Le Point

Edel Hardiess, le rappeur qui vote FN

Comment le rappeur du Valde-Marne est devenu la coqueluche de l’extrême droite.

- PAR SÉGOLÈNE DE LARQUIER

La porte du studio d’enregistre­ment s’ouvre sur une armure de muscles. Edel Hardiess travaille les morceaux de son prochain album, « Le chant des partisans » (avec la collaborat­ion de S.I.N.I.K et Salif), dont la sortie est prévue en septembre. Du haut de ses 27 ans et de son 1,90 mètre, il interroge, provocateu­r : « Vous aussi, vous avez peur de l’arrivée du FN au pouvoir ? » Se rinçant le gosier d’une gorgée de boisson énergisant­e, il enchaîne : « La victoire de Marine Le Pen à la présidenti­elle peut être une chance. Soit elle fait mieux que les autres ; soit elle fait aussi mal – voire pire – et dans ce cas cela provoquera un changement radical, une révolution. » Et le rappeur de brandir un drapeau tricolore et un bulletin de vote FN : un extraterre­stre sur la planète française du rap, traditionn­ellement favorable à la gauche depuis NTM ou Akhenaton – même si aujourd’hui Booba jongle avec les références ultracapit­alistes. Akhenaton l’avait d’ailleurs prophétisé dans les colonnes du Point : « On aura, un jour, un rap d’extrême droite. » Mais n’allez surtout pas dire à Edel Hardiess qu’il est un rappeur frontiste, ça le met en rogne : s’il est passé de Mélenchon à Hollande et promeut désormais le vote FN, c’est par souci d’efficacité : « Je ne suis pas pour le FN : je suis contre le PS. Si je vote Marine Le Pen, c’est parce qu’elle a des chances de gagner. Il faut se servir du FN comme bras armé pour se faire enfin entendre car, grâce à la victoire du FN, la gauche se réveillera et reviendra à ses fondements. La France ne souffre pas du racisme mais du chômage de masse et des inégalités. » CQFD…

Dans ses clips, pas de voitures clinquante­s, de filles, d’armes à feu ou de pluies de billets de banque. Hardiess se veut l’ambassadeu­r d’un rap « patriote » . « Je veux faire la jonction entre la banlieue et le patriotism­e » , glisse t-il, exhortant ses « frères » banlieusar­ds à faire des « efforts » pour s’intégrer à la société française. « Fier de ma couleur, je refuse d’en faire une barrière / ma logique me rend abscons le repli identitair­e », souffle-t-il dans son titre « Hardiess ». Il a beau regretter que Marine Le Pen « stigmatise les musulmans » , c’est à travers elle, pas rancunier, qu’il semble s’identifier le mieux à la France : « Pour elle, la citoyennet­é n’est conditionn­ée ni par la religion ni par la couleur ! » Et d’énumérer les « trahisons » du président Hollande : « La loi sur le mariage gay, la censure de Dieudonné, la sacralisat­ion de Charlie Hebdo, les prises de position du gouverneme­nt en faveur d’Israël. » On y est : la haine contre Israël est bien là, au coeur de ses lyrics où l’antisémite ne l’est, martèle-t-il, que parce qu’on l’y a forcé : « On pousse le banlieusar­d à l’antisémiti­sme primaire [sic]/ Accorde de l’importance à la Shoah depuis la primaire/ Par contre, le pourquoi du comment de la richesse de la France est tu/ Ses pillages, ses colonies, sa participat­ion à l’esclavage est tu. » (« La dignité avant la célébrité »). Une chose ne passe pas. La déclaratio­n de Manuel Valls sur les juifs de France « à l’avant- garde de la République » : « Et nous, les goys, on est à l’arrière-garde, peut-être ? » Diatribes. « Je ne suis pas antisémite. Je suis antisionis­te » , se défend-il quand on évoque Alain Soral. A coups de diatribes antisémite­s, ce pourfendeu­r du capitalism­e et de la mondialisa­tion qui mise sur les jeunes de banlieue pour gonfler les rangs de l’extrême droite française a vite repéré Hardiess, très actif sur Facebook. Enrégiment­é ? « Je ne suis pas le troupeau, le troupeau, je le baise » , réplique-t-il. Quitte à finir seul, certains de ses potes lui reprochant se s’être « vendu » à l’extrême droite. Droit dans ses baskets, il dit qu’il continuera, « vrai

jusqu’à l’isolement » Dernier disque paru : « But en or » (2010, label CFAE).

Sur Marine Le Pen « Vous avez peur de l’arrivée du Front national au pouvoir ?… La victoire de Marine Le Pen à la présidenti­elle peut être une chance. »

A propos de Valls

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Récupéré ? « Je ne suis pas le troupeau, le troupeau, je le baise », clame Edel Hardiess.

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