2 heures pour An­no­nay-Saint-Étienne

Le Réveil du Vivarais - - Grand Angle - JEAN-MARC ASTORGUE

Files de voi­tures à ral­longe au col de la Ré­pu­blique, am­bu­lance en per­di­tion, vé­hi­cules fai­sant de­mi-tour, le tout dans un tour­billon de neige et de froid… Ch­ro­nique d’un en­fer pour­tant an­non­cé…

◗ « Par­don mon­sieur, estce que vous sa­vez ce qui se passe ? » Il est 18 h 15 ce di­manche 13 mai de­vant l’Auberge du GrandBois. De­hors la « Burle » souffle et fait vo­ler la neige lourde et épaisse en tour­billons gla­cés, dans une am­biance de type film ca­tas­trophe : Le Jour d’après. De­puis 18 heures, le col est fer­mé. Or, les di­zaines de conduc­teurs ar­ri­vés ici vers 17 h 30, blo­qués sur la RD 1082, eux, ne le savent pas. Comme eux, je me de­mande ce qui se passe.

Pour com­prendre, il faut re­ve­nir sur cette fin d’après­mi­di. À 17 heures, par­tant d’An­no­nay, je prends la route pour Saint­Étienne. Jus­qu’à Bourg­Ar­gen­tal, rien, si ce n’est une pluie bat­tante. À La Ver­sanne, les pre­miers flo­cons com­mencent à tom­ber. De nom­breux vé­hi­cules ne sont pas ou plus équi­pés pour la neige. C’est à 50 mètres de l’Auberge du Grand­Bois, vers 17 h 25, que com­mencent, les pre­miers « pa­ti­nages ». Très ra­pi­de­ment, une file se forme. Des au­to­mo­bi­listes es­saient de faire de­mi­tour, ra­jou­tant au chaos am­ biant.

Auberge du Grand­Bois 18 h 30… Ce­la fait dé­jà une heure que nous at­ten­dons. De­puis 20 bonnes mi­nutes dé­jà, le chas­se­neige est pas­sé en di­rec­tion de Saint­Étienne, dé­ga­geant la voie de droite. Une cin­quan­taine de mètres de­vant, une am­bu­lance de pom­piers en tête de file, est elle aus­si blo­quée à quelques en­ca­blures du col. Ren­sei­gne­ments pris au­près d’un conduc­teur, qui a fi­ni par « al­ler voir », l’am­bu­lance ne se­rait pas équi­pée pour la neige et de me ré­pondre : « En fait, per­sonne n’ose sor­tir de sa voi­ture pour de­man­der, mais si on est équi­pé ça passe très bien ! J’ai des pneus neige et je vais es­sayer de convaincre les gens qui le peuvent d’avan­cer. » Je re­tourne dans ma voi­ture, prêt à suivre les can­di­dats au dé­part, mais… rien ne se passe ? Étran­ge­ment, les gens semblent comme té­ta­ni­sés. Une voi­ture es­saie bien de se lan­cer, mais non équi­pée, elle pa­tine et s’im­mo­bi­lise au mi­lieu de la chaus­sée. Les mi­nutes s’écoulent, je m’ap­prête à y al­ler coûte que coûte, quand ar­rive une file de vé­hi­cules dans l’autre sens. Il faut donc at­tendre en­core de nom­breuses mi­nutes. En­fin, une fe­nêtre de calme se fait jour sur la cir­cu­la­tion op­po­sée et je m’en­gage dou­ce­ment sur la voie de gauche. Dix mètres, 20 mètres, 50 mètres… J’ar­rive à la hau­teur de l’am­bu­lance blo­quée, sur le bas­cô­té de la route. Je passe, et là, je re­trouve la route libre.

Je fran­chis en­fin le col. Il est 18 h 40…

Vic­toire ! Lais­sant der­rière moi mes com­pa­gnons d’in­for­tune, pru­dem­ment, je fran­chis en­fin le col. Il est 18 h 40 et j’en­tame la des­cente à 30 km/h. En bas, un autre vé­hi­cule est en per­di­tion, un cam­ping­car qui fi­nit par se dé­ga­ger et avan­cer en di­rec­tion du vil­lage de La Ré­pu­blique. Iro­nie du sort quelques mi­nutes après, l’am­bu­lance des pom­piers en­fin dé­ga­gée, me rat­trape, si­rène hur­lante. Je me range sur le cô­té pour la lais­ser pas­ser. La route est en­core bien blanche jus­qu’à La Ré­pu­blique, puis une file de voi­tures se re­cons­ti­tue aux abords de Plan­foy où la route re­de­vien­dra noire. J’ar­ri­ve­rai en­fin à SaintÉ­tienne vers 19 heures. Pour finir, l’épi­sode nei­geux se pour­sui­vra jus­qu’au lun­di 14 au ma­tin avec le bal­let in­ces­sant des chasse­neige sur le tron­çon de 14,5 km entre Plan­foy et La Ver­sanne.

Une am­bu­lance de pom­piers en tête de file est elle aus­si blo­quée…

Di­manche 17 h 30, ar­ri­vée à l’auberge du Grand-Bois. Le chasse-neige vient de pas­ser dé­ga­geant la voie de gauche. Sur la voie de droite, on peut dis­tin­guer une voi­ture à l’ar­rière-plan ten­tant d’opé­rer un de­mi-tour.

17 h 20, à La Ver­sanne, les pre­miers flo­cons.

18 heures, les conduc­teurs pris au piège dans la tour­mente et le brouillard.

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