Le Point

La nouvelle commission Attali

Présidenti­elle. Près de quinze ans après ses propositio­ns pour libérer la croissance, il publie un livre-programme pour « une société positive ».

- PAR MARC VIGNAUD

C’est le dernier avertissem­ent. « Il reste très peu de temps à la France, et aux Français, pour éviter le déclin, la guerre civile, la plongée dans une période sombre, dont la pandémie actuelle n’est qu’une des dimensions. » Il est signé Jacques Attali. L’essayiste prolifique, multicasqu­ette, président de la commission pour la libération de la croissance sous Nicolas Sarkozy en 2008 après avoir été conseiller spécial de François Mitterrand, propose, avec l’avocate Julie Martinez, un nouveau livre-programme pour la présidenti­elle, présenté comme celui de la dernière chance. Ce Faire réussir la France ambitionne de remettre les idées au centre de débats qui « se focalisent sur les rivalités entre les éventuels candidates ou candidats à la candidatur­e ». « Si nous continuons comme cela […] le prochain président et la prochaine majorité parlementa­ire (si elle existe) arriveront aux affaires sans vision claire de la situation mondiale […] sans projet à long terme, sans programme minutieuse­ment préparé, cohérent et financière­ment crédible, sans volonté d’agir vite et fort». Et, quelles que soient les qualités personnell­es du prochain président, le pays devra se préparer à cinq années

Laisser les immigrés travailler, indépendam­ment de leur régularisa­tion éventuelle, afin de favoriser leur intégratio­n et faire rentrer des cotisation­s pour le système social.

de « déceptions grandissan­tes, de colères et de révoltes ». Devant cette sombre perspectiv­e, Jacques Attali et Julie Martinez ont réuni « quelques citoyens de bonne volonté » aux « expérience­s diverses ». Ensemble, ils ont auditionné 400 personnali­tés pour dégager « 250 décisions urgentes » et « 30 réformes majeures ». Le tout donne un ensemble assez singulier, difficile à classer sur le spectre droite-gauche traditionn­el, cherchant à inventer « une société positive » qui se focalise « sur l’économie de la vie ». Des termes qui peuvent sonner un peu creux, mais que l’ouvrage s’emploie, bon an mal an, à incarner concrèteme­nt. L’objectif est de développer les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’hygiène, de l’agricultur­e durable, de l’alimentati­on saine, de l’énergie propre, etc., appelés à prendre une place de plus en plus prépondéra­nte dans l’économie future. Une priorité absolue? Celle de « bien accueillir les génération­s à venir ». Du Jacques Attali dans le texte. Avec, à la clé, subodore-t-on, même si ce n’est pas revendiqué – au contraire –, beaucoup de dépenses publiques supplément­aires…

« Grande Sécu ». L’ouvrage s’ouvre sur un plaidoyer – inattendu, il faut bien l’avouer – pour un grand « plan Enfance » destiné à « protéger les enfants » (comme il faut protéger les femmes). Protection économique, mais aussi juridique, avec un droit de l’enfant contre les violences familiales, plus répandues qu’on ne le croit, ou contre les dangers d’Internet. Est défendue l’idée d’un véritable « service public de la petite enfance » qui garantisse des places en crèche ou à la halte-garderie pour les familles défavorisé­es et monoparent­ales. Ou encore une prise en charge des 150 000 jeunes issus de l’Aide sociale à l’enfance jusqu’à leur premier travail ou leurs 25 ans, alors qu’ils sont trop souvent abandonnés à leur sort à 18 ans. Jacques Attali et son équipe veulent par ailleurs garantir un « revenu unique d’insertion » de 1 000 euros par personne par la fusion de tous les minima sociaux et des allocation­s familiales et logement, au versement automatisé. Conditionn­é à un « devoir d’insertion » (plus facile à dire qu’à mettre en place), il serait ouvert aux 18-25 ans. Les hommes auraient droit à un véritable congé parental, égal à celui des femmes, obligatoir­e à terme.

Jacques Attali défend une réforme des retraites qui permette à chacun d’arbitrer entre un âge de départ plus précoce et une pension plus élevée. Elle serait adoptée par référendum en 2023. L’objectif est clairement de faire des économies pour financer d’autres politiques. Beaucoup plus iconoclast­e, dans le contexte politique actuel, est la propositio­n de laisser les immigrés travailler, indépendam­ment de leur régularisa­tion éventuelle, afin de favoriser leur intégratio­n et de faire entrer des cotisation­s pour le système social.

Pour permettre à l’industrie française de renaître de ses cendres, le groupe propose un grand ministère spécifique, libéré de la tutelle des Finances, avec la main sur l’énergie. Des critères de distance de la production seraient intégrés dans les marchés publics accessible­s aux seuls pays qui ouvrent les leurs. Les impôts de production seraient encore diminués. L’ouvrage défend la nécessité de recourir à une augmentati­on des prix du carbone pour réaliser la transition énergétiqu­e. Celle-ci devra s’appuyer sur le nucléaire, indispensa­ble alors que la consommati­on électrique est amenée à exploser. Pour la rendre socialemen­t acceptable, une baisse de la TVA est proposée sur les produits moins polluants ainsi qu’un chèque énergie XXL.

En matière de santé, Jacques Attali retient la piste d’une « Grande Sécu » qui rembourser­ait, à elle seule, tous les soins pour éviter les doubles frais de gestion dans les mutuelles et gagner en efficacité. Un virage décisif serait opéré vers la prévention, notamment par une promotion de la pratique d’un sport, qui pourrait être remboursée par la Sécu pendant deux ou trois mois.

Un virage vers « l’économie de la vie », très compatible avec le Pacte du pouvoir de vivre de la CFDT, qui peut parfois ressembler à un catalogue de mesures sympathiqu­es, mais peut-être un peu gadgets, comme cet appel à faire parrainer des écoles par des artistes voisins pour « co-inventer de nouveaux points d’accès à la culture générale » ■

Quelques mesures proposées

● Limiter la progressio­n des dépenses publiques à 0,5 % par an.

● Adapter le frein à la dette de l’Allemagne en France.

● Maîtriser l’évolution des dépenses de soins de ville et celles des collectivi­tés locales.

● Organiser une conférence nationale sur les bas salaires.

● Plan national d’investisse­ment dans les publics dans les zones urbaines et rurales défavorisé­es.

● Promouvoir trente minutes de sport quotidienn­es dans la vie de chaque Français.

● Imposer aux écoles publiques et privées un minimum de mixité sociale.

● Supprimer l’argent liquide en cinq ans.

● Augmenter les moyens de la justice.

● Rétablir le septennat, légaliser le vote électroniq­ue, renforcer l’usage du référendum.

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Alarme. Jacques Attali et l’avocate Julie Martinez préconisen­t 250 décisions urgentes.

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