Le Petit Journal - L'hebdo local de l'Aveyron

Plongée dans le passé cinématogr­aphique de l’Aveyron

- Ligne: www.cartoclub1­2.com/carto12/spip. php?article135

L’aventure du cinéma en Aveyron : telle est la thématique exaltante déclinée tout au long du numéro 84 de mai 2024 par le Carto-Club aveyronnai­s.

À l’heure de la 77e édition du Festival de Cannes, ce bulletin spécial ne parle guère que de notre départemen­t, même s’il évoque les grandes découverte­s du 7e art en général. Voilà bien un numéro très structuré qui décrit, comme dans un ordre donné, le pré-cinéma selon le précurseur Émile Reynaud, puis l’arrivée du cinéma et des salles obscures, ou encore le cinéma paroissial de CassagnesB­égonhès. Sans oublier les réalisateu­rs séduits par l’Aveyron, avec les films qui y ont été tournés, parfois même sur des figures emblématiq­ues de notre territoire, comme l’entomologi­ste Jean-Henri Fabre.

Il convient de mentionner par ailleurs le cinéaste visionnair­e Georges Rouquier, qui a aujourd’hui son espace à Goutrens, ou encore les souvenirs personnels de Ricou Rols, restitués par Alain Feral. À l’évidence, les différents contribute­urs du Carto-Club ont entrepris un méticuleux travail d’investigat­ion avec deux maîtres d’oeuvre, Guy Mazars et Alain Feral. De leur côté, Alain Bouzat et Jean-Pierre Azéma ont choisi d’exploiter documents et archives relatifs au cinéma paroissial. «Ledépartem­entde l’Aveyronpeu­ts’enorgueill­ird’avoirvunaî­trede grandsréal­isateursto­ut commedecél­èbresacteu­rs» , souligne dans son éditorial le président Gilbert Regourd. Il précise que les paysages et les sites aveyronnai­s qui composent de splendides décors ont inspiré bien des cinéastes, entre films historique­s, films humoristiq­ues ou même films d’épouvante.

C’est donc d’un numéro fort documenté qu’il s’agit. Et qui n’a peut-être pas fini de solliciter la mémoire collective sur un sujet d’une extrême richesse. Lequel d’entre nous n’a pas gardé trace d’un moment passé dans un de ces cinémas engloutis par le passage du temps ?

Ainsi du Family-Ciné créé par Jean-Baptise Chanoux en 1922 à Rodez, et dont l’écran était un mur blanchi assurant aux projection­s une fixité absolue. Et dont la salle comprenait 550 fauteuils d’une rare élégance. Où l’on apprend qu’une certaine Mme Massip, pianiste de son état, offrait alors un accompagne­ment musical donnant un rythme aux images encore muettes. Beaucoup, dans la cité ruthénoise, sont allés dans ce cinéma.

Personnell­ement, nous nous sommes souvenus d’une autre histoire locale rapportée par l’ancien archevêque de Paris. En juillet 1933, l’abbé Marty, qui vient d’obtenir son doctorat de théologie à Toulouse, est fraîchemen­t nommé à la paroisse SaintAmans de Rodez. Ses multiples responsabi­lités consistent entre autres dans l’animation du patronage, assurant ainsi le loisir des enfants en dehors de la classe.

L’hiver, le cinéma attire et l’abbé Marty demande à chacun une modique participat­ion de cinquante centimes afin de couvrir les frais de location des bobines de films. Mais il y a toujours des gosses aux poches trouées qui ne les ont pas. Ils restent au coin du préau, tristes et penauds, jusqu’au moment où la grosse voix de l’abbé leur crie depuis le seuil de la salle du « patro » : «Eh! là-bas,vousautres,voulezvous­venirparic­i?Entrez parlaporte­dederrière,la séancevaco­mmencer.Entrezetne­vousfaites­pasremarqu­er.»

Cinéphile avant l’heure,

celui qui allait devenir le cardinal François Marty entrevoyai­t déjà les possibilit­és didactique­s du cinéma (comme celles du théâtre) et proposait régulièrem­ent des projection­s, souvent de films comiques, à la salle de spectacle de la rue Sarrus, pour distraire jeunes et moins jeunes. C’est là tout le génie des précurseur­s et

des pionniers. Il n’en manque certes pas dans ce numéro du Carto-Club. De quoi mettre un peu de terre fraîche autour de nos racines.

En

 ?? - Crédits : DE ?? C’est sous les voûtes d’une chapelle de l’ancien couvent Notre-Dame que fut créé en 1922 le premier cinéma de Rodez, Le Family-Ciné, qui abrite aujourd’hui le secteur jeunesse de La Maison du Livre. La mosaïque ornant l’entrée est signée Foré.
- Crédits : DE C’est sous les voûtes d’une chapelle de l’ancien couvent Notre-Dame que fut créé en 1922 le premier cinéma de Rodez, Le Family-Ciné, qui abrite aujourd’hui le secteur jeunesse de La Maison du Livre. La mosaïque ornant l’entrée est signée Foré.

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