôt se­rein face à ce si­gna­le­ment.

« On marche sur la tête »

« Si l’état veut nous faire un pro­cès, eh bien qu’il le fasse, mais il se ri­di­cu­li­se­ra ! C’est quand même ahu­ris­sant de voir que n’im­porte qui peut fil­mer dans la rue et pas nos po­li­ciers. On marche sur la tête. Nous sommes là pour pro­té­ger nos po­li­ciers et la po­pu­la­tion », in­siste l’élu, rap­pe­lant une baisse de 50 % de la dé­lin­quance de­puis le dé­but du man­dat.

Après le Sé­nat, la pro­po­si­tion de loi au­to­ri­sant l’usage des ca­mé­ras­pié­tons se­ra pré­sen­tée à l’as­sem­blée na­tio­nale, et vrai­sem­bla­ble­ment adop­tée. « Si ce n’était pas le cas, on pren­dra nos dis­po­si­tions, mais tout de­vrait ren­trer dans l’ordre », pré­dit Yves Ni­co­lin.

« Une ef­fi­ca­ci­té qui n’est plus à dé­mon­trer »

C.V.

OU­TIL. La Ville de Roanne a équi­pé ses po­li­ciers dès 2016 pour un coup avoi­si­nant les 500 eu­ros par agent.

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