Dis­cus­sions cru­ciales

La re­prise des pour­par­lers avec les États-Unis laisse es­pé­rer un ac­cord qui se­rait bé­né­fique à l’éco­no­mie.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Marianne Py

Alors que l’éco­no­mie s’est af­fai­blie et que Hong-Kong se ré­volte, Pé­kin a tout in­té­rêt à évi­ter un nou­veau pa­lier dans l’af­fron­te­ment com­mer­cial avec les États-Unis.

C’est re­par­ti ! Un nou­veau round de né­go­cia­tions si­no-amé­ri­caines s’est ou­vert le 10 oc­tobre à Wa­shing­ton, cinq mois après la bru­tale rup­ture des dis­cus­sions sui­vie d’une nou­velle salve d’aug­men­ta­tions ré­ci­proques des droits de douane. Une sé­quence im­por­tante com­mence ain­si pour les mar­chés, in­quiets du fort ra­len­tis­se­ment du com­merce mon­dial et de la dé­gra­da­tion gé­né­ra­li­sée du cli­mat des af­faires dans l’in­dus­trie.

Les in­ves­tis­seurs ne se bercent pas d’illu­sions : ils es­pèrent au mieux un ac­cord par­tiel entre les deux pays. Les dis­cus­sions dé­marrent dans un cli­mat ten­du, après les ac­cu­sa­tions amé­ri­caines sur le sort de la mi­no­ri­té mu­sul­mane dans la pro­vince du Xin­jiang. Par ailleurs, la Chine au­rait exi­gé d’ex­clure des dis­cus­sions le su­jet sen­sible de la po­li­tique in­dus­trielle et des sub­ven­tions gou­ver­ne­men­tales. Pé­kin cherche sans doute à pro­fi­ter de la po­si­tion plus fra­gile de Do­nald Trump, après le lan­ce­ment d’une pro­cé­dure de des­ti­tu­tion et les ré­cents si­gnaux de ra­len­tis­se­ment conjonc­tu­rel.

Des taxes amé­ri­caines à 21%

Mais la Chine a, elle aus­si, in­té­rêt à évi­ter tout nou­veau pa­lier dans l’af­fron­te­ment. En cinq mois, son éco­no­mie s’est af­fai­blie. Le deuxième tri­mestre a été mar­qué par une crois­sance an­nua­li­sée de 6,2%, la plus faible de­puis vingt-sept ans. Cet été, la pro­duc­tion in­dus­trielle a de nou­veau ra­len­ti, à 4,8% sur un an en juillet, puis 4,4% en août. Les sec­teurs les plus ex­por­ta­teurs, dont l’élec­tro­nique, sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés. Les ex­por­ta­tions chi­noises dans leur en­semble (li­bel­lées en dol­lars) ont stag­né de­puis le 1er jan­vier, contre une hausse de près de 10% en 2018. En berne, le com­merce ex­té­rieur pâ­tit en par­tie des troubles à Hong-Kong et, sur­tout, de la forte hausse des taxes amé­ri­caines. Au 1er sep­tembre, se­lon les cal­culs du Pe­ter­son Ins­ti­tute, le taux moyen de droits de douane ap­pli­qué par les États-Unis aux pro­duits chi­nois s’éle­vait à 21%, contre 3,1% au prin­temps 2018.

Éco­no­mie en pleine tran­si­tion

Mais ce choc ta­ri­faire a été un fac­teur ag­gra­vant plu­tôt qu’un ca­ta­ly­seur du ra­len­tis­se­ment conjonc­tu­rel. «Le com­merce ex­té­rieur peut avoir am­pu­té la crois­sance chi­noise pour un de­mi-point, ex­pli­quant en large par­tie le pas­sage d’un rythme d’en­vi­ron 6,5% à 6% entre 2018 et 2019», es­time Bru­no Ca­va­lier chez Od­do BHF. L’éco­no­miste rap­pelle que les échanges ne sont plus « le » mo­teur de la crois­sance : la contri­bu­tion des ex­por­ta­tions à la hausse du PIB est pas­sée de 35% lors de la dé­cen­nie qui a pré­cé­dé 2008, à 12% de­puis. Le ra­len­tis­se­ment chi­nois, à l’oeuvre de­puis le dé­but des an­nées 2010 (voir le gra­phique), est avant tout lié à un chan­ge­ment de mo­dèle vou­lu par les au­to­ri­tés pour faire croître la consom­ma­tion et les ser­vices plus ra­pi­de­ment que l’in­ves­tis­se­ment, l’in­dus­trie et la consom­ma­tion. Ain­si le sec­teur ter­tiaire, qui pesait 44% du PIB chi­nois en 2011, a at­teint 60% en 2018, sou­ligne Bru­no Ca­va­lier.

Reste à sa­voir si l’em­pire du Mi­lieu peut en­cais­ser des sanc­tions amé­ri­caines en­core plus sé­vères. La ré­ponse est né­ga­tive pour l’éco­no­miste Pa­trick Ar­tus, qui met en re­gard le poids des ex­por­ta­tions vers les États-Unis (3% du PIB chi­nois, mais 11% de sa va­leur ajou­tée in­dus­trielle) et la ca­pa­ci­té des au­to­ri­tés à ri­pos­ter en sti­mu­lant la de­mande in­té­rieure. Une ca­pa­ci­té que l’ex­pert juge «faible» compte te­nu de taux d’in­té­rêt très bas et d’un cré­dit dé­jà en crois­sance ra­pide, ain­si que d’un dé­fi­cit pu­blic im­por­tant (plus de 4% du PIB). À la table des né­go­cia­tions, Pé­kin a donc fort in­té­rêt à jouer la carte de l’apai­se­ment.

Af­fai­blis in­té­rieu­re­ment, en rai­son de la pro­cé­dure de des­ti­tu­tion pour Trump et de la crise à Hong-Kong pour Xi Jin­ping, les deux di­ri­geants ont tout in­té­rêt à si­gner un ar­mis­tice.

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