La nais­sance de la sa­ga des de Mis­solz

Le Réveil du Vivarais - - Région - JÉRÉMIE SABOT

La re­vue tri­mes­trielle de l’as­so­cia­tion Mé­moire d’Ar­dèche et Temps pré­sent, ac­tuel­le­ment disponible en li­brai­rie, re­vient sur la sa­ga d’une au­guste fa­mille du bas­sin an­no­néen, les de Mis­solz.

◗ Le châ­teau d’An­ty à Roif­fieux est un lieu char­gé d’his­toire grâce au formidable des­tin d’une fa­mille ori­gi­naire d’Au­be­nas, les de Mis­solz. Après un long tra­vail d’équipe, suite à l’ou­ver­ture des ar­chives privées des des­cen­dants de cette fa­mille, le Ré­fo­ca­lien Mi­chel Barbe s’est at­te­lé à dres­ser le por­trait des per­son­nages qui ont mar­qué l’his­toire de cette fa­mille. Par­mi eux, Fran­çois de Mis­solz, né en 1670, est le tout pre­mier à avoir eu un des­tin hors du com­mun. Fils d’un émi­nent ju­riste nî­mois, il in­tègre à 16 ans la com­pa­gnie mi­li­taire de Be­san­çon comme ca­det, avant de ser­vir dans les rangs des dra­gons, sou­vent as­so­ciés aux vio­lentes ré­pres­sions contre les pro­tes­tants, mais qui étaient es­sen­tiel­le­ment les com­bat­tants de pre­mière ligne dans de nom­breuses ba­tailles.

Pro­mu ca­pi­taine à 23 ans

Le jeune Fran­çois de Mis­solz, au coeur des com­bats, se taille une so­lide réputation au sein de l’ar­mée de Louis XIV. S’il est fait pri­son­nier lors d’une cam­pagne vic­to­rieuse en Ita­lie, sa bra­voure est re­mar­quée et lors de sa li­bé­ra­tion, il est pro­mu au grade de ca­pi­taine à seule­ment 23 ans. Le Royaume de France étant me­na­cé de toute part, les oc­ca­sions de briller au ser­vice du roi sont nom­breuses et l’on re­trouve Fran­çois de Mis­solz lors des sièges de Bar­ce­lone. Là aus­si, ses faits d’armes sont re­mar­qués. À la tête de cent dra­gons, il fait face à l’im­pres­sion­nante ca­va­le­rie de l’ar­chi­duc, sou­te­nue par près de 800 hommes d’in­fan­te­rie et deux ca­nons. Mal­gré la dé­faite, le cou­rage du ca­pi­taine lui per­met d’ob­te­nir un congé pour ral­lier Ge­nève et rendre vi­site à sa cou­sine ger­maine, Ma­rie Lam­bert. Cette der­nière, pro­tes­tante, a quit­té le do­maine d’An­ty et An­no­nay avec ses pa­rents en 1685, suite à la ré­vo­ca­tion de l’édit de Nantes. 20 ans plus tard, Ma­rie Lam­bert a per­du ses pa­rents et ses deux frères. L’or­phe­line est lo­gée chez une tante cal­vi­niste.

C’est en 1706 que Fran­çois de Mis­solz ren­contre Ma­rie Lam­bert. Il a 36 ans, elle en a 31, et le coup de foudre est im­mé­diat. Cou­sin et cou­sine s’en­fuient de Ge­nève en pleine nuit, avec la com­pli­ci­té du re­pré­sen­tant du roi de France, Mon­sieur de Clau­sure. Ce der­nier leur four­nit une chaise­voi­ture ain­si qu’un va­let en guise de co­cher. Après une es­cale dans un châ­teau proche, le couple nais­sant re­part pour Lyon, puis pour An­no­nay. Si leur idylle se pour­suit en nord Ar­dèche, la possibilité d’un fu­tur ma­riage s’avère com­pli­quée pour deux rai­sons évi­dentes. Fran­çois est ca­tho­lique alors que Ma­rie est pro­tes­tante, et les deux amou­reux sont cou­sins ger­mains. Il leur faut alors ob­te­nir une dis­pense dé­li­vrée di­rec­te­ment par le Va­ti­can. Après une longue et coû­teuse pro­cé­dure, ils peuvent en­fin se ma­rier le 5 avril 1708. Mais la fin de cette his­toire d’amour s’avère tra­gique. De­ve­nu ma­jor, Fran­çois de Mis­solz perd sa femme et son qua­trième en­fant suite aux com­pli­ca­tions de l’ac­cou­che­ment au dé­but de l’an­née 1713. Deux autres de ses en­fants mour­ront jeunes, tan­dis que le der­nier de ses fils, par­ti pro­ba­ble­ment en An­ge­terre n’a pas lais­sé de trace.

Cou­sin et cou­sine s’en­fuient de Ge­nève

Usé, Fran­çois de Mis­solz quitte l’ar­mée après 26 ans de ser­vice et se re­ma­rie avec une An­no­néenne, Ma­rie­Claudine Du­four. Ils au­ront en­semble 14 en­fants, dont sept sur­vi­vront et conti­nue­ront d’écrire l’ex­tra­or­di­naire sa­ga fa­mi­liale des de Mis­solz. Car si Fran­çois de Mis­solz, mal­gré la pro­po­si­tion de son co­lo­nel, s’étein­dra en 1741 sans ob­te­nir l’ordre de SaintLouis, deux de ses fils rat­tra­pe­ront cette injustice en de­ve­nant des che­va­liers de Saint­Louis, se dis­tin­guant loin d’An­no­nay et du châ­teau d’An­ty, en Amé­rique… Une his­toire et bien d’autres qu’il est pos­sible de dé­cou­vrir dans la re­vue tri­mes­trielle de Mé­moire d’Ar­dèche et Temps pré­sent, disponible en li­brai­rie au ta­rif de 13 €.

Mi­chel Barbe est le ré­dac­teur prin­ci­pal de cette sa­ga des de Mis­solz d’An­ty.

Fran­çois de Mis­solz.

Ma­rie Lam­bert.

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