Le grand re­tour à la crise de 2009

Une ré­ces­sion pa­raît in­évi­table cette an­née, mais son am­pleur tien­dra à la du­rée de la crise.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Gé­rard Blandin

Pour Kris­ta­li­na Geor­gie­va, di­rec­trice gé­né­rale du FMI, la pan­dé­mie qui touche dé­sor­mais toute la pla­nète va pro­vo­quer une grave ré­ces­sion.

La pan­dé­mie de co­ro­na­vi­rus, qui touche dé­sor­mais la pla­nète en­tière, va pro­vo­quer «une ré­ces­sion au moins aussi grave que celle ob­ser­vée du­rant la crise fi­nan­cière mon­diale [ de 2008- 2009], si­non pire». Kris­ta­li­na Geor­gie­va, la di­rec­trice gé­né­rale du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI), a dif­fu­sé ce mes­sage en forme d’aver­tis­se­ment aux res­pon­sables du G20 lors d’une vi­sio­con­fé­rence, le 23 mars. Cette mise en garde fait écho à celle de Ch­ris­tine La­garde, sa pré­dé­ces­seure au FMI et au­jourd’hui à la tête de la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE), qui s’at­tend de son cô­té à une contrac­tion « consi­dé­rable » de l’ac­ti­vi­té dans les pays de la zone eu­ro.

Ré­ces­sion pro­non­cée au pre­mier se­mestre

De fait, avec près de 2 mil­liards de per­sonnes en con­fi­ne­ment dans une cin­quan­taine de pays ou ter­ri­toires à tra­vers la pla­nète, dont le Royaume-Uni et l’Inde dé­sor­mais, et des éco­no­mies in­dus­tria­li­sées à l’ar­rêt ou au ra­len­ti, il pa­raît dif­fi­cile d’échap­per à une ré­ces­sion, à sa­voir une baisse du pro­duit in­té­rieur brut (PIB) du­rant au moins deux tri­mestres consé­cu­tifs. Se­lon Eu­ler Hermes, chaque tri­mestre de per­tur­ba­tion de l’ac­ti­vi­té in­ter­na­tio­nale coû­te­ra au com­merce mon­dial 722 mil­liards de dol­lars, prin­ci­pa­le­ment du fait des me­sures de con­fi­ne­ment et des res­tric­tions fron­ta­lières mises en place par l’Union eu­ro­péenne et les États-Unis.

Mais cette contrac­tion de l’ac­ti­vi­té se­ra-t-elle équi­va­lente à celle de 2009, an­née qui a sui­vi l’écla­te­ment de la crise fi­nan­cière ? À cette époque, le PIB mon­dial avait bais­sé de 0,6%, se­lon les don­nées du FMI, mais sur­tout de 3,2% pour les éco­no­mies avan­cées et de 4,1% pour les pays de la zone eu­ro. «Nous an­ti­ci­pons dé­sor­mais une contrac­tion de 3,5% de l’éco­no­mie mon­diale cette an­née, pré­voit Keith Wade, chef éco­no­miste chez Schro­ders. Cette pré­vi­sion in­tègre une ré­ces­sion pro­non­cée au pre­mier se­mestre qui, même en cas de re­prise au se­cond se­mestre, fe­ra de l’an­née 2020 la pire de­puis les an­nées trente en ter mes d’ac­ti­vi­té. Les der­nières don­nées en pro­ve­nance de Chine donnent dé­jà une idée de l’am­pleur des re­tom­bées, avec une baisse de 20% des ventes au dé­tail et de 25% des in­ves­tis­se­ments sur la pé­riode du­rant la­quelle l’éco­no­mie était en grande part mise à l’ar­rêt.»

Risque d’une deuxième vague de conta­mi­na­tions

Si les banques cen­trales sont à la ma­noeuvre pour évi­ter une crise de li­qui­di­tés (près de 1 000 mil­liards d’eu­ros de ra­chat de dette pour la BCE, achat illi­mi­té d’ac­tifs pour la Fed, lire ci-contre), tout va dé­pendre de la du­rée de la crise sa­ni­taire. «L’im­pact éco­no­mique est et se­ra grave, mais plus le vi­rus s’ar­rête ra­pi­de­ment, plus la re­prise se­ra ra­pide et forte», a es­ti­mé Kris­ta­li­na Geor­gie­va. Re­prise en V comme pour l’épi­dé­mie de Sras en 2003, avec une deuxième jambe moins pen­tue, en U ou en­core en L ? Dif­fi­cile d’être pé­remp­toire dans la me­sure où les pa­ra­mètres de la si­tua­tion sa­ni­taire évo­luent de jour en jour.

Le risque est en effet ce­lui d’une deuxième vague de conta­mi­na­tions, comme on a pu le consta­ter à Sin­ga­pour et à HongKong, c’est-à-dire d’un re­tour du vi­rus après la le­vée des res­tric­tions, lié no­tam­ment aux per­sonnes ren­trant de l’étran­ger. L’éco­no­mie mon­diale se­rait alors «con­fron­tée à la pers­pec­tive d’une nou­velle im­po­si­tion de me­sures de con­fi­ne­ment plus tard cette an­née, ex­plique Keith Wade. La con­sé­quence se­rait une nou­velle ré­ces­sion – un ra­len­tis­se­ment à double creux de l’ac­ti­vi­té. Ce même scé­na­rio se­rait à craindre en cas d’ab­sence de ra­len­tis­se­ment sai­son­nier des taux d’in­fec­tion».

La di­rec­trice du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal, Kris­ta­li­na Geor­gie­va, an­ti­cipe «une ré­ces­sion au moins aussi grave que celle ob­ser­vée du­rant la crise fi­nan­cière mon­diale [de 2008-2009], si­non pire».

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