Contrô­ler le pou­voir d’achat de vos éco­no­mies

Le Revenu - Mensuel Placement - - ENQUÊTE - G. PZ.

Com­pa­rer l’évo­lu­tion des prix en uti­li­sant les co­ef­fi­cients d’éro­sion mo­né­taire cal­cu­lés par Le Re­ve­nu vous ai­de­ra à mieux éva­luer les gains ou les pertes de pou­voir d’achat de vos dif­fé­rents pla­ce­ments par rap­port à l’in­fla­tion.

Mettre des res­sources à l’abri pour des be­soins fu­turs est un ré­flexe an­ces­tral, mé­lange d’op­ti­misme et de doute, face à l’ave­nir in­cer­tain. L’épargne de pré­cau­tion s’ins­crit dans cette lo­gique: on éco­no­mise par crainte des len­de­mains dif­fi­ciles ou pour fi­nan­cer un pro­jet, avec l’es­poir de le réa­li­ser, ou de vivre as­sez long­temps pour dé­pen­ser le ca­pi­tal ac­cu­mu­lé. Mais cette pré­voyance su­bit elle-même les aléas du des­tin: le grain peut s’abî­mer, les joyaux peuvent être la proie des vo­leurs ou perdre de leur va­leur, comme l’ar­gent, dont le pou­voir d’achat di­mi­nue chaque an­née face au ren­ché­ris­se­ment des choses.

Jus­qu’au Moyen-Âge, l’in­fla­tion était un phé­no­mène mys­té­rieux, qu’on voyait comme un ef­fet se­con­daire des pé­nu­ries : quand une den­rée manque, son prix flambe sous l’ef­fet de la spé­cu­la­tion. Ce n’est qu’avec l’af­flux d’or des Amé­riques que les pre­miers « éco­no­mistes » du Vieux Conti­nent, dont le Fran­çais Jean Bo­din en 1568, dé­couvrent et ex­pliquent la théo­rie quan­ti­ta­tive de la mon­naie: l’évo­lu­tion des prix ne dé­pend pas que de l’offre et de la de­mande de biens et ser­vices, mais plus en­core de la quan­ti­té d’ar­gent dis­po­nible pour les payer.

Comment l’in­fla­tion ré­duit votre pou­voir d’achat

L’in­fla­tion ga­lo­pante, qui se dé­ve­loppe au XXe siècle, oblige les dé­ci­deurs éco­no­miques à mieux la contrô­ler, no­tam­ment sous l’in­fluence de Mil­ton Fried­man, chef de file de l’école mo­né­ta­riste de Chi­ca­go et prix No­bel d’éco­no­mie en 1976. Les consom­ma­teurs ap­prennent aus­si à prendre en compte ce phé­no­mène dans leur vie quo­ti- di­enne: la hausse des prix est dans tous les es­prits et ali­mente bien des conver­sa­tions.

Au-de­là de la théo­rie, l’im­pact de l’in­fla­tion sur notre porte-mon­naie est très concret : si l’on dé­pense 1000 eu­ros par mois pour vivre (tous biens et ser­vices confon­dus) et que les prix de tout ce que l’on consomme aug­mentent de 2%, en moyenne, en un an, il faut avoir 1020 eu­ros pour payer ses fac­tures et main­te­nir sa consom­ma­tion au même ni­veau que l’an­née pré­cé­dente. Vu l’en­jeu cru­cial de l’in­fla­tion pour notre vie quo­ti­dienne, il n’est pas sur­pre­nant que sa me­sure fasse l’ob­jet de toutes les at­ten­tions, mais aus­si de dé­bats, contro­verses ou sus­pi­cions.

La per­cep­tion des prix est sou­vent dé­for­mée par rap­port à la réa­li­té

En France, l’indice des prix à la consom­ma­tion (IPC), qui va fê­ter le cen­te­naire de sa créa­tion en 2014, est le plus fiable. Il est cal­cu­lé chaque mois à par­tir de 200000 re­le­vés de prix dans 27000 points de vente sur le ter­rain, en plus des 40000 ta­rifs col­lec­tés par ailleurs. Pour cer­tains biens et ser­vices as­sez ho­mo­gènes, cha­cun peut même vé­ri­fier les prix moyens re­le­vés par l’ins­ti­tut sta­tis­tique sur son site web www.in­see.fr, comme Le Re­ve­nu l’a fait en illus­tra­tion de cet ar­ticle.

Alors que l’in­fla­tion moyenne s’af­fiche à 23% de­puis 2001, avant le pas­sage à l’eu­ro sur les éti­quettes, cha­cun a en tête que les prix ont bien plus mon­té pour l’es­sence (+ 55%) et le ga­zole (+ 74%), mais beau­coup ou­blient qu’elle a été bien moindre pour le lait « longue conser­va­tion » (+ 18%) ou l’huile d’olive (+ 10%) par­mi d’autres exemples. Et qui se sou­vient qu’une bo­bine de pel­li­cule de 24 poses « né­ga­tif cou­leur » pour ti­rages sur pa­pier coû­tait 30 francs en 2000 (4,57 €), date à la­quelle l’In­see a ar­rê­té d’en

suivre le prix compte te­nu de son rem­pla­ce­ment pro­gres­sif par la pho­to nu­mé­rique qua­si gra­tuite? La per­cep­tion des prix est sou­vent dé­for­mée par rap­port à la réa­li­té de leur évo­lu­tion, d’où l’im­por­tance de trou­ver une me­sure ob­jec­tive.

La cote de pou­voir d’achat ac­tua­li­sée par Le Re­ve­nu est un ou­til pra­tique pour contrô­ler l’évo­lu­tion de vos pla­ce­ments et de vos re­ve­nus sur une pé­riode don­née par rap­port à l’in­fla­tion. En face de chaque an­née, le co­ef­fi­cient in­di­qué vous per­met à la fois de cal­cu­ler la re­va­lo­ri­sa­tion né­ces­saire pour conser­ver votre pou­voir d’achat et de connaître l’in­fla­tion de­puis cette an­née. Par exemple, le co­ef­fi­cient de 1,183 face à l’an­née 2003 in­dique qu’il faut que votre épargne ou vos re­ve­nus aient été mul­ti­pliés par 1,183 en dix ans pour avoir conser­vé leur pou­voir d’achat face à l’in­fla­tion de 18,3% de­puis 2003.

Nos co­ef­fi­cients pour me­su­rer le pou­voir d’achat de votre épargne

Les co­ef­fi­cients en francs per­mettent une com­pa­rai­son aus­si fa­cile pour les an­nées an­té­rieures. Vous pou­vez par exemple cal­cu­ler que la nou­velle 2 CV, ven­due 185000 francs au Sa­lon de l’au­to­mo­bile de 1949, cor­res­pon­dait à une dé­pense de 5661 eu­ros (185 000 x 0,0306) com­pa­rée au pou­voir d’achat de 2013. En feuille­tant un Guide Mi­che­lin de 1900, vous ver­rez que le prix de l’es­sence à la pompe va­riait de 0,50 à 0,55 franc le litre se­lon les dé­par­te­ments, soit l’équi­valent de 1,93 à 2,13 eu­ros de 2013 (0,50 ou 0,55 x 3,8669), à une époque où les voi­tures al­laient beau­coup moins vite et consom­maient bien plus.

En­fin, pour connaître l’in­fla­tion à par­tir d’un co­ef­fi­cient en francs, il suf­fit de le mul­ti­plier par 6,55957 pour le conver­tir en eu­ros. Par exemple, pour com­pa­rer, par rap­port à l’in­fla­tion, la per­for­mance d’un pla­ce­ment que vous avez ef­fec­tué en 1985, conver­tis­sez le co­ef­fi­cient de 1985 en eu­ros (0,2631 x 6,55957) et vous ob­te­nez un co­ef­fi­cient d’éro­sion mo­né­taire de 1,7258 cor­res­pon­dant à une in­fla­tion de 72,58%.

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