In­con­so­lable

Le Petit Journal - L'hebdo local de l'Aveyron - - LE POINT FORT - Alain Pa­ga

Ma­thilde est toute re­tour­née. Son amie Vir­gi­nie, en­core très jeune, a vé­cu une sé­pa­ra­tion très dou­lou­reuse il y a quelques an­nées - son com­pa­gnon, père de ses deux grands en­fants, ap­pré­cié pour son éter­nelle bonne hu­meur et son bon ca­rac­tère avait dé­cla­ré, un soir en ren­trant du tra­vail, qu’il ne pou­vait plus la sup­por­ter et qu’il par­tait. En fait il me­nait de­puis dé­jà quelque temps une double vie, sans que Vir­gi­nie n’en ait au­cun sou­pon. Il avait fal­lu vendre la mai­son ache­tée en com­mun, trou­ver un HLM.

Dans l’ur­gence de prendre des dé­ci­sions vi­tales pour son ave­nir et ce­lui de son plus jeune fils en­core à sa charge, elle avait en­ter­ré son cha­grin pour se je­ter dans l’ac­tion. Puis elle avait ap­pris à vivre pour elle-même et s’était mise à sor­tir, elle qui n’avait pas eu le temps de pro­fi­ter de sa jeu­nesse. Elle avait ren­con­tré quel­qu’un, amou­reux et at­ten­tif, fa­cile à vivre, qui l’em­me­nait sou­vent en voyage et qui était à l’écoute de ses moindres dé­si­rs. Jus­qu’à ce que, tout à coup, il lui an­nonce qu’il avait ren­con­tré quel­qu’un d’autre mais qu’il sou­hai­tait qu’ils res­tent amis. De­puis, elle pleure et ne peut pas s’ar­rê­ter. Ma­thilde lui a pro­po­sé de ve­nir pleu­rer avec elle. Que faire d’autre ? Vir­gi­nie a été obli­gée de prendre un congé de ma­la­die. Elle a per­du le som­meil et l’ap­pé­tit. Son mé­de­cin l’a mise sous tran­qui­li­sants, comme la pre­mière fois.

Vous sou­ve­nez-vous d’avoir eu un cha­grin d’amour ? C’est épou­van­table car il n’y a pas de re­mède. Mieux vaut peut-être haïr ce­lui qui vous tra­hit et qui vous aban­donne. Car conti­nuer à le voir en «ami» est un vrai cal­vaire. Vir­gi­nie est en­core jeune. Elle re­mon­te­ra la pente, avec le temps qui est le meilleur mé­de­cin. Elle a conscience que la violence de sa peine vient dans doute de ce qu’elle n’a pas pris le temps de pleu­rer lors de la pre­mière épreuve qui, de ma­nière trou­blante, semble se ré­pé­ter. Elle réa­lise qu’elle doit ré­gler en même temps les deux «aban­dons» dont elle a été la vic­time et qu’elle n’y par­vien­dra qu’en se fai­sant ai­der par un thé­ra­peute com­pé­tent. Ma­thilde, dis­crè­te­ment, ne va pas la perdre de vue.

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