L’éle­veur né­gligent condam­né

Che­vaux et vaches étaient comme « lais­sés à l’aban­don » ■

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Faits Divers - Justice - Etienne Chaize etienne.chaize@cen­tre­france.com

Pour avoir fait su­bir de mau­vais trai­te­ments à ses bêtes, un éle­veur de Machézal, âgé de 65 ans, vient d’être condam­né à une peine amende de 1.800 €.

La des­crip­tion de l’ex­ploi­ta­tion, telle qu’elle ap­pa­raît dans le rap­port de la Di­rec­tion dé­par­te­men­tale de la pro­tec­tion (DDPP) des po­pu­la­tions, fait froid dans le dos. Ani­maux non iden­ti­fiés, comme la loi l’oblige pour­tant, bo­vins dé­char­nés, étable dans un état proche de l’aban­don, abreu­voir en­se­ve­li sous le fu­mier, pâ­tures où traînent car­casses de chau­dière, bai­gnoires et autres bar­be­lés…

Ju­ment eu­tha­na­siée

En mai 2016, la ligue de pro­tec­tion des che­vaux a ti­tré la son­nette d’alarme. Un ri­ve­rain ve­nait de lui si­gna­ler un équi­dé amai­gri et bles­sé dans cet éle­vage de Machézal. Sur place, les ser­vices de la DDPP ont pu consta­ter la réa­li­té. Si cinq des six che­vaux étaient « en bon état d’en­tre­tien », le der­nier, une ju­ment, pré­sen­tait une mai­greur in­quié­tante et une bles­sure ou­verte sur le pos­té­rieur gauche. Une frac­ture. « Vous n’aviez pas ju­gé utile de pré­ve­nir un vé­té­ri­naire et vous avez ad­mi­nis­tré des an­ti­bio­tiques, sans or­don­nance, ni jus­ti­fi­ca­tif », re­prend Florence Dal­le­ry, pré­si­dente de l’au­dience du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel du 12 juin. Le vé­té­ri­naire, ap­pe­lé suite à ces consta­ta­tions, n’au­ra eu d’autre choix que d’eu­tha­na­sier l’ani­mal.

Mais l’his­toire ne s’ar­rête pas là. Aler­tée par des pâ­tures en mau­vais état, la DDPP dé­cide de réa­li­ser un contrôle com­plet de l’ex­ploi­ta­tion. En plus des nom­breuses ir­ré­gu­la­ri­tés évo­quées plus tôt, c’est le ca­davre d’un jeune bo­vin, dans un état de dé­com­po­si­tion avan­cé, dé­te­nu dans une étable aux cô­tés de veaux très maigres, qui vaut au­jourd’hui au sexa­gé­naire d’être ap­pe­lé à la barre, en plus de la « pri­va­tion de nour­ri­ture ou d’abreu­ve­ment ». « Vu les ano­ma­lies, il a fal­lu pro­cé­der à l’abat­tage de 14 ani­maux, même pas des­ti­nés à l’ali­men­ta­tion, car il n’était pas pos­sible de ga­ran­tir la tra­ça­bi­li­té », rap­pelle la pré­si­dente.

« Quand on est éle­veur, on ne traite pas ses ani­maux comme ça ! », s’em­porte­t­elle. En face, l’homme ba­fouille, confus dans ses ex­pli­ca­tions. « Il y a peut­être eu un peu de lais­ser­al­ler. Je ne sais pas quoi vous dire », tente­t­il.

Éle­veur de­puis ses 18 ans, après avoir tra­vaillé un temps avec l’un de ses fils, l’homme s’est re­trou­vé seul. « Ça fai­sait beau­coup de bou­lot. J’au­rais dû ré­duire un peu plus », re­con­naît­il. Mais l’ex­cuse n’est pas suf­fi­sante aux yeux du tri­bu­nal pour jus­ti­fier la dé­ten­tion d’un ca­davre ou la mal­nu­tri­tion de bêtes vi­vantes.

Ca­davre aban­don­né

« Vous êtes at­ta­ché à vos bêtes ? », lui de­mande la sub­sti­tut du pro­cu­reur, Béa­trice Moure. « Bien sûr », ré­pond­il. « Quand on voit les pho­tos, on en doute… », lance celle qui, comme la pré­si­dente, est dé­con­te­nan­cée vis­à­vis de l’at­ti­tude du pré­ve­nu, qui ne semble éprou­ver au­cun re­mords. « Vous avez de la chance qu’il n’y ait que deux in­frac­tions re­te­nues et qu’au­cune as­so­cia­tion de dé­fense des ani­maux ne se soit consti­tuée par­tie ci­vile », in­siste alors la re­pré­sen­tante du par­quet, avant de re­qué­rir 2.800 € d’amende pour l’en­semble des faits re­pro­chés. Fi­na­le­ment, l’éle­veur né­gligent est condam­né à 4.300 € d’amende, dont 2.500 € avec sur­sis.

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION : LA MON­TAGNE

FIN. Heu­reu­se­ment pour la ving­taine de bêtes en­core en sa pos­ses­sion, l’éle­veur compte les vendre d’ici la fin de l’an­née pour prendre sa re­traite.

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