Le Petit Journal - L'hebdo local de l'Aude

Souvenirs d’une enfance heureuse

- SM11

C’était l’année de mes 6 ans. Bien que croyant encore au père Noël, j’étais un petit garçon au caractère rieur, mais bien trempé et j’usais souvent d’ espiègleri­e pour contourner les logiques des adultes.

Il est vrai que personne n’était sévère avec moi ! Car j’avais une santé très fragile et mes crises d’asthme inquiétant­es faisaient craindre le pire au moindre petit rhume. Ces crises ont longtemps laissé penser au médecin, comme à ma famille, qu’une crise plus forte que les autres m’emporterai­t. Ainsi chaque adulte de mon entourage, riait plus qu’il n’eut fallu de mes « bêtises », de mes initiative­s originales, de mes « révoltes » fréquentes contre le monde illogique des adultes, qui ne respectaie­nt pas eux-mêmes les leçons de morales qu’ils nous donnaient !

Mais cette année-là, j’avais dépassé les bornes et mes parents s’étaient laissés convaincre par les uns et les autres et avaient décidé de me punir.

Ils choisirent de le faire pour l’anniversai­re de mes 6 ans. Mon paquet cadeau, déchiré à la hâte, quelle n’a pas été ma surprise de trouver un martinet avec une étiquette sans ambiguïté « pour Serge » !

Un beau martinet tout neuf, au manche vernis avec plusieurs lanières de cuir ! Maman et papa prirent le temps de m’expliquer son usage. Et se félicitaie­nt du fait d’un mode d’emploi qui précisait qu’il ne fallait pas user du martinet à tort et à travers. Mais seulement lorsque c’était nécessaire et sans exagérer. Et qu’il valait mieux en parler qu’en user.

L’outil éducatif fut placé en bonne vue sur un meuble de la cuisine, la pièce de vie. C’était un outil pédagogiqu­e destiné à me rappeler en permanence la nécessité de devenir raisonnabl­e, avant l’âge de raison qui se situait à l’époque à 7 ans.

Tout cela, me fit passer une journée de Noël un peu triste. Et cela me fit beaucoup réfléchir.

Après avoir été un peu déstabilis­é par cette nouvelle règle de vie, je me suis persuadé de ce que me disaient souvent maman et papa : « Il y a toujours une solution à chaque problème. »

Et ce soir là, avant de m’endormir, la solution m’est brusquemen­t venu à l’idée.

Dans la matinée du lendemain, papa était sorti pour aller donner à manger aux lapins et maman était allée à la boulangeri­e.

J’ en ai donc profité pour mettre mon idée en oeuvre !

Je pris dans le tiroir le couteau le mieux affûté de papa, la planche à découper de maman et me je mis rapidement au travail.

Une à une, je tranchai avec soin chaque lanière au ras du manche et je les mis soigneusem­ent dans le foyer du fourneau à charbon.

Je rangeai rapidement le couteau, la planche à découper et le manche du martinet à leurs places respective­s. C’est alors seulement que je me rendis compte que ça sentait le cuir brûlé ! Je me saisis rapidement du flacon d’eau de Cologne qui servait à me parfumer avant de partir à l’école, en versait dans la cuisine. Dès le retour de maman, j’invoquais une maladresse en voulant me parfumer.

A mon grand étonnement, les jours suivants personne ne parla du martinet, ni plus tard d’ailleurs. Ce n’est que beaucoup, beaucoup plus tard que j’ai évoqué cet épisode avec mes parents.

J’ai alors appris que mes parents avaient adopté la solution du martinet à regret ! Sous la pression d’amis et de la famille.

Mais qu’en définitive, ma solution les avaient bien arrangés. Que mon initiative les avait soulagés.

Et papa m’a même avoué que le manche du martinet qui avait un jour disparu… c’était lui qui l’avait brûlé !

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Un beau martinet qui n’a pas fait « long feu » façon de parler

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