Lu­nettes roses

Des éclair­cies po­li­tiques et un dé­but de sta­bi­li­sa­tion éco­no­mique gal­va­nisent la Bourse.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - L’ana­lyse de Ma­rianne Py @Ma­rian­ne_Py

Pluie de re­cords.

Le mes­sage en­voyé de­puis un mois par la Bourse est sans am­bi­guï­té : l’ave­nir s’an­nonce plus ra­dieux que le pas­sé ré­cent, mar­qué par de lourdes in­cer­ti­tudes po­li­tiques et un franc ra­len­tis­se­ment de l’éco­no­mie mon­diale. La vague d’op­ti­misme qui dé­ferle des deux cô­tés de l’At­lan­tique a por­té le S&P 500 et le Stoxx Eu­rope 600 à de nou­veaux re­cords his­to­riques. À Pa­ris, le CAC 40 n’est plus qu’à 300 points de son som­met de juin 2007, juste avant la crise des sub­primes. Les in­ves­tis­seurs sont gal­va­ni­sés par une sou­daine éclair­cie sur les deux fronts po­li­tiques les plus brû­lants. Tout d’abord, la pro­ba­bi­li­té d’un no deal Brexit a for­te­ment re­flué : le nou­veau re­port ac­cor­dé par l’Union eu­ro­péenne (au 31 jan­vier) a des chances rai­son­nables d’être mis à pro­fit par les dé­pu­tés bri­tan­niques pour vo­ter l’ac­cord entre Londres et Bruxelles. En­suite, les re­la­tions si­no-amé­ri­caines se ré­chauffent. Dans les deux camps, les né­go­cia­teurs font mi­roi­ter la si­gna­ture d’un ac­cord de «phase un» d’ici fin no­vembre, l’ho­ri­zon d’un ac­cord com­plet, in­té­grant no­tam­ment l’épi­neux su­jet de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle, res­tant très in­cer­tain.

Em­bel­lie ?

Les mar­chés sa­luent aus­si un dé­but de sta­bi­li­sa­tion éco­no­mique, voire l’amorce d’une lé­gère em­bel­lie de la crois­sance mon­diale, après plus d’une an­née de ra­len­tis­se­ment mar­qué. Les chiffres du PIB pour le troi­sième tri­mestre ont, un peu par­tout, confir­mé l’ar­rêt d’une nou­velle dé­gra­da­tion. En zone eu­ro, grâce au sou­tien de la de­mande in­té­rieure, la crois­sance est res­sor­tie à 0,2%, comme au prin­temps (p. 6). Aux États-Unis, la hausse du PIB en rythme an­nua­li­sé a at­teint 1,9%, proche de celle du deuxième tri­mestre (+2%), soit un score im­pres­sion­nant pour une éco­no­mie qui af­fiche 124 mois de crois­sance in­in­ter­rom­pue. Sur­tout, les in­di­ca­teurs avan­cés sont moins mo­roses. L’indice PMI Monde cal­cu­lé par JP­Mor­gan a qua­si­ment re­trou­vé dans le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier le ni­veau des 50 (mar­quant la fron­tière entre contrac­tion et ex­pan­sion de l’ac­ti­vi­té), à 49,8 pré­ci­sé­ment en oc­tobre.

Nou­velle sé­quence.

Sur les mar­chés, le re­gain d’op­ti­misme conjonc­tu­rel est vi­sible dans la hausse des ac­tions, mais aus­si dans la re­mon­tée des taux longs. De­puis dé­but sep­tembre, les ren­de­ments à 10 ans des em­prunts d’État ont re­pris 0,3 point de pour­cen­tage (30 points de base) aux États-Unis, en Allemagne ou en­core en France. La ques­tion clé pour les mar­chés ré­side dé­sor­mais dans l’at­ti­tude des banques cen­trales. Von­telles opé­rer une nou­velle vol­te­face, après leur vi­rage ac­com­mo­dant de dé­but 2019 ? La Fed, qui vient de pro­cé­der à la troi­sième baisse de son taux di­rec­teur cette an­née, pré­pare les esprits à une pause. Les in­ves­tis­seurs abordent ain­si une nou­velle sé­quence, qui n’a plus pour toile de fond le trip­tyque frei­nage éco­no­mique, as­sou­plis­se­ment mo­né­taire, in­cer­ti­tude po­li­tique. «Le jeu d’an­ti­ci­pa­tions sur le­quel les mar­chés ont fonc­tion­né ces der­niers mois se rap­proche de son terme, ré­sume Her­vé Goul­let­quer à La Banque Pos­tale AM. Par quoi de­vra-t-il être rem­pla­cé ? C’est tout l’en­jeu de la pé­riode qui s’ouvre.»

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