ÉTATS-UNIS La Fed moins conci­liante

En dé­pit de la re­mon­tée des taux, la crois­sance reste vi­gou­reuse. Jus­qu’à quand ?

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Gé­rard Blan­din

Le pré­sident de la Ré­serve fé­dé­rale, Je­rome Po­well, met en avant les pers­pec­tives «re­mar­qua­ble­ment po­si­tives» de l’éco­no­mie amé­ri­caine pour jus­ti­fier la pour­suite de la hausse des taux di­rec­teurs.

En ma­tière mo­né­taire, l’his­toire re­passe aus­si les plats. Avec le der­nier re­lè­ve­ment d’un quart de point, entre 2% et 2,25%, dé­ci­dé par la Ré­serve fé­dé­rale – le troi­sième de l’an­née et le hui­tième de­puis dé­cembre 2015 – les taux di­rec­teurs sont re­ve­nus au ni­veau qui pré­va­lait lors de la faillite de Leh­man Bro­thers, le 15 sep­tembre 2008. Mais les si­tua­tions éco­no­miques sont dia­mé­tra­le­ment op­po­sées. À l’époque, avec la crise fi­nan­cière mon­diale, les mar­chés bai­gnaient dans une at­mo­sphère de fin du monde. En 2008, l’in­dice Dow Jones cé­dait 34% puis, dé­but mars 2009 et sur fond de ré­ces­sion, il tou­chait son plus-bas de­puis 1997, à 6 470 points.

Nou­veaux re­lè­ve­ments en vue

Au­jourd’hui, avec une crois­sance ré­gé­né­rée par le sti­mu­lus bud­gé­taire de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump (baisse de l’im­pôt sur le re­ve­nu des mé­nages et de l’im­pôt sur les so­cié­tés), les mar­chés amé­ri­cains volent de re­cord en re­cord. Le 2 oc­tobre, le Dow Jones a ain­si clô­tu­ré sur un nou­veau som­met his­to­rique, à 26 774 points, soit un gain de 314% en neuf ans et de­mi. Mieux, l’in­dice Nasdaq, à forte com­po­sante tech­no­lo­gique, s’est en­vo­lé de 535% du­rant la même pé­riode !

Certes, dans son mes­sage, la Ré­serve fé­dé­rale ne fait plus ré­fé­rence au ca­rac­tère «ac­com­mo­dant» de sa po­li­tique mo­né­taire, mais elle reste très op­ti­miste sur la so­li­di­té de l’ac­ti­vi­té. Pour 2018, elle a ain­si re­vu en hausse sa pré­vi­sion de crois­sance de 2,8% à 3,1% et pré­voit une dé­cé­lé­ra­tion conte­nue en 2019 ( 2,5%) et 2020 (2%), avec un taux de chô­mage à 3,5%. Je­rome Po­well, pré­sident de la Fed, a ain­si sa­lué des pers­pec­tives «re­mar­qua­ble­ment po­si­tives». Si l’on se ré­fère à ses pro­jec­tions, la banque cen­trale va de nou­veau res­ser­rer la vis, avec un re­lè­ve­ment pro­bable d’un quart de point, le 19 dé­cembre, et trois nou­velles hausses en 2019. À cette échéance, ses taux se si­tue­raient entre 3% et 3,25%.

Vers une in­ver­sion de la courbe des taux ?

«L’éco­no­mie est suf­fi­sam­ment so­lide et n’a plus be­soin des bé­quilles de la po­li­tique mo­né­taire», ex­pliquent les ex­perts d’Au­rel BGC. Néan­moins, «la ques­tion cen­trale reste de sa­voir si la Fed se­ra ca­pable de gé­rer un at­ter­ris­sage en dou­ceur en évi­tant une sur­chauffe du mar­ché du tra­vail et l’ap­pa­ri­tion d’ex­cès sur les mar­chés fi­nan­ciers, sans pour au­tant pro­vo­quer un ra­len­tis­se­ment ex­ces­sif de l’éco­no­mie», ana­lyse Josh Fein­man, chef éco­no­miste monde chez DWS. Autre- ment dit, à quel ho­ri­zon pren­dra fin l’ac­tuel cycle de crois­sance, dé­mar­ré il y a neuf ans ? «Nous pen­sons que le risque de ré­ces­sion est éle­vé à l’ho­ri­zon de 2020 étant don­né l’avancement de l’éco­no­mie amé­ri­caine dans le cycle, la dis­pa­ri­tion des ef­fets du sti­mu­lus bud­gé­taire, le res­ser­re­ment de la Fed et les risques liés à la guerre com­mer­ciale», pro­nos­tique la di­rec­tion des études du Cré­dit Agri­cole. Par ailleurs, «la hausse des ta­rifs doua­niers ré­sul­tant d’une guerre sé­vère entre la Chine et les États-Unis est sus­cep­tible de ra­jou­ter quelques dixièmes de points de pour­cen­tage à l’in­fla­tion l’an­née pro­chaine, ce qui à son tour ren­drait né­ces­saire un rythme de res­ser­re­ment mo­né­taire plus sou­te­nu».

Un signe : la courbe des taux amé­ri­cains conti­nue de s’apla­tir. L’écart entre les taux à dix ans ( 3,09%) et ceux à deux ans (2,85%) est de 24 points de base, contre 135 à fin 2016. Or, de­puis un de­mi-siècle et à sept re­prises, quand le dix ans est pas­sé sous le taux à court terme – on parle alors d’in­ver­sion de la courbe des taux – la ré­ces­sion est sur­ve­nue onze mois plus tard en moyenne. De là à pen­ser qu’elle se pro­file d’ici la fin 2020, il n’y a qu’un pas. La bonne nou­velle, c’est qu’il s’est écou­lé vingt­trois mois en moyenne entre l’in­ver­sion de la courbe et l’en­trée dans un mar­ché bais­sier.

Le pré­sident de la Fed, Je­rome Po­well, de­vrait re­le­ver les taux en dé­cembre pour la qua­trième fois cette an­née.

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