Musique et san­té

Le Petit Journal - L'hebdo local du Gers - - LE POINT FORT - Alain Pa­ga

C’est le nom d’une as­so­cia­tion créée en 1988 qui fait en­trer la musique vi­vante à l’hô­pi­tal. D’abord ré­ser­vée aux en­fants, cette méthode s’adresse à tous les pu­blics. Aux ma­lades, à leur fa­mille, au per­son­nel soi­gnant. Mode de com­mu­ni­ca­tion uni­ver­selle, la musique crée une am­biance apai­sée et se­reine qui per­met des soins d’une plus grande ef­fi­ca­ci­té.

Her­vé Pla­tel, mu­si­cien de for­ma­tion, est cher­cheur de haut ni­veau au Pôle de for­ma­tion et de re­cherche en san­té de Caen. Dans les an­nées 90 il a fait une dé­cou­verte éton­nante, à pro­pos de la géo­gra­phie du cer­veau et de son fonc­tion­ne­ment. Dans cer­taines ma­la­dies dé­gé­né­ra­tives, les ma­lades perdent la com­pré­hen­sion des mots et ne peuvent plus par­ler. C’est, en ef­fet, l’hé­mi­sphère gauche, lé­sé, qui abrite la mé­moire des mots, du lan­gage. L’hé­mi­sphère droit, tou­jours opé­ra­tion­nel, est sol­li­ci­té pour la re­con­nais­sance de la mé­lo­die. «Pour la musique, nous uti­li­sons lar­ge­ment nos deux hé­mi­sphères. En cas de lé­sion à gauche, une per­sonne peut ne plus par­ler alors que sa mé­moire mu­si­cale per­siste» pré­cise Her­vé Pla­tel qui dé­cide alors d’orien­ter ses tra­vaux vers les ma­lades d’Alz­hei­mer.

Il quitte ré­gu­liè­re­ment son la­bo­ra­toire pour des exer­cices pra­tiques avec des ma­lades. «Nous leur pro­po­sons d’ap­prendre des chan­sons à rai­son d’une séance par jour pen­dant huit jours. Beau­coup s’en sou­viennent. Sou­vent ils croient l’avoir ap­prise il y a très long­temps. Or ce n’est pas le cas. Ce­la si­gni­fie que non seule­ment cer­tains cir­cuits du cer­veau sont tou­jours opé­ra­tion­nels, mais qu’ils peuvent re­te­nir du­ra­ble­ment de nou­velles in­for­ma­tions.» Le cher­cheur ne se lasse pas de voir les pa­tients re­prendre avec en­train les mé­lo­dies, sou­rire, se re­dres­ser. Et d’ajou­ter : «La musique sti­mule l’éveil et les fa­cul­tés de mé­mo­ri­sa­tion ré­si­duelle, elle lutte contre l’apa­thie, elle dé­tend... Elle ré­ac­tive des ca­pa­ci­tés cé­ré­brales qui sem­blaient per­dues à ja­mais, y com­pris à un stade avan­cé de la ma­la­die.»

«Si chan­ter ou écouter de la musique amé­liore ces lourdes pa­tho­lo­gies, elles sont aus­si un atout dans leur pré­ven­tion. Elles re­tardent notre vieillis­se­ment, au même titre que l’ali­men­ta­tion ou le sport», af­firme Her­vé Pla­tel.

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