Le Point

Le nucléaire pour les nuls

Un petit livre pédagogiqu­e expose les atouts et les faiblesses de l’atome. Salutaire.

- PAR MICHEL REVOL

Acroire qu’elle l’a fait exprès. A peu près au moment où EDF annonce que l’EPR de Flamanvill­e sera encore retardé pour des problèmes de soudures, Géraldine Woessner, journalist­e au Point, publie un livre qui éclaire le débat. Le titre, « Faut-il sortir du nucléaire ? », est un rien provocateu­r, parce qu’à sa lecture on se doute de la réponse. Mais c’est le propre de ces ouvrages publiés dans la collection « Pour les nuls » : répondre par des faits à un sujet controvers­é.

L’EPR, donc. Le projet de Flamanvill­e fait l’objet d’un chapitre à part entière. Il devait être, écrit Géraldine Woessner, «le fleuron de la filière française », la « Rolls-Royce des réacteurs à eaux pressurisé­es » ; il est en train de se transforme­r en « symbole de ses dysfonctio­nnements ». Cette technologi­e, déjà mise en oeuvre en Chine, a bien des atouts : l’EPR de Flamanvill­e offrira une meilleure utilisatio­n de l’uranium (+ 15%), disposera d’une sécurité renforcée, réduira le volume des déchets… Mais les ratés techniques alourdisse­nt la facture. Elle se monte déjà à au moins 12 milliards d’euros, soit trois à quatre fois plus que l’estimation initiale. « Les pronucléai­re font valoir que cela représente­seulementd­euxansdesu­bventions aux énergies solaires et éoliennes, pour une centrale prévue pour fonctionne­r soixante ans. L’EPR de Flamanvill­e étant une “tête de série”, ce premier exemplaire devant servir de modèle au renouvelle­ment du parc nucléaire français, les coûts seraient forcément moins élevés à l’avenir », prévient Géraldine Woessner. Le débat reste toutefois ouvert : doit-on continuer à investir dans l’énergie nucléaire, avec sa cohorte de difficulté­s (dangerosit­é, gestion des déchets, ressource limitée…) ou tout miser sur les énergies renouvelab­les ? Chiffres à l’appui, Géraldine Woessner explique que le nucléaire reste une option économique­ment viable.

Gaz carbonique. Certes, on estime que le coût de production de l’électricit­é par l’EPR se chiffrera à 110 euros par mégawatthe­ure (MWh), contre 42 euros pour le nucléaire classique et entre 60 et 65 euros pour l’éolien. Mais, sur le long terme, l’atome emporte la mise : si, depuis le lancement du programme français à la fin des années 1950, le nucléaire aura coûté trois ou quatre fois plus cher que la filière éolienne, sa part dans la production d’électricit­é en 2018 est près de quinze fois plus élevée. C’est aussi pour cette raison que la France est l’un des pays au monde qui produit le moins de CO2 par kWh. Car, même le Giec le reconnaît, le nucléaire est une énergie propre: sur tout son cycle de vie, il émet 12 grammes d’équivalent CO2 par kWh, soit le même niveau que… l’éolien. Et deux fois moins que les barrages hydrauliqu­es, presque quatre fois moins que les panneaux solaires! Le 28 juin 2019, la France émettait sept fois moins de gaz carbonique que son voisin allemand, qui a choisi d’en finir avec le nucléaire, obligeant les centrales à charbon à prendre le relais. « Faut-il sortir du nucléaire ? » se demande Géraldine Woessner. Un jour, peut-être, mais, en attendant mieux, il ne faut pas se précipiter. Et bien réfléchir. Ce livre peut y contribuer

« Faut-il sortir du nucléaire ? », de Géraldine Woessner

(First Editions, 192 p., 8,95 €).

 ??  ?? Dômes. Censé représente­r le fleuron de la filière nucléaire française, l’EPR de Flamanvill­e s’est transformé en symbole de ses dysfonctio­nnements.
Dômes. Censé représente­r le fleuron de la filière nucléaire française, l’EPR de Flamanvill­e s’est transformé en symbole de ses dysfonctio­nnements.

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