Fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif Faut-il prê­ter aux PME ?

Des sites In­ter­net pro­posent aux par­ti­cu­liers de par­ti­ci­per au fi­nan­ce­ment de pe­tites et moyennes en­tre­prises en échange d’une ré­mu­né­ra­tion com­prise entre 3,5 et 10%. Un pla­ce­ment pour épar­gnant aver­ti.

Le Revenu - Mensuel Placement - - SOMMIRE -

C e 13 jan­vier, en neuf heures et tren­te­sept mi­nutes top chrono, (le re­cord est de quatre heures), Cé­dric Tem­plier, fon­da­teur de CC LOC, em­prun­tait 75000 eu­ros sur soixante mois à 8,70% sur la plate-forme Cre­dit.fr. Là, en ligne, 369 prê­teurs (en­vi­ron 90% de par­ti­cu­liers et 10% d’en­tre­prises) se sont bous­cu­lés pour fi­nan­cer le fonds de rou­le­ment de cette af­faire spé­cia­li­sée dans la lo­ca­tion de ma­té­riels de chan­tier. Lui­même, gé­rant de la so­cié­té, ap­por­tait 90000 eu­ros et BNP Pa­ri­bas un fi­nan­ce­ment de ma­té­riel de 275000 eu­ros.

Le prêt dure de trois à quatre-vingts mois

En France, plus de 2,5 mil­lions de par­ti­cu­liers se sont aven­tu­rés dans le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif,

ou crowd­fun­ding. Sous forme de don, avec ou sans ré­com­pense, d’ap­port en ca­pi­tal (crow­de­qui­ty) ou de prêt (crowd­len­ding). Les pla­tes­formes de prêts par­ti­ci­pa­tifs, Cre­dit.fr, Len­dix, Len­do­po­lis, Uni­lend… les in­vitent à prê­ter aux pe­tites en­tre­prises à des taux très at­trayants, de 7 à 8% en moyenne, pour une four­chette de 3,5% à 10%. Bien su­pé­rieurs aux ren­de­ments ga­ran­tis, mais mo­destes, des pro­duits d’épargne qui at­tirent d’or­di­naire les li­qui­di­tés. En prime, le prê­teur gagne le sen­ti­ment po­si­tif de par­ti­ci­per à l’es­sor d’une éco­no­mie de proxi­mi­té. « Avec les prêts par­ti­ci­pa­tifs, je sais où va mon ar­gent », se ré­jouit Éric, un in­for­ma­ti­cien de 23 ans qui a tou­jours en­vi­sa­gé ses prêts comme une di­ver­si­fi­ca­tion de ses placements.

Ne vous leur­rez pas, ces ren­de­ments al­lé­chants sont la contre­par­tie des risques en­cou

rus. Consul­tez les fo­rums des plates-formes ou des agré­ga­teurs, tel Crowd­len­ding.fr qui compte, par­mi ses 1200 membres, de nom­breux spé­cia­listes pris au jeu qui ré­digent des com­men­taires avi­sés et ré­pondent aux ques­tions. Sous le pseu­do Pas­calT, Pas­cal Thi­rion, spé­cia­liste de l’ana­lyse fi­nan­cière, est de ceux qui n’hé­sitent pas à poin­ter du doigt les failles des pro­jets qu’il étu­die. Il a été ré­com­pen­sé à ce titre par le prix du prê­teur de l’an­née, re­mis en fé­vrier der­nier par Crowd­len­ding.fr. Pas­cal Thi­rion a in­ves­ti de pe­tits mon­tants, à titre per­son­nel, sur de nom­breux prêts de cinq plates-formes, ob­te­nant à ce jour un ren­de­ment de 4,5% nets d’im­pôts (hors primes de bien­ve­nue et par­rai­nage).

At­ten­tif aux com­men­taires de ces contri­bu­teurs, Ma­thieu George, fon­da­teur de l’agré­ga­teur et blog Crowd­len­ding.fr, a d’ailleurs fait re­ti­rer des plates-formes deux pro­jets dont les failles avaient été dé- non­cées sur son site. De quoi in­ci­ter les in­ter­mé­diaires à mieux sé­lec­tion­ner les pro­jets, comme le de­mandent aus­si les as­so­cia­tions de consom­ma­teurs. N’est pas ban­quier qui veut!

Deux types d’in­ter­mé­diaires agréés

Les prêts par­ti­ci­pa­tifs ont été por­tés sur les fonts bap­tis­maux par Pierre Mos­co­vi­ci, alors mi­nistre de l’Éco­no­mie et des Fi­nances, avec la créa­tion des sta­tuts d’in­ter­mé­diaires en fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif (IFP) et de conseiller en in­ves­tisse

ments par­ti­ci­pa­tifs (CIP). Ces pro­fes­sion­nels ont été pla­cés sous la tu­telle des au­to­ri­tés ban­caires (ACPR, au­to­ri­té de

contrôle pru­den­tiel et de ré­so­lu­tion, pour les pre­miers) ou de mar­chés (AMF, Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers, pour les se­conds).

De­puis, sous­crire un de ces prêts est d’une sim­pli­ci­té dé­con­cer­tante: quelques clics, en­suite le prêt se rem­bourse tout seul. Chaque mois, le compte ban­caire de l’épar­gnant est cré­di­té de la men­sua­li­té pré­vue (moins les pré­lè­ve­ments

fis­caux à la source), sans frais de fonc­tion­ne­ment, ni de dr oit de garde, les frais étant ac­quit­tés par les en­tre­prises: en gé­né­ral 3 à 4% au mon­tage puis 1% par an.

Dans le cas d’un prêt sur une plate-forme au sta­tut d’IFP, le plus cou­rant, un pla­fond par prêt et par per­sonne s’ap­plique.

L’épar­gnant verse jus­qu’à 2000 eu­ros par prêt, un seuil po­sé par l’ACPR afin de pro­té­ger l’épar­gnant de lui-même (1000 eu­ros jus­qu’en oc­tobre der­nier).

Né­ces­saire pour l’in­ter­mé­dia­tion de titres obli­ga­taires ou de mi­ni­bons (titres de dette à cinq ans au maxi­mum, qui rem­placent les bons de caisse

de­puis oc­tobre der­nier), le sta­tut de CIP per­met d’échap­per au pla­fond de 2000 eu­ros et de re­cueillir les fi­nan­ce­ments de per­sonnes mo­rales en contre­par­tie d’un fil­trage ac­cru. Le client par­ti­cu­lier rem­plit un ques­tion­naire me­su­rant sa sur­face fi­nan­cière et sa com­pré­hen­sion

du pla­ce­ment. Comme pour les pro­duits bour­siers com­plexes, des ré­ponses in­suf­fi­santes em­pêchent d’al­ler plus loin. We­sha­re­bonds, qui ne pro­pose que des titres obli­ga­taires, est un CIP. Et Len­do­sphère, spé­cia­liste des pro­jets d’éner­gie du­rable, vient d’adop­ter ce sta­tut pour per­mettre aux par­ti­cu­liers de pla­cer jus­qu’à 500000 eu­ros par pro­jet.

Con­naî­tra-t-on en France l’engouement sus­ci­té en Grande-Bre­tagne (4 mil­liards de prêts) ou aux États-Unis (50 mil­liards)? Ici, les mon­tants sont mo­destes: 97 mil­lions prê­tés en 2016. Mais les

bons dos­siers s’ar­rachent. « La plu­part des pro­jets pré­sen­tés sur Len­dix se né­go­cient dans la jour­née », constate Éric, qui a pla­cé 15000 eu­ros dans une soixan­taine de prêts par­ti­ci­pa­tifs de­puis mai 2016, sans su­bir un seul dé­faut. Idem sur Uni­lend. « Nous ai­me­rions prê­ter beau­coup plus », af­firme Louis Alexandre de Frois­sard, de Mon­taigne Conseil, un conseiller en ges­tion de pa­tri­moine qui place sur les plates-formes une part des éco­no­mies de ses clients de la ré­gion bor­de­laise.

Cet ap­pé­tit fait craindre une fuite en avant qui condui­rait les plates-formes à se mon­trer trop peu sé­lec­tives. D’au­tant qu’au­cune n’a at­teint la taille cri­tique per­met­tant d’as­su­rer sa via­bi­li­té à long terme. De plus, elles peinent à trou­ver de bons chefs d’en­tre­prise, prêts à ac­quit­ter et rem­bour­ser les taux de­man­dés – ce sont les plates-formes qui fixent les taux d’em­prunt en fonc­tion de leur ana­lyse des risques.

« Nous re­te­nons un dos­sier sur 100 », in­dique Ni­co­las Le­sur, le fon­da­teur d’Uni­lend ( ➠ voir son interview sur Le Re­ve­nu TV). « Nous dé­mar­chons les chambres de com­merce et pro­fes­sion­nelles, les cour­tiers et dif­fé­rents fo­rums afin de sé­duire les belles PME ré­gio­nales », dé­taille Tho­mas de Bou­rayne, pré­sident de Cre­dit.fr. Avec pour ar­gu­ments des le­vées de fonds ra­pides, l’ab­sence de prise de ga­ran­ties…

Len­dix va jus­qu’à ga­ran­tir aux en­tre­prises le suc­cès de leur em­prunt grâce à la par­ti­ci­pa­tion d’ins­ti­tu­tion­nels pour bou­cler les prêts en mal de fi­nan­ce­ments de par­ti­cu­liers.

conseillon­saux prê­teursNous de mul­ti­plier les pe­tits dos­siers afin de mu­tua­li­ser les risques, le plus sûr moyen d’être ga­gnant sur la du­rée” Ni­co­las Le­sur, fon­da­teur d’Uni­lend.

« Sans ce­la, Alain Du­casse ne se­rait ja­mais ve­nu », ad­met Oli­vier Goy, pré­sident et fon­da­teur de Len­dix ( voir son interview sur Le Re­ve­nu TV). La qua­li­té du pro­jet à fi­nan­cer est pri­mor­diale Un des pion­niers, Fins­quare, a cou­lé sous les mau­vais dos­siers. Son taux de dé­faut, pas­sé à 25% a pu être ré­duit à 20% après sa re­prise par Len­dix. Y au­ra-t-il des re­pre­neurs pour évi­ter d’éven­tuelles faillites de plates-formes? Ce qui fe­rait cou­rir le risque d’un ac­crois­se­ment des im­payés par op­por­tu­nisme des em­prun­teurs. « Une pro­cé­dure est dé­sor­mais pré­vue pour as­su­rer la pour­suite des rem­bour­se­ments, leur su­per­vi­sion re­ve­nant au pres­ta­taire de ser­vice de paie­ment de la plate-forme (Le­mon Way ; S-Mo­ney, fi­liale de BPCE…) », ras­sure Ni­co­las Le­sur.

« Il vaut mieux prê­ter sur les plates-formes les plus ac­tives, ou les pe­tites qui ont un re­cru­te­ment af­fi­ni­taire, au sein d’une ré­gion par exemple, car les bons dos­siers iront na-

tu­rel­le­ment à elles » , conseille Ma­thieu George.

Pour la taille, Len­dix ar­rive loin en tête avec 45mil­lions prê

tés en 2016 (62,5 mil­lions de­puis l’ori­gine). Il a mon­té les plus gros prêts, jus­qu’à 2 mil­lions sur qua­rante-neuf mois. Autre rai­son de l’ap­pré­cier : « Les di­ri­geants de Len­dix prêtent de ma­nière sys­té­ma­tique, si­gni­fi­ca­tive, et sans ca­pa­ci­té de choi­sir le mon­tant, à chaque dos­sier pré­sen­té par la plate-forme », af­firme Oli­vier Goy. De même que ceux de We­sha­re­bonds.

Le pion­nier Uni­lend compte la plus grande com­mu­nau­té de

prê­teurs, qui, sur les conseils ré­pé­tés de Ni­co­las Le­sur, savent ré­par­tir leur épargne: le mon­tant du ti­cket moyen par prê­teur y est de 100 eu­ros. Sur Len­do­sphère les pro­jets d’éner­gies re­nou­ve­lables sont fi­nan­cés sans pro­blème, no­tam­ment par les ri­ve­rains qui ap­portent jus­qu’à 80% des ca­pi­taux, in­ci­tés sou­vent par un bo­nus sur le taux d’em­prunt.

Plus pe­tite, Prexem peut ras­su­rer grâce à son fond de pro­tec­tion, consti­tué au dé­part sur ses fonds propres et nour­ri de­puis par les co­ti­sa­tions des en­tre­prises (0,5% des sommes fi­nan­cées). « Ce fonds ne rem­bourse pas tous les im­payés. Le taux de pro­tec­tion, d’en­vi­ron 20% au dé­mar­rage du prêt, va­rie en fonc­tion du risque (in­ver­se­ment pro­por­tion­nel) et de l’avan­ce­ment du pro­jet », ex­plique Va­lé­ry Giard, co­pré­sident et co­fon­da­teur de Prexem.

De son cô­té, Cre­dit.fr fi­nance une as­su­rance dé­cès in­va­li­di­té des chefs d’en­tre­prise. Elle a aus­si été sé­lec­tion­née par BNP Pa­ri­bas pour un par­te­na­riat avec Hel­lo Bank!, sa fi­liale de banque en ligne, en rai­son du sé­rieux de ses pro­cé­dures de sé­lec­tion et leur pré­sen­ta­tion. En­fin, le prê­teur est éga­le­ment cou­vert par le contri­buable: les moins-va­lues d’un prêt sont dé­duc­tibles des plus-va­lues de même na­ture ( ➠ voir l’en­ca­dré ci-contre). Mais vous l’au­rez com­pris, mieux vaut di­ver­si­fier vos prêts, ses choix de plates-formes et pla­cer une pro­po­si­tion mo­dé­rée d’avoirs dont vous n’avez pas un be­soin im­mé­diat. ■ ALINE FAUVARQUE

Ce pro­jet d’éo­liennes, en Picardie, a rap­por­té 6% par an aux prê­teurs.

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