Ke­ry James, rap­peur de­ve­nu ac­teur

L’un des pion­niers du rap fran­çais joue sa pièce A Vif à Li­moges

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - Sortir - Jean-Adrien Tru­chas­sou Twit­ter : @JA – Truch Vif, J’rap en­core. PLMV, A ⇨ Li­moges. Centre cultu­rel JeanMou­lin, jeu­di 10 jan­vier, 20 heures (com­plet - 05.55.45.94.00).

Dans sa pièce A Vif, ré­so­lu­ment poé­tique et qui fait la part belle à la pa­role et au dia­logue, Ke­ry James, l’un des pion­niers du rap fran­çais, semble se ré­in­ven­ter. Il a d’ores et dé­jà trou­vé son pu­blic : son spec­tacle, pré­vu ce jeu­di au centre cultu­rel Jean-Mou­lin de Li­moges, af­fiche com­plet.

Est­on en­core obli­gé de pré­sen­ter Ke­ry James ? Lui, le ga­min d’Or­ly, né aux Abymes, en Gua­de­loupe, qui a por­té, avec NTM, IAM, As­sas­sin et MC So­laar, le rap fran­çais au som­met pen­dant près de deux dé­cen­nies entre 1991 (il a sor­ti son pre­mier titre à 14 ans) et 2018, an­née de son der­nier al­bum,

Re­mise en ques­tion

Alors certes, Alix Ma­thu­rin, de son vrai nom, est éga­le­ment ap­pa­ru l’an der­nier aux cô­tés de Mé­dine et Yous­sou­pha dans le titre mais le rap semble bel et bien ap­par­te­nir au pas­sé pour Ke­ry James qui se consacre dé­sor­mais au théâtre.

Et comme il le fai­sait dans sa mu­sique, ce­lui qui a fê­té ses 41 ans en dé­cembre der­nier bous­cule les codes dans sa pièce

écrite en 2017. « Je veux faire d’elle une pièce qui dit quelque chose, trans­met une émo­tion, sus­cite une in­ter­ro­ga­tion et une re­mise en ques­tion, ex­plique­t­il. Une pièce dont on ne res­sort pas in­demne, une pièce qui marque, bou­le­verse par­fois et peut­être même change les choses. »

Le ton est don­né. Il faut dire qu’en évo­quant les ban­lieues, Ke­ry James s’at­taque à un thème qui lui est cher et qui ne laisse pas in­sen­sible. Sous la hou­lette de Jean­Pierre Ba­ro, met­teur en scène, l’ac­teur­au­teur se trans­forme en Maître Sou­lay­maan et doit faire face à Yan­nick Lan­drein, maître Yann, lors d’un concours de fin de cur­sus à l’École de For­ma­tion du Bar­reau. La paire s’en­tend à mer­veille, ren­dant le dia­logue, le dé­bat, pas­sion­nant entre un Ke­ry James qui campe sur sa po­si­tion ­ non, l’État n’est pas res­pon­sable de la si­tua­tion des ban­lieues ­ et Yan­nik Lan­drein, pas en reste sur ses ar­gu­ments.

Un dia­logue fon­da­men­tal

« Cette pièce a, se­lon Ke­ry James, la ca­pa­ci­té d’in­té­res­ser un très large pu­blic car elle ra­conte la ren­contre entre ce que j’ap­pelle les “Deux France”. Deux France qui ne se connaissent pas ou s’ignorent. Deux France qui se mé­prisent par­fois et qui conti­nue­ront à avoir peur l’une de l’autre tant que seuls les mé­dias et la classe po­li­tique leur ser­vi­ront d’in­ter­mé­diaires. »

Si l’an­cien rap­peur confesse qu’A Vif ne « rè­gle­ra cer­tai­ne­ment pas le pro­blème », tou­jours est­il qu’elle ap­porte « quelque chose de fon­da­men­tal à la co­hé­sion na­tio­nale » : le dia­logue. Et c’est fran­che­ment réus­si.

DUO. Ke­ry James (au se­cond plan) et Yan­nick Lan­drein font la paire dans A Vif, pièce écrite par le pre­mier ci­té, spec­tacle ac­cueilli dans le cadre d’un par­te­na­riat entre les centres cultu­rels mu­ni­ci­paux de Li­moges et le CDN-théâtre de l’Union.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.