Bos­nie-Her­zé­go­vine : un car­re­four de l’his­toire

Le Quotidien du Tourisme - - Sommaire - Ca­ro­line Ker­ven­nic

Au l’El’Eu­rope coeur de et de son hi­shis­toire, la Bos­nieHeHer­zé­go­vine sé­sé­duit par ses ss­plen­dides ppay­sages mon­ta­gneux, sa po­pu­la­tion ac­cueillan­tea et sa culcul­ture aux iins­pi­ra­tion­si­ti orien­ta­le­sitl ett oc­ci­den­tales.idt Le pays at­tire de plus en plus de voya­geurs. Le tou­risme, pra­ti­que­ment dis­pa­ru dans les an­nées 1990, re­prend dou­ce­ment de­puis les an­nées 2000, avec un rythme plus sou­te­nu de­puis 2015. La ca­pi­tale, Sa­ra­je­vo, et Mos­tar consti­tuent deux étapes pri­vi­lé­giées pour les vi­si­teurs, fa­ci­le­ment ac­ces­sibles de­puis la Croa­tie, toute proche, et la ville de Du­brov­nik. Quelques TO, comme Vi­sit Eu­rope, pro­posent de dé­cou­vrir les at­traits de la des­ti­na­tion.

S

eule à Sa­ra­je­vo ma­jo­ri­té ca­pi­tale est mu­sul­mane, sou­vent eu­ro­péenne pré­sen­tée où l’Est comme et l’Ouest la ville se ren­contrent. Ef­fec­ti­ve­ment, la plus grande ville de Bos­nie-Her­zé­go­vine s’est construite à la croi­sée des cultures orien­tales et oc­ci­den­tales. Au centre-ville, le quar­tier ot­to­man du XVIe siècle, le Baš­carši­ja, avec sa fon­taine en bois en­tou­rée d’édi­fices re­li­gieux et de pe­tits com­merces, cô­toie les rues larges et dal­lées de la ville nou­velle au style aus­tro-hon­grois. Une ligne au sol sym­bo­lise d’ailleurs cette sé­pa­ra­tion cultu­relle. Chaque do­mi­na­tion suc­ces­sive a lais­sé son em­preinte sur la ville. Les Ot­to­mans ont do­té Sa­ra­je­vo d’im­pres­sion­nantes mos­quées, de son ca­ra­van­sé­rail, de bains et de mar­chés cou­verts, sou­vent ima­gi­nés par de grands ar­chi­tectes turcs. Le pro­tec­to­rat au­tri­chien, à par­tir de 1878, a lan­cé la construc­tion d’édi­fices de style oc­ci­den­tal, des églises d’abord, et des édi­fices pu­blics comme l’hô­tel de ville de style néo-mau­resque. Ins­tal­lé sur les bords de la ri­vière Mil­ja­cka, in­cen­dié lors du siège de Sa­ra­je­vo, il a tout ré­cem­ment été re­cons­truit. L’em­pire est éga­le­ment à l’ori­gine de la mo­der­ni­sa­tion de la ci­té, avec l’ins­tal­la­tion de l’élec­tri­ci­té et du tram­way, ex­pé­ri­men­tés à Sa­ra­je­vo avant d’être dé­ve­lop­pés à Vienne.

De la guerre au tou­risme

Au XXe siècle, la ca­pi­tale bos­nienne a été à deux re­prises au coeur de l’his­toire eu­ro­péenne dans des contextes tra­giques. D’abord en 1914 avec l’as­sas­si­nat de l’ar­chi­duc d’Au­triche, dé­to­na­teur de la Pre­mière Guerre mon­diale, puis, entre 1992 et 1996, lors de la guerre ci­vile et du siège de Sa­ra­je­vo. Ces quatre an­nées de vio­lence ont consi­dé­ra­ble­ment mar­qué la ville et ses ha­bi­tants. Le long de la tris­te­ment cé­lèbre « al­lée des Sni­pers », cer­tains im­meubles portent en­core les marques des tirs de mor­tiers et des im­pacts de balle. Au pied des pistes de l’aé­ro­port, la vi­site de l’en­trée du tun­nel de Spa­sa (tun­nel de l’es­poir) qui per­met­tait l’ap­pro­vi­sion­ne­ment se­cret de la ville lors du siège donne un aper­çu concret très émou­vant de la té­na­ci­té et du cou­rage des Sa­ra­jé­viens. Chaque nuit, deux mille per­sonnes em­prun­taient cet étroit boyau pour ra­vi­tailler la ville. Plus au Sud, en Her­zé­go­vine, on suit la Ne­ret­va, fleuve aux teintes éme­raude

on­du­lant le long de pay­sages ma­gni­fiques, pour at­teindre Mos­tar. La ville, très pro­fon­dé­ment éprou­vée par la guerre, a pa­tiem­ment été re­cons­truite de­puis les an­nées 1990. Elle ac­cueille dé­sor­mais près d’un mil­lion de tou­ristes par an, très sou­vent en ex­cur­sion pour la jour­née de­puis Du­brov­nik. La vi­site des ruelles pa­vées, en­ca­drées d’échoppes, de la mai­son turque tra­di­tion­nelle du XVIe siècle avec son sa­lon sus­pen­du au- des­sus de la ri­vière, la ba­lade sur le pont de style ot­to­man et la dé­cou­verte de la mos­quée peuvent se faire dans la jour­née. Faire ap­pel à un guide per­met de mieux com­prendre l’im­pact de l’his­toire ré­cente qui a lais­sé des tra­ces très vi­sibles au- de­là du vieux centre res­tau­ré.

Mo­saïque d’in­fluences

Vingt ans après la fin de la guerre, le pays tout en­tier pour­suit sa re­cons­truc­tion, à l’ex­cep­tion de quelques mai­sons aban­don­nées cri­blées d’im­pacts qui rap­pellent la vio­lence de la guerre. Les dif­fé­rentes com­mu­nau­tés s’ef­forcent de co­ha­bi­ter avec les fan­tômes du pas­sé tou­jours

bien pré­sents. Pour au­tant, le pays et sa po­pu­la­tion res­pirent le dy­na­misme et l’en­vie de faire par­ta­ger leur culture si spé­ci­fique. Chaque ville compte un nombre im­pres­sion­nant d’édi­fices re­li­gieux, mu­sul­mans, ca­tho­liques, or­tho­doxes ou juifs. Deux cent dix mos­quées sont dis­sé­mi­nées dans les quar­tiers par­fois es­car­pés de Sa­ra­je­vo. Trois langues co­existent dans le pays. Chaque Bos­nien se dé­fi­nit se­lon son ap­par­te­nance re­li­gieuse, Bos­niaques mu­sul­mans, Croates ca­tho­liques et Serbes or­tho­doxes, qu’ils soient pra­ti­quants ou pas. Au fil des siècles, le pays a ab­sor­bé cer­taines par­ti­cu­la­ri­tés cultu­relles des peuples co­lo­ni­sa­teurs. La gas­tro­no­mie, qui mêle les plats clas­siques aus­tro-hon­grois et slaves avec des re­cettes ty­pi­que­ment turques ou grecques en est le re­flet. C’est aus­si cette mo­saïque d’in­fluences qui fait le charme de la des­ti­na­tion et sa dif­fé­rence.

Plus de tou­ristes fran­çais

Au­jourd’hui, ce pe­tit pays vert et mon­ta­gneux, qui a ac­cueilli les JO d’Hi­ver en 1984, mise sur le tou­risme pour ac­cé­lé­rer son dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. Ac­tuel­le­ment, l’es­sen­tiel des voya­geurs en Bos­nie- Her­zé­go­vine pro­vient des pays voi­sins ou de la dia­spo­ra bos­nienne, qui compte près de 1,5 mil­lion de per­sonnes dans le monde. Les tou­ristes des pays du Golfe et de la Tur­quie ap­pré­cient éga­le­ment la des­ti­na­tion, no­tam­ment pour son em­preinte mu­sul­mane. Des vols in­ter­na­tio­naux se dé­ve­loppent et re­lient di­rec­te­ment Du­baï, Shar­jah et Do­ha à Sa­ra­je­vo. Le mar­ché fran­çais com­mence lui aus­si à de­ve­nir por­teur de­puis quelques an­nées. Entre 2016 et 2017, les ar­ri­vées de tou­ristes fran­çais ont aug­men­té de 15 % et les nui­tées de 30,4 % (chiffres de l’Ins­ti­tut des sta­tis­tiques de Bos­nieHer­zé­go­vine). Leur part de mar­ché est de 2,9 %. Le groupe Ac­cor est en train de dé­ve­lop­per quatre pro­jets sur place, dont un com­plexe tou­ris­tique cinq étoiles aux alen­tours de Sa­ra­je­vo. Peu de TO pro­posent des sé­jours sur place. Il s’agit sur­tout d’étapes à Sa­ra­je­vo, Mos­tar ou Tre­binje à proxi­mi­té de la fron­tière croate, en as­so­cia­tion avec un cir­cuit en Croa­tie. Vi­sit Eu­rope mise sur cette des­ti­na­tion qui sé­duit sa clien­tèle. Douze mille d’entre eux, de toutes na­tio­na­li­tés, ont dé­jà vi­si­té Mos­tar au dé­part de Du­brov­nik, 2 600 y ont pas­sé la nuit, et 3 000 ont op­té pour une ex­cur­sion à Sa­ra­je­vo en 2017. L’ob­jec­tif en 2019 est de faire dé­cou­vrir les charmes de la des­ti­na­tion à 3 500 voya­geurs fran­çais, au moins. ■

Vue de­puis le pont de Mos­tar sur des mi­na­rets res­tau­rés de la vieille ville

guerre, aban­don­née à la fin de la Mai­son de po­pu­la­tion mou­ve­ments comme un té­moin des

Le pont ro­main de Sa­ra­je­vo, cadre his­to­rique de l’as­sas­si­nat de l’ar­chi­duc d’Au­triche par un in­dé­pen­dan­tiste bos­niaque Le han (ca­ra­van­sé­rail) du XVIe siècle conçu pour ac­cueillir voya­geurs et che­vaux Le centre aus­tro-hon­grois de Sa­ra­je­vo

Le tun­nel de l’es­poir : plon­gée dans une his­toire ré­cente très tour­men­tée Du­brov­nik, point de dé­part pri­vi­lé­gié pour dé­cou­vrir Mos­tar et Sa­ra­je­vo

La beau­té de la côte dal­mate en ar­ri­vant de Bos­nie-Her­zé­go­vine.

Des pay­sages na­tu­rels qui dé­clinent toutes les nuances de vert.

Eglise or­tho­doxe dans l’en­clave serbede Bos­nie-Her­ze­go­vine.

L’hô­tel de ville de style néo-mau­resque in­cen­dié lors du siège de Sa­ra­je­vo et tout ré­cem­ment re­cons­truit.

Le pont de Mos­tar comme un dé­cor de carte pos­tale.

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