Les femmes sont plus pru­dentes

Moins for­tu­nées, moins bien payées, les épar­gnantes gèrent avant tout leurs biens dans l’in­té­rêt de leur fa­mille et en pré­pa­rant leur trans­mis­sion.

Le Revenu - Mensuel Placement - - ACTUALITÉS -

P our se pro­cu­rer de l’ar­gent, rien de plus in­gé­nieux qu’une femme », di­sait Aris­to­phane. Deux mil­lé­naires plus tard, le clas­se­ment des mil­liar­daires ne fait ap­pa­raître que 104 femmes, un re­cord ab­so­lu de­puis les vingt-cinq ans d’exis­tence de ce clas­se­ment. Moins entreprena­ntes, plus pru­dentes, moins bien payées aus­si que les hommes et ce jus­qu’à leur re­traite, les femmes fran­çaises montrent, si­non leur ca­pa­ci­té à amas­ser une for­tune, du moins celle à la gé­rer dans l’in­té­rêt de leur fa­mille, pla­çant le plus sou­vent leur propre in­té­rêt au se­cond rang.

Pré­oc­cu­pées par la trans­mis­sion

« Les femmes at­tendent une vi­sion glo­bale et à très long terme de leur patrimoine car elles se pré­oc­cupent beau­coup de trans­mis­sion à leurs en­fants et, si elles n’en ont pas, à leurs ne­veux et nièces ou à des fon­da­tions », ex­plique Fran­çoise Neige, di­rec­teur de la gé­rance pri­vée à la Banque Pic­tet à Pa­ris. Elle a mis au point une ap­proche spéciale pour les femmes in­cluant la ges­tion pa­tri­mo­niale, mais aus­si des ses­sions d’in­for­ma­tion et des évé­ne­ments mon­dains.

Car si les femmes ont pris en main la ges­tion de leurs biens propres, tâche au­tre­fois dé­vo­lue aux hommes de la fa­mille, elles ne veulent pas être prises pour des idiotes. « Les femmes veulent qu’on leur ex­plique les pro­duits fi­nan­ciers qu’elles ne com­prennent pas. Elles nous ques­tionnent sur nos choix d’in­ves­tis­se­ments plus que les hommes et sans com­plexe », re­lève Fran­çoise Neige. La banque a donc pris le temps de leur ex­pli­quer ses choix: pour­quoi elle pré­fère au­jourd’hui les dettes des en­tre­prises à celles des États, pour­quoi elle consi­dère que la ges­tion al­ter­na­tive est moins ris­quée que l’in­ves­tis­se­ment en ac­tions… Une dé­marche in­no­vée à Pa­ris et re­prise, de­puis, par le siège de Pic­tet en Suisse.

Une étude de la banque HSBC confirme la pru­dence fé­mi­nine. En par­ti­cu­lier, celle des Fran­çaises, pro­por­tion­nel­le­ment cinq fois plus nom- breuses que les Chi­noises à craindre le risque fi­nan­cier (voir gra­phique). L’étude de la banque si­no-bri­tan­nique montre à son tour que les Fran­çaises gèrent leur ar­gent dans l’ob­jec­tif de sou­te­nir la fa­mille, au point de né­gli­ger leur propre re­traite. C’est seule­ment une fois qu’elles se sont pré­oc­cu­pées de leurs en­fants, de leur fa­mille et de leur mai­son… qu’elles com­mencent à y pen­ser.

Ré­sul­tat, 58% des femmes quin­qua­gé­naires as­so­cient la re­traite aux dif­fi­cul­tés fi­nan­cières contre 36% des hommes du même âge. Non sans rai­son puisque les retraites des femmes (833 eu­ros par mois en moyenne en 2008, hors pen­sions de ré­ver­sion, se­lon l’in­see) sont in­fé­rieures de moi­tié à celles des hommes (1743 eu­ros par mois). De quoi jus­ti­fier leur pru­dence.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.