Raoux Voyages creuse son sillon

Le Quotidien du Tourisme - - Sommaire - Philippe Bour­get

Trans­por­teur pu­blic, voya­giste et dis­tri­bu­teur, la so­cié­té de Cau­mont-sur-Du­rance, dans le Vaucluse, cu­mule les trois mé­tiers avec une cer­taine réus­site, en dé­pit des vi­cis­si­tudes passées. Fon­dée il y a bien­tôt 50 ans avec un seul au­to­car, l’en­tre­prise Raoux forte de ses neuf agences de voyages est à l’écoute d’op­por­tu­ni­tés de ra­chat et vise la di­ver­si­fi­ca­tion.

« Cer­taines per­sonnes viennent nous voir et ne savent

tou­jours pas que nous or­ga­ni­sons des voyages ! » Ce n’est pas la pre­mière fois que Jean-Mi­chel Raoux, pré­sident de Raoux Voyages, fait ce constat, et il ai­me­rait bien que ce­la change ! Connue dans le Vaucluse et alen­tour pour ses bus de trans­port pu­blic, l’en­tre­prise a pour­tant tis­sé sa toile de­puis les an­nées 1980 dans le tou­risme. Il n’en de­meure pas moins qu’avec 150 bus sillon­nant la ré­gion avec des sco­laires et des pas­sa­gers in­ter­ci­tés, son image reste ac­co­lée à celle d’un trans­por­teur. La faute peut-être à une com­mu­ni­ca­tion dis­crète, même si Raoux a fait voya­ger en France, en Eu­rope et dans le monde plus de 20 000 clients tou­risme in­di­vi­duels et groupes en 2017 !

Pre­mier au­to­bus en 1971 :

L’his­toire de Raoux Voyages res­semble à celle de beau­coup d’au­to­ca­ristes. En 1971, Mar­cel Raoux, agri­cul­teur, est sol­li­ci­té par la com­mune du Thor pour s’oc­cu­per du ra­mas­sage sco­laire. Normal, il est le seul à pos­sé­der le per­mis trans­port en com­mun, dé­cro­ché à l’ar­mée ! Avec un pre­mier au­to­bus et l’aide d’un de ses fils, il troque deux fois par jour sa te­nue de pay­san pour celle de chauf­feur afin d’ame­ner les en­fants à l’école le ma­tin et de les ra­me­ner le soir. Dix ans passent avant que l’en­tre­prise ne lance ses pre­miers voyages tou­risme. Tou­jours du car, de­puis Avi­gnon, Ca­vaillon et d’autres villes du Vaucluse. Les des­ti­na­tions sont clas­siques : le car­na­val de Nice, Llo­ret del Mar, l’Ita­lie… Et pour mieux dis­tri­buer ces voyages, il faut des agences. Trois ver­ront le jour, à Avi­gnon, Car­pen­tras et Arles. Elles existent tou­jours.

Loi Sa­pin

: La crois­sance a-t-elle été trop ra­pide ? En 1990, l’en­tre­prise est en dif­fi­cul­té. Plu­tôt que de la voir dis­pa­raître, deux autres en­fants de Mar­cel, Mi­chel et Ma­de­leine, la ra­chètent. Ce n’est pas une si­né­cure car ils ont un mé­tier. Qu’à ce­la ne tienne, cu­mu­lant leurs em­plois avec ce­lui de chef d’en­tre­prise, ils la re­dressent et, en 1994, dettes rem­bour­sées, la des­tinent à l’un des fils de Mi­chel. « Mais mon frère pour­sui­vait ses études. On m’a de­man­dé d’as­su­rer l’in­té­rim », té­moigne Jean-Mi­chel. Un in­té­rim qui se trans­for­me­ra en « CDI », avant que Guillaume, deux ans plus tard, n’in­tègre à son tour la so­cié­té fa­mi­liale. La prise en main par les deux frères n’est pas de tout re­pos. En 1998, la loi Sa­pin oblige les don­neurs d’ordre à re­mettre en concur­rence les mar­chés de trans­port. Tout juste âgés de vingt ans, Jean-Mi­chel et Guillaume ne sont pas as­sez aguer­ris et perdent… la to­ta­li­té des contrats.

L’aide de « pros » :

« Ce fut la fin du tome 1 des Cars Raoux. Il ne nous res­tait plus que le tou­risme » , re­con­naît Jean-Mi­chel, amer au sou­ve­nir des effets so­ciaux de ces

contrats aban­don­nés. Pen­dant dix ans, les deux frères creusent le sillon du voyage, avec des au­to­cars ad hoc. Après avoir dé­mé­na­gé en 2003 à Cau­mont-sur-Du­rance dans des lo­caux plus adap­tés pour les bus, ils lancent en 2007 les pre­miers voyages aé­riens. « Nous l’avons fait grâce à Yves Ver­dié de Ver­dié Voyages, Yves Guiller­min d’Ailleurs et Frédéric Mey­nard de Pho­céens. Ils m’ont pro­po­sé d’in­té­grer le grou­pe­ment XXL. Je vou­lais ab­so­lu­ment trans­po­ser dans l’aé­rien ce que nous fai­sions en au­to­car », pré­cise le di­ri­geant, re­de­vable à ces pro­fes­sion­nels de lui avoir mis le pied à l’étrier.

30 au­to­cars Grand Tou­risme

Huit per­sonnes à la pro­duc­tion

: La si­gna­ture Raoux en aé­rien, « ce sont des hô­tels confor­tables tou­jours en centre-ville, des au­to­cars à des­ti­na­tion de qua­li­té, des ré­cep­tifs ri­gou­reu­se­ment sé­lec­tion­nés. Nous pro­po­sons à nos clients des pres­ta­tions de même ni­veau que celles of­fertes en bus » . Dans sa bro­chure printemps-été 2018, le voya­giste pro­gramme 20 des­ti­na­tions long-cour­riers, sans comp­ter les croi­sières. Au­jourd’hui, Raoux Voyages s’ap­puie sur une équipe de pro­duc­tion de huit per­sonnes, des for­fai­tistes, des agents de ré­sa et une ac­com­pa­gna­trice à l’an­née ma­na­gés par la di­rec­trice, Co­ra­lie Gaia. Deux bro­chures an­nuelles, pu­bliées à 70 000 exem­plaires, sont en­voyées aux clients et aux agences dis­tri­bu­trices, celles du groupe – toutes Se­lec­tour – ain­si qu’à une cen­taine d’agences par­te­naires de l’arc mé­di­ter­ra­néen et de la val­lée du Rhône. « Ce sont sur­tout des mi­ni-ré­seaux avec une cul­ture au­to­ca­riste. Nous y te­nons car c’est un pro­duit qui né­ces­site des com­pé­tences de vente par­ti­cu­lières » , in­siste Jean-Mi­chel Raoux. : En 2008, après dix ans d’abs­ti­nence, l’en­tre­prise a re­trou­vé ses contrats de trans­port pu­blic, « deux mé­tiers ju­me­lés [qui] per­mettent de bien fonc­tion­ner car ils fa­ci­litent les sy­ner­gies de clien­tèle, so­ciales et d’in­ves­tis­se­ment » . Raoux Voyages, équi­pé de bus Man et Mer­cedes, a toute la­ti­tude pour né­go­cier les achats de vé­hi­cules, par­mi les­quels 30 au­to­cars Grand Tou­risme qui as­surent des voyages tout confort. En 2013, fort d’une san­té re­trou­vée, l’en­tre­prise a ra­che­té Car­ré Voyages, un ré­seau de six agences en Oc­ci­ta­nie (deux à Mont­pel­lier, plus Nar­bonne, Bé­ziers, Nîmes et Alès). « Il le fal­lait pour amé­lio­rer le taux de rem­plis­sage de nos bus tou­risme. Dans ce mé­tier, c’est ain­si que l’on tire la marge vers le haut », éclaire le ma­na­ger. Raoux Voyages pos­sède dé­sor­mais 9 agences en propre. L’en­tre­prise, tou­jours 100% fa­mi­liale, a réa­li­sé un CA de 30 M€ en 2016, par­ta­gés à équi­té entre le trans­port pu­blic et le tou­risme. Ce der­nier seg­ment est dé­sor­mais do­mi­né par l’aé­rien, avec 55% de l’ac­ti­vi­té. Et l’exer­cice 2017 pour­rait se clore avec un chiffre d’af­faires en hausse de 10 %. L’aventure Raoux continue. ■

Jean-Mi­chel Raoux et Guillaume Raoux. Chaque au­to­car « grand tou­risme » vaut, neuf, 350 000 €.

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