Comment se consti­tuer un por­te­feuille à re­ve­nus

Le Revenu - Mensuel Placement - - ENQUÊTE - G. PZ.

Bien plus ré­gu­liers que l’agi­ta­tion des cours de Bourse, les di­vi­dendes des ac­tions peuvent être une source de re­ve­nus so­lide et ren­table.

Pour moi, les pla­ce­ments à re­ve­nus, c’est l’im­mo­bi­lier lo­ca­tif », nous ex­pli­quait un lec­teur dans le cadre du « ser­vice conseil à nos abon­nés » qui per­met d’in­ter­ro­ger les jour­na­listes du Re­ve­nu. « Avec la Bourse, on ne sait ja­mais ce qu’on a et il faut s’en oc­cu­per tout le temps, di­sait-il. Je vou­drais que vous m’ai­diez à sé­lec­tion­ner des ac­tions pour per­ce­voir des di­vi­dendes ré­gu­liers sans avoir à les sur­veiller tous les jours. »

Après lui avoir ex­pli­qué que de nom­breuses so­cié­tés dis­tri­buent des di­vi­dendes pro­cu­rant un ren­de­ment plus éle­vé que l’im­mo­bi­lier pa­ri­sien, aux cours ac­tuels, et don­né quelques conseils pour se consti­tuer un por­te­feuille di­ver­si­fié et ren­table, nous avons conclu que sa dé­marche mé­ri­tait des conseils plus dé­ve­lop­pés dans notre dos­sier pour «Vivre sans tra­vailler ». L’étape la plus dé­li­cate, pour notre lec­teur, fut de se convaincre que les re­ve­nus d’un por­te­feuille d’ac­tions n’étaient pas aus­si ver­sa­tiles qu’il le crai­gnait.

À pre­mière vue, les sur­sauts de la Bourse dis­suadent tout épar­gnant à la re­cherche de re­ve­nus ré­gu­liers. Le yo-yo du CAC 40 (– 17% en 2011; + 15% en 2012) n’est pas ras­su­rant, d’au­tant que les chutes in­di­vi­duelles sont sou­vent plus bru­tales.

Les di­vi­dendes ré­sistent aux krachs et à la mo­ro­si­té des pro­fits

Vus de plus près, les di­vi­dendes sont la vraie ri­chesse des ac­tion­naires. Dans leur en­semble, ils ré­sistent aux krachs et aux aléas des pro­fits.

Pre­nons les va­leurs de l’indice CAC 40, réunies dans le tra­cker Lyxor ETF CAC 40: leur re­cord de pro­fits cu­mu­lés de 2007 (88 mil­liards d’eu­ros) avait per­mis la dis­tri­bu­tion d’un di­vi­dende de 1,56€ par titre Lyxor ETF CAC 40 l’an­née sui­vante. Lorsque les pro­fits ont plon­gé de moi­tié en deux ans (à 44,7 mil­liards en 2009), le di­vi­dende cor­res­pon­dant n’a bais­sé, lui, que de 15% (à 1,33€ en 2010). Les bons ré­sul­tats de 2010 (82,3 mil­liards d’eu­ros) se sont sol­dés par un di­vi­dende re­cord en 2011 (1,75€) et leur re­chute de 36% en deux ans (52,4 mil­liards en 2012) ne de­vrait pas em­pê­cher un main­tien, voire un lé­ger re­bond des re­ve­nus ver­sés en 2013, après le di­vi­dende de 1,40€ l’an der­nier (lire le gra­phique page sui­vante). En dix ans, le di­vi­dende moyen dis­tri­bué par les qua­rante prin­ci­pales va­leurs a ain­si pro­gres­sé de 145%! Au ni­veau ac­tuel, ils pro­curent un re­ve­nu an­nuel de 3,6%. En com­pa­rai­son, le loyer moyen des lo­ge­ments mis en lo­ca­tion en 2012 à Pa­ris s’est éta­bli à 24,20 € par mètre car­ré, se­lon l’Olap, en hausse de 49% en dix ans. Rap­por­té au prix d’achat moyen d’en­vi­ron 8200 eu­ros le mètre car­ré, le ren­de­ment an­nuel des loyers pa­ri­siens s’éta­blit à 3,5%. Bien sûr les risques et les tra­cas ne sont pas de même na­ture avec la pierre qu’avec la Bourse, mais ils existent. Ces deux types d’ac­tifs ne sont pas op­po­sables: cha­cun a ses atouts et ses fai­blesses sou­vent com­plé­men­taires. Mais on peut aus­si bien per­ce­voir des re­ve­nus avec l’un qu’avec l’autre.

Les re­ve­nus des ac­tions sont plus fa­vo­ri­sés fis­ca­le­ment que d’autres

À la ren­ta­bi­li­té des di­vi­dendes, il faut ajou­ter leur cadre fis­cal re­la­ti­ve­ment in­dul­gent. De­puis 2013, tous les re­ve­nus sont qua­si­ment sur un pied d’éga­li­té, su­bis­sant à la fois les pré­lè­ve­ments so­ciaux et l’im­pôt sur le re­ve­nu, qu’il s’agisse de di­vi­dendes, de re­ve­nus lo­ca­tifs, d’in­té­rêts ban­caires ou de plus-va­lues fi­nan­cières. Mais, en pra­tique, il existe deux al­lé­ge­ments pour les di­vi­dendes. Pre­miè­re­ment, dans le cadre d’un compte-titres, les di­vi­dendes bé­né­fi­cient en­core d’un abat­te­ment de 40%. Deuxiè­me­ment, dans un plan d’épargne en ac­tions (PEA), ils sont exo­né­rés d’im­pôt sur le re­ve­nu et ne su­bissent que

Grâce à leur abat­te­ment de 40 %, les di­vi­dendes sont moins taxés que d’autres re­ve­nus. Ils sont exo­né­rés d’im­pôt sur le re­ve­nu dans un PEA.

À long terme, la ca­pa­ci­té des so­cié­tés à dis­tri­buer des di­vi­dendes est la prin­ci­pale source de re­ve­nus des ac­tion­naires.

les pré­lè­ve­ments so­ciaux en cas de re­traits après huit ans. Un dis­po­si­tif à pri­vi­lé­gier, sur­tout si vous avez un PEA de plus de huit ans per­met­tant de per­ce­voir des di­vi­dendes fis­ca­le­ment al­lé­gés sans at­tendre.

Con­crè­te­ment, comment faire? Pour illus­trer notre mé­thode, nous avons sé­lec­tion­né un échan­tillon de 33 titres à re­ve­nus éle­vés. Cer­tains sont re­com­man­dés par les ex­perts du Re­ve­nu Heb­do Bourse, mais pas tous, car beau­coup n’offrent pas les pers­pec­tives de plus-va­lue au coeur des cri­tères de choix de notre heb­do­ma­daire bour­sier. En in­ves­tis­sant sur cer­taines ac­tions pour leurs re­ve­nus, « on n’at­tend ab­so­lu­ment rien en plus­va­lue, ce n’est pas le but », confirme Guillaume Puech, ana­lyste à la Fi­nan­cière de l’Échi­quier. Une pré­ci­sion im­por­tante car la consti­tu­tion d’un por­te­feuille à re­ve­nus dif­fère du sui­vi in­di­vi­duel des titres par nos ex­perts.

Les ta­bleaux illus­trant cet ar­ticle ne sont pas une liste d’achat, mais des pistes à com­plé­ter ou à adap­ter en fonc­tion des sou­haits de di­ver- si­fi­ca­tion de cha­cun, no­tam­ment géo­gra­phiques et sec­to­rielles, avec des so­cié­tés plus pe­tites ou des va­leurs étran­gères.

Pre­nons le ta­bleau des 14 grandes va­leurs éli­gibles au PEA, dont 9 in­cluses dans l’indice CAC40: au­cune de ces en­tre­prises n’est à l’abri d’une ré­duc­tion dras­tique de son di­vi­dende. France Té­lé­com l’a am­pu­té de 44% l’an der­nier, après que Vivendi a bais­sé le sien de 28%. Mais glo­ba­le­ment, les der­niers di­vi­dendes de ces so­cié­tés pro­curent un ren­de­ment an­nuel de 6,9% par rap­port à leurs cours du 5 juin. L’in­té­rêt pour tou­cher des re­ve­nus ré­gu­liers est aus­si que beau­coup de ces titres versent des di­vi­dendes deux fois par an, voire quatre fois pour To­tal et STMi­croe­lec­tro­nics.

Di­ver­si­fier per­met de tou­cher des re­ve­nus tout au long de l’an­née

En ré­par­tis­sant ses in­ves­tis­se­ments, on peut donc per­ce­voir des re­ve­nus qua­si­ment tous les mois, même s’il vaut mieux ne pas trop dé­pendre de ce ca­len­drier dont les dates changent d’une an­née sur l’autre.

Notre se­cond échan­tillon est cons­ti­tué des 13 cer­ti­fi­cats co­opé­ra­tifs de caisses ré­gio­nales du Cré­dit Agri­cole, co­tées en Bourse. Sans en­trer dans les dé­tails tech­niques, ces « pé­pites de la cote » bé­né­fi­cient d’une ac­ti­vi­té dy­na­mique avec une très bonne ren­ta­bi­li­té, puisque les Caisses ré­gio­nales du Cré­dit Agri­cole contrôlent qua­si­ment un quart des cré­dits à l’éco­no­mie réelle fran­çaise et gèrent une manne d’épargne très ré­mu­né­ra­trice. Le seul bé­mol est l’en­ga­ge­ment des Caisses ré­gio­nales à re­fi­nan­cer la mai­son mère si be­soin. « Cette in­cer­ti­tude est in­té­grée dans les cours de Bourse, quatre fois in­fé­rieurs à leurs fonds propres, ex­plique Guillaume Puech,

de la Fi­nan­cière de l’Échi­quier. Ce n’est pas une rente im­muable, mais leurs di­vi­dendes, qui re­pré­sentent 30 à 40% des bé­né­fices, rap­portent plus de 6%, ce qui est as­sez ex­cep­tion­nel dans le contexte de taux ac­tuel. »

Notre échan­tillon d’ac­tions fon­cières per­met à ceux que la pierre ras­sure d’ac­cé­der à des re­ve­nus lo­ca­tifs, via leur por­te­feuille bour­sier. Mais nos ex­perts sont plus cir­cons­pects sur ce sec­teur, compte te­nu du re­tour­ne­ment re­dou­té de l’im­mo­bi­lier fran­çais. En­fin, le titre par­ti­ci­pa­tif Re­nault est à part, sorte de rente per­pé­tuelle dont le cou­pon an­nuel est par­tiel­le­ment in­dexé sur les ventes du construc­teur au­to­mo­bile.

Dé­ter­mi­ner le nombre de titres pour bien ré­par­tir vos in­ves­tis­se­ments

On pour­rait ci­ter bien d’autres titres à di­vi­dendes at­trayants par­mi les pe­tites et moyennes va­leurs, comme Ca­nal +, la So­cié­té mar­seillaise du tun­nel Pra­do Ca­ré­nage ou Élec­tri­ci­té de Stras­bourg, dont Guillaume Puech ap­pré­cie la pré­vi­si­bi­li­té des di­vi­dendes; ou en­core So­pra Group, re­com­man­dée par nos ex­perts. Et même des so­cié­tés étran­gères, comme le la­bo­ra­toire bri­tan­nique GlaxoS­mi­thK­line, le ja­po­nais Ca­non, le hol­ding amé­ri­cain Icahn En­ter­prises du mil­liar­daire épo­nyme ou des groupes mi­niers en Chine et au Bré­sil.

Mais re­ve­nons à la re­cette pour consti­tuer un por­te­feuille à re­ve­nus. Il faut le com­po­ser avec plu­sieurs exi­gences. D’abord, dé­ter­mi­nez un mon­tant d’in­ves­tis­se­ment mi­ni­mal en des­sous du­quel les frais pé­na­lisent trop vos achats de titres. En éli­mi­nant les frais de garde, si vous pas­sez par un cour­tier en ligne, pas­sez des ordres au moins 200 fois su­pé­rieurs au ta­rif de cour­tage, par exemple 1800 eu­ros si les frais sont de 9eu­ros par tran­sac­tion, ou 1 000 eu­ros s’ils sont de 5eu­ros par ordre. Ain­si, vos frais d’achat ne dé­pas­se­ront pas 0,5%.

En­suite, dé­ter­mi­nez le nombre de titres à avoir en fonc­tion de la di­ver­si­fi­ca­tion sou­hai­tée entre des ac­ti­vi­tés éco­no­miques suf­fi­sam­ment va­riées, voire en ajou­tant une dose de di­ver­si­fi­ca­tion géo­gra­phique. En­fin, ca­li­brez le nombre de titres à ache­ter pour in­ves­tir en­vi­ron le même mon­tant sur chaque va­leur, tout en ré­par­tis­sant vos in­ves­tis­se­ments se­lon les re­ve­nus at­ten­dus et leurs dates de ver­se­ments, comme nous l’ex­pli­quons avec l’exemple de l’ac­tion To­tal (lire l’en­ca­dré, page 46). Avec l’exemple de nos sé­lec­tions, un ca­pi­tal de 100000 eu­ros pour­rait ain­si être ré­par­ti en 33 lignes d’en­vi­ron 3000 eu­ros in­ves­tis sur chaque va­leur, ver­sant glo­ba­le­ment 6200 eu­ros de di­vi­dendes par an, soit l’équi­valent de 515 eu­ros par mois ré­par­tis au fil de l’an­née. Ré­par­tir le même ca­pi­tal sur 50 titres à hau­teur de 2000 eu­ros cha­cun ré­dui­rait en­core les risques. Sur­tout, pre­nez votre temps pour les choi­sir et les ache­ter pro­gres­si­ve­ment, vous en ti­re­rez au­tant de sa­tis­fac­tion que de re­ve­nus ré­gu­liers.

Les ac­tions et obli­ga­tions sont les ac­tifs per­met­tant de tou­cher des re­ve­nus dont les frais d’achat et de dé­ten­tion sont les plus faibles.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.