Le gel des hausses ne suf­fi­ra pas

Le Petit Journal - L'hebdo local du Lot - - LA UNE -

Ma­ni­fes­te­ment, le Gou­ver­ne­ment n’ar­rive pas à « en­fu­mer » aus­si bien que les gi­lets jaunes les rond­spoints !

Sa­me­di 1er dé­cembre au­tour de 700 per­sonnes se re­trou­vaient dans le Lot aux car­re­fours des grands axes de Ca­hors à Fi­geac ou blo­quant quelques sta­tions ser­vices et péages. Le lun­di, 150 per­sonnes pour­sui­vaient le mou­ve­ment dans le calme. Dé­jà, comme un air de dé­jà vu, les plus « durs » as­su­raient de l’in­au­dible dé­cla­ra­tion de ce mar­di 4 dé­cembre du Pre­mier Mi­nistre Edouard Phi­lippe qui pour­tant ava­lait la cou­leuvre d’un re­cul ju­gé in­suf­fi­sant.

DANS TOUS LES SENS EN MOINS

Dans un contexte in­édit où nous vi­vons un se­cond mai 68 quelque part, il est clair que Ma­cron paie ce jour l’en­fu­mage po­li­tique de ces trente der­nières an­nées au re­gard de cette si­tua­tion qui se dé­grade sans que per­sonne n’en re­con­naisse plus le fond du dé­bat. Spee­dy brillant Ma­cron, roi de la ré­forme, s’est de plus plan­té par manque de mé­thode et de res­pect des vieilles re­cettes po­li­tiques ges­tion­naires des peuples gueu­lards, se pen­sant tout jeune tout beau tout frais tout au­to­ri­sé à faire, mais à la tête d’une ar­mée mexi­caine com­po­sée de cham­pions nés pré­ma­tu­ré­ment sur le ter­reau de la dé­com­po­si­tion des par­tis tra­di­tion­nels. Soit sans ex­pé­rience de ges­tion des crises. Ju­gé ar­ro­gant, ir­res­pec­tueux, ou sourd, par les gi­lets jaunes, il est vrai que notre Ju­pi­ter globe-trot­ter s’est es­seu­lé dans sa tache en en­fan­tant un pre­mier Mi­nistre au sang aus­si froid qu’un sui­ci­daire, un De Ru­gy hors-sol, dé­jà mé­diocre au per­choir, pro­fon­dé­ment em­pê­tré dans ses dis­cours pâ­teux de Mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment sans par­ler de Dar­ma­nin qui in­vite à ri­pailler vi­teuf le mi­di pour 200 eu­ros sans com­prendre qu’il y a le feu avec des sans dents qui ont par­fois le luxe de pré­sen­ter leur ti­cket res­to dans un rou­tier. Quant à Cas­ta­ner, là.... On en vien­drait à re­gret­ter les dis­cours so­po­ri­fique mais plus apai­sants de pa­py Co­lomb. Et le ré­tro pé­da­lage pi­teux du Pre­mier Mi­nistre ce mar­di n’ar­range rien puis­qu’il n’a pro­po­sé que de sus­pendre les aug­men­ta­tions des taxes pré­vues... Les gi­lets jaunes qui ont bien vou­lu com­prendre ne sont pas dupes. Ou du moins n’avalent pas la pi­lule. D’ici six mois, il y au­ra une ré­flexion sur l’uti­li­sa­tion de l’im­pôt. Une ré­flexion sur plus de ser­vices pu­blics en mi­lieu ru­ral avec moins d’im­pôts donc moins de ren­trées fis­cales. Le mes­sage est clair ? Mais en­core : la sus­pen­sion de la taxe car­bone, le non ali­gne­ment du prix du die­sel sur l’es­sence, le non ali­gne­ment du die­sel sur l’es­sence pour les trans­por­teurs rou­tiers, la sup­pres­sion des nou­velles mo­da­li­tés pré­vues pour les contrôles tech­niques et la baisse des ta­rifs de ces der­niers. La sup­pres­sion en­core de l’aug­men­ta­tion des prix de l’élec­tri­ci­té et du gaz cet hi­ver... Donc le Gou­ver­ne­ment pro­pose en somme des baisses de rien puis­qu’il sup­prime le pro­jet de hausses et de sur­taxes, ni ne pro­pose une aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat... Miaou Miaou !

ILS ONT DIT...

En somme, si un sens col­lec­tif pé­da­go­gique avait été pré­sen­té en di­rec­tion des gi­lets jaunes avec équi­té, il n’y au­rait pas ce sen­ti­ment constant de pu­ni­tion des classes pauvres ou moyennes au nom de la tran­si­tion éco­lo­gique qui se ma­ni­feste de nos rond­spoints lo­tois jus­qu’aux Champs. Dans ce fos­sé qui se creuse, les gi­lets jaunes ren­con­trés avan­çaient lun­di et tout au­tant mar­di : « On tien­dra ! On va se struc­tu­rer de Ca­hors à Fi­geac en pas­sant par tous les points stra­té­giques se­lon les forces en pré­sence. Ils peuvent nous pi­quer dans la nuit les pa­lettes que nous avions mis en ré­serve, on en trou­ve­ra d’autres » avance un ha­bi­tué des ronds-points de Ca­hors se­rei­ne­ment. Dans le Lot heu­reu­se­ment, le calme règne. Bien sûr les images des cas­seurs sur les Champs Ely­sées marquent les es­prits. Certes au­jourd’hui on en­tend des re­ven­di­ca­tions ex­ces­sives qui ne ré­sou­dront pas dès de­main une sor­tie de crise ra­pide. Mais force est de consta­ter qu’au rythme des qua­li­tés dé­cla­ra­tives du Gou­ver­ne­ment, de la ra­di­ca­li­sa­tion dog­ma­tique de cer­tains gi­lets jaunes comme de la dé­ter­mi­na­tion des plus mo­dé­rés, on est mal pa­tron Ma­cron !

A LA VO­LÉE...

Suite à l’ar­ticle pa­ru dans le Monde du lun­di 3 dé­cembre, les pré­fets tro­que­raient l’uni­forme pour le gi­let « Face à la crise du mou­ve­ment des gi­lets jaunes, les pré­fets sonnent l’alerte po­li­tique » le quo­ti­dien pour­suit : « Sous le sceau de l’ano­ny­mat, les re­pré­sen­tants de l’Etat cri­tiquent la dé­con­nexion de l’exé­cu­tif »... Qu’ils soient le bras ar­mé de l’Etat dans un ter­ri­toire ou char­gés d’une mis­sion d’in­té­rêt gé­né­ral spé­ci­fique, les pré­fets ma­ni­festent ra­re­ment leurs états d’âme. Au­jourd’hui, plu­sieurs d’entre eux, de­vant la crise en­gen­drée par le mou­ve­ment des « gi­lets jaunes », font part, sous le sceau de l’ano­ny­mat, d’une cer­taine ap­pré­hen­sion. Ap­pré­hen­sion d’au­tant plus vive que les au­to­ri­tés cen­trales leur donnent par­fois l’im­pres­sion de ne pas avoir pris la me­sure du pro­blème et de les lais­ser sans consigne pré­cise.

« Ce qui se passe est le fruit d’an­nées de frag­men­ta­tion de la so­cié­té fran­çaise, juge l’un d’eux. Pour l’heure, la ré­ponse de l’exé­cu­tif est à cô­té de la plaque. » « Je suis très in­quiet car le pou­voir est dans une bulle tech­no­cra­tique, ren­ché­rit un autre. Ils sont cou­pés de la France des braves gens qui n’ar­rivent pas à bou­cler leurs fins de mois. Ils n’ont au­cun code et au­cun cap­teur. Nous, les pré­fets, pour­rions leur don­ner des élé­ments mais ils ne nous de­mandent rien. Quand ils viennent sur le ter­rain, c’est pa­rés de leur ar­ro­gance pa­ri­sienne. » Ar­ticle de Ber­trand Bis­suel... On in­vite tou­te­fois à notre col­lègue jour­na­liste de faire le com­men­taire sui­vant : Con­trai­re­ment à cer­tains pro­pos men­tion­nés dans ce pa­pier, tous les Pré­fets de France sont in­vi­tés de­puis des lustres à faire re­mon­ter la mé­téo éco­no­mique, so­ciale, sécuritaire... de leur dé­par­te­ment, ce, au moins tous les 15 jours en pé­riode d’ac­cal­mie. Et si cet ar­ticle ju­gé fa­ta­le­ment « dé­loyal » en­vers le Gou­ver­ne­ment par cer­tains grands ser­vi­teurs de l’Etat a été écrit par un Pré­fet, pa­rions qu’il est plus sou­vent as­si­du au bou­lo­drome du coin qu’avec ses ser­vices de ren­sei­gne­ments ou ses col­la­bo­ra­teurs... Après, qu’il y ait une

« bulle tech­no » en ce mo­ment dans les tuyaux des mi­nis­tères... C’est ef­fec­ti­ve­ment une pro­ba­bi­li­té qui confir­me­rait que rien n’a chan­gé au som­met de l’Etat.

Des pa­lettes en feu le soir pour chauf­fer les gi­lets même si au ma­tin les ser­vices du dé­par­te­ment avaient em­por­té plus de soixante pa­lettes ca­chées non loin

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