Le cas­tor et la loutre sont de re­tour

Ils avaient dis­pa­ru de la Loire à cause de l’Homme, mais…

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Société - Faits Divers - Pierre-Fran­çois Che­tail

Ils ne sont sû­re­ment en­core que quelques di­zaines dans le fleuve du dé­par­te­ment mais c’est tout de même une bonne nou­velle : deux es­pèces em­blé­ma­tiques de ce cours d’eau, qui avaient to­ta­le­ment dis­pa­ru du territoire, sont de re­tour. Le cas­tor et la loutre (tous deux d’Europe) vivent à nou­veau dans la Loire.

Le cas­tor d’Europe, à ne pas confondre avec le ra­gon­din d’Amé­rique du nord. Long­temps chas­sé pour sa chair, sa four­rure et le cas­to­réum (sub­stance odo­rante se­cré­tée par des glandes pour mar­quer son territoire), le cas­tor ne sub­sis­tait plus en France, au dé­but du XXe siècle, qu’à l’état d’une po­pu­la­tion re­lic­tuelle. C’est­à­dire qu’on ne dé­nom­brait plus que quelques di­zaines d’in­di­vi­dus, dans la basse val­lée du Rhône.

Réin­tro­duit en 1994

Pro­té­gée na­tio­na­le­ment en 1968, l’es­pèce a re­co­lo­ni­sé pro­gres­si­ve­ment les cours d’eau. En 1994, grâce à la Frap­na (Fé­dé­ra­tion Rhône­Alpes de pro­tec­tion de la na­ture), des cas­tors drô­mois, ar­dé­chois et rho­da­niens ont été re­lâ­chés dans la plaine du Fo­rez. De­puis, ils co­lo­nisent le fleuve et ses af­fluents.

Le cas­tor d’Europe donne nais­sance en moyenne à deux cas­to­rins chaque an­née. Quand le ra­gon­din, ron­geur avec le­quel on le confond par­fois, fait jus­qu’à trois por­tées par an, de cinq à sept jeunes. Cette es­pèce, ori­gi­naire d’Amé­rique du sud (qui n’a pas la queue plate ca­rac­té­ris­tique du cas­tor), a été in­tro­duite par l’homme au cours du XXe siècle pour sa four­rure. Elle crée au­jourd’hui de nom­breux ter­riers, et em­pêche le dé­ve­lop­pe­ment nor­mal de la vé­gé­ta­tion des cours d’eau, dont elle se nour­rit. Afin de li­mi­ter ces ef­fets in­dé­si­rables, le ra­gon­din peut être ré­gu­lé par pié­geage et tir.

La loutre, tou­jours en dan­ger. En­core com­mune en France au dé­but du XXe siècle, la loutre d’Europe s’est consi­dé­ra­ble­ment ra­ré­fiée à par­tir des an­nées 1940. Le pié­geage, la chasse, la des­truc­tion des ha­bi­tats et la dé­té­rio­ra­tion des zones hu­mides (as­sè­che­ment, pol­lu­tion) ont contri­bué à son déclin. Pro­té­gée à l’échelle na­tio­nale dès 1981, l’es­pèce a re­co­lo­ni­sé pro­gres­si­ ve­ment le territoire à par­tir des bas­tions his­to­riques de pré­sence sur la fa­çade at­lan­tique et le Mas­sif cen­tral. Elle est donc re­ve­nue d’elle­même dans la Loire.

Dan­ger sur le lait ma­ter­nel

La loutre d’Europe est si­tuée au som­met de la py­ra­mide ali­men­taire des éco­sys­tèmes aqua­tiques. Son ré­gime ali­men­taire est es­sen­tiel­le­ment com­po­sé de pois­sons mais aus­si d’am­phi­biens, de crus­ta­cés, de mam­mi­fères, de rep­tiles et d’oi­seaux. La fe­melle met bas jus­qu’à trois lou­trons dans un abri ap­pe­lé ca­tiche. Ter­ri­to­riale, la loutre peut ex­ploi­ter un do­maine vi­tal pou­vant at­teindre de 15 à 30 km de cours d’eau, qu’elle dé­li­mite par des dé­pôts d’ex­cré­ments bien en évi­dence.

Mais la loutre d’Europe reste me­na­cée. Elle est d’abord ex­po­sée aux com­po­sés toxiques is­sus des ac­ti­vi­tés hu­maines (in­dus­trie, agri­cul­ture, usages do­mes­tiques) pré­sents dans l’eau, les sé­di­ments et les sols, et qui s’ac­cu­mulent en par­ti­cu­lier chez les pois­sons dont elle se nour­rit. La trans­mis­sion des com­po­sés chi­miques se passe des fe­melles aux jeunes par le lait ma­ter­nel. Les « ef­fets cock­tail » sur le sys­tème en­do­cri­nien et le mé­ta­bo­lisme gé­né­ral sont sus­cep­tibles de per­tur­ber l’expansion de cer­taines po­pu­la­tions. Les col­li­sions rou­tières peuvent éga­le­ment avoir un im­pact sur la re­co­lo­ni­sa­tion de l’es­pèce. Elles sont en ef­fet la prin­ci­pale cause connue de mor­ta­li­té. ■ è Source prin­ci­pale. Of­fice na­tio­nal de la chasse et de la faune sau­vage.

PHO­TO : JU­LIEN RAPEGNO

ME­NACE. Le cas­tor (ici en pho­to) et la loutre souffrent des ac­ti­vi­tés hu­maines.

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