ZONE EU­RO

En conva­les­cence

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Gé­rard Blan­din

La Banque cen­trale eu­ro­péenne ces­se­ra son pro­gramme d’achat d’ac­tifs à comp­ter du 1er jan­vier. Pour­tant, l’éco­no­mie est loin d’être en sur­chauffe…

e (bon) doc­teur Dra­ghi a donc dé­ci­dé – sans sur­prise – d’en­le­ver la per­fu­sion, même si le pa­tient est en­core sous trai­te­ment. À comp­ter du 1er jan­vier 2019, la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE) ces­se­ra ses achats nets d’em­prunts sur le mar­ché, après les avoir dé­jà ré­duits de 60 à 30 mil­liards d’eu­ros par mois à par­tir de jan­vier der­nier, puis à 15 mil­liards d’eu­ros de­puis le 1er oc­tobre. La po­li­tique mo­né­taire n’en reste pas moins ac­com­mo­dante ou do­vish pour re­prendre le terme an­glais consa­cré.

En­cé­pha­lo­gramme plat

Lors de sa der­nière réunion, le Conseil des gou­ver­neurs a dé­ci­dé en ef­fet de lais­ser in­chan­gés les trois taux di­rec­teurs de la BCE. Le taux de re­fi­nan­ce­ment ac­cor­dé aux banques à un ho­ri­zon d’une se­maine reste à zé­ro (c’est lui qui donne le «la» pour les condi­tions de prêt ac­cor­dées aux clients), le taux de dé­pôt de ces mêmes banques est né­ga­tif de 0,4%, ce qui les en­cou­rage à prê­ter, et le taux de prêt mar­gi­nal (en cas de be­soin au jour le jour) se si­tue à 0,25%. Sur­tout, il pré­voit de les mainte- nir «à leurs ni­veaux ac­tuels au moins jus­qu’à l’été 2019 et, en tout cas, aus­si long­temps que né­ces­saire » . Ma­rio Dra­ghi, « l’homme qui mur­mure à l’oreille des mar­chés», est par consé­quent en passe de réus­sir l’ex­ploit de ter­mi­ner son man­dat à la tête de la BCE, le 31 oc­tobre pro­chain, sans ja­mais avoir re­le­vé les taux d’in­té­rêt.

De sur­croît, le Conseil a pré­ci­sé que les ré­in­ves­tis­se­ments en titres se pour­sui­vraient après un pre­mier re­lè­ve­ment de taux. Au­tre­ment dit, il est pré­vu que l’ar­gent ve­nant du rem­bour­se­ment d’obli­ga­tions en por­te­feuille ve­nues à échéance se­ra ré­in­ves­ti – en to­ta­li­té – pour main­te­nir «des condi­tions de li- qui­di­té fa­vo­rables et un de­gré éle­vé de sou­tien mo­né­taire». Même si une in­flexion est consta­tée, la BCE est donc loin de prendre le che­min de la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine qui a dé­jà re­le­vé par huit fois son taux di­rec­teur (de 0,25% fin 2008 à 2,25% le 25 sep­tembre 2018).

Risque de grippe asia­tique

Il est vrai que le Vieux Conti­nent n’est pas en si­tua­tion de sur­chauffe. Se­lon les der­nières pro­jec­tions, lé­gè­re­ment ré­vi­sées à la baisse, la crois­sance du PIB de la zone eu­ro de­vrait être de 1,9% en 2018, 1,7% en 2019, 1,7% en 2020 et 1,5% en 2021 (avec une in­fla­tion évo­luant au­tour de 1,8%). Et «la ba­lance des ris- ques» est en train de se dé­gra­der en rai­son «des in­cer­ti­tudes liées aux fac­teurs géo­po­li­tiques, de la me­nace pro­tec­tion­niste, des vul­né­ra­bi­li­tés des mar­chés émer­gents et de la vo­la­ti­li­té des mar­chés fi­nan­ciers». Bref, dans leurs dis­cus­sions au sein de l’Eu­ro­sys­tème, les ban­quiers cen­traux eu­ro­péens af­fichent «une confiance per­sis­tante et une pru­dence crois­sante», se­lon la pa­ra­bole de Ma­rio Dra­ghi.

Le dé­but de la fin de la po­li­tique d’ar­gent fa­cile ouvre une sé­quence dé­li­cate. «Après de nom­breuses an­nées de taux d’in­té­rêt très bas, une re­mon­tée des taux d’in­té­rêt à long terme fe­rait ap­pa­raître une crise de sol­va­bi­li­té bud­gé­taire dans plu­sieurs pays (France, Ita­lie, Es­pagne, Fin­lande, Bel­gique), ain­si que des pertes très im­por­tantes sur les por­te­feuilles obli­ga­taires des banques et des in­ves­tis­seurs», ex­plique Pa­trick Ar­tus, di­rec­teur de la re­cherche et des études de Natixis. Et ce d’au­tant que «la si­tua­tion cy­clique de la zone eu­ro se dé­grade». Tout ce­ci «rend en­core plus dif­fi­cile une re­mon­tée des taux d’in­té­rêt».

Cette si­tua­tion est fi­na­le­ment as­sez proche de celle de la Banque du Ja­pon, contrainte de main­te­nir des taux d’in­té­rêt qua­si nuls aus­si bien à court qu’à long terme, comme le rap­pelle Pa­trick Ar­tus. La pé­riode de conva­les­cence risque fort de se pro­lon­ger.

M. Dra­ghi, pré­sident de la BCE.

L’Ita­lien Ma­rio Dra­ghi pour­rait quit­ter la BCE en oc­tobre pro­chain sans avoir ja­mais re­le­vé les taux d’in­té­rêt.

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