Le po­tier lave sa terre pour la der­nière fois

Le Réveil du Vivarais - - Vallée Du Rhône - MAUD LAMASSIAUDE

Pen­dant trois jours, du 1er au 3 août der­nier, il a pio­ché sa ma­tière pre­mière, l’a je­tée dans un puits où les pierres res­tent au fond et la boue est pas­sée au ta­mis élec­trique. « À Rous­sillon, ce ta­mis était ré­vo­lu­tion­naire. Grâce à l’usine Rhône­Pou­lenc, nous avons eu l’élec­tri­ci­té tôt », ex­plique le po­tier qui a pra­ti­qué ses trois an­nées d’ap­pren­tis­sage dans cet ate­lier avant de louer pour en­fin l’ache­ter dé­fi­ni­ti­ve­ment. La boue épu­rée par le ta­mis est conduite dans un bas­sin où l’ar­gile sèche au so­leil. Jean­Jacques qua­drille la sur­face et c’est le so­leil qui va dé­cou­per la terre qui se se­ra en­dur­cie en une se­maine. Elle fi­nit à la cave où, telle une bonne bou­teille de vin, elle se­ra conser­vée. « On di­sait qu’avant, le po­tier pré­pa­rait la terre pour son fils. » Lui n’at­tend pas aus­si long­temps mais n’uti­lise ja­mais la terre de l’an­née. « Plus elle vieillit, meilleu­ re elle est. C’est une ma­tière vi­vante. »

Une po­te­rie de plus de 150 ans

La pro­duc­tion se tasse au fur et à me­sure. En 1880, cet ate­lier de Rous­sillon pro­dui­sait 60 tonnes, dix tonnes il y a 4 ans et cinq ac­tuel­le­ment. Cette po­te­rie existe de­puis plus de 150 ans. Jean­Jacques Du­ber­nard ne se plaint pas. « Je réa­lise 26.000 € de chiffre d’af­faires par an mais je n’ai au­cun frais. J’uti­lise ma propre ma­tière pre­mière et je n’ai pas de frais de tran­sport puisque j’ha­bite juste à cô­té. » Et son mé­tier, il l’aime. « Je fai­sais beau­coup de sé­ries avant. Au­jourd’hui de moins en moins. Il y a 100 ans, dans cet ate­lier, on réa­li­sait 10.000 biches à lait, 1.000 il y a 40 ans et au­jourd’hui deux. C’est très in­té­res­sant de tra­vailler des pièces uniques. » Il uti­lise la tech­nique de la terre ver­nis­sée, une tech­nique tra­di­tion­nelle mais qui « ne se prend pas au sé­rieux, avec des cou­leurs, une po­te­rie gaie. » Il réa­lise tou­jours des pièces à usage pra­tique : des plats à gra­tins mais aus­si ori­gi­nales : des cache­cu­bis de vin, des « chan­te­pleurs » (un ar­ro­soir par­ti­cu­lier)… Son épouse Na­tha­lie Du­ber­nard­Pou­zet, qui l’a re­joint en 1990, est da­van­tage dans l’ar­tis­tique avec des sculp­tures, et comme thème de pré­di­lec­tion le portrait. Cet ate­lier est le der­nier à Rous­sillon alors même que le can­ton en comp­tait 41 le siècle der­nier dont cinq de po­te­ries et huit de tui­le­ries. À Saint­Dé­si­rat, il exis­tait trois ate­liers de po­te­ries. Le der­nier a sur­vé­cu jusque vers la fin des an­nées 1970.

Joa­chim et Ca­mille aident leur grand-père po­tier.

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