UBS. Crise ou­verte avec le Dé­par­te­ment

Le Télégramme - Auray - - BRETAGNE - Ré­gis Nes­cop

« Grave », « bru­tale », « in­com­pré­hen­sible »… Le pré­sident de l’Uni­ver­si­té de Bre­tagne Sud ne mâche pas ses mots pour qua­li­fier la sup­pres­sion pro­gram­mée de la sub­ven­tion (422 750 €) du con­seil dé­par­te­men­tal. La nou­velle ré­gle­men­ta­tion im­po­sée par la loi NOTRe, ar­gu­ment avan­cé par Fran­çois Gou­lard, ne convainc pas.

Le cli­mat so­cial est ora­geux. Il est éga­le­ment élec­trique entre l’Uni­ver­si­té de Bre­tagne Sud et le con­seil dé­par­te­men­tal du Mor­bi­han. En cause, la ré­cep­tion, le 22 oc­tobre der­nier, d’un cour­rier si­gné du con­seil dé­par­te­men­tal si­gni­fiant à l’UBS la sup­pres­sion pro­gram­mée en 2020 de la sub­ven­tion (elle était de 422 750 € en 2018). « Nous n’avons re­çu au­cune no­ti­fi­ca­tion préa­lable à cette dé­ci­sion, au­cun contact entre les ser­vices. C’est du ja­mais vu », dé­plore Jean Pee­ters (ci-des­sus), le pré­sident de l’UBS. La bru­ta­li­té de la mé­thode n’est pas seule­ment dé­criée. Der­rière l’ar­gu­ment avan­cé par le Dé­par­te­ment (la Loi NOTRe), le pré­sident de l’UBS y voit sur­tout « une dé­ci­sion per­son­nelle et une vo­lon­té po­li­tique de ne pas sou­te­nir l’uni­ver­si­té. Com­ment ex­pli­quer alors que des Dé­par­te­ments voi­sins conti­nuent d’ap­por­ter des fi­nan­ce­ments à leurs éta­blis­se­ments ? Une telle me­sure si­gni­fie que l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur n’est pas une prio­ri­té pour le Dé­par­te­ment. C’est grave et in­com­pré­hen­sible ».

Une si­tua­tion fi­nan­cière dé­jà ten­due

Dans le Mor­bi­han, comme ailleurs, les uni­ver­si­tés ne cessent de ti­rer la son­nette d’alarme sur leur si­tua­tion fi­nan­cière. « Ce n’est pas le mo­ment d’en­le­ver des moyens bud­gé­taires à un éta­blis­se­ment qui fait ré­gu­liè­re­ment la preuve de son en­ga­ge­ment pour le ter­ri­toire et de sa col­la­bo­ra­tion ac­tive avec le sec­teur éco­no­mique », plaide Jean Pee­ters qui cite le ra­chat à ve­nir du pla­teau Com­po­si­tic à Ploe­meur (1,25 M€). Et si les 422 750 € en cause pèsent peu, a prio­ri, face aux 80 M€ de bud­get de l’UBS, le pré­sident dit s’ap­puyer sur cette seule sub­ven­tion pour fi­nan­cer des postes dans la re­cherche et le dé­ve­lop­pe­ment. Des « in­gé­nieurs trans­ferts » comme on les ap­pelle, qui oeuvrent dans les do­maines du nau­tisme, du com­po­site, de la cy­ber­sé­cu­ri­té, ain­si que dans le sec­teur des bio-pro­cé­dés, à Pon­ti­vy, à tra­vers la pla­te­forme d’in­no­va­tions Pro­dia­bo. « C’est l’ave­nir de notre ter­ri­toire qui est en jeu ». En 2019, la do­ta­tion du Dé­par­te­ment se­ra re­vue à la baisse (281 800 €) puis se li­mi­te­ra à 44 250 € pour le seul fi­nan­ce­ment des doc­to­rants. « Après 2020, l’uni­ver­si­té ne per­ce­vra plus rien ». La seule so­lu­tion consis­te­ra à trou­ver de nou­velles res­sources en in­terne pour as­su­rer le ver­se­ment des sa­laires. Une équa­tion d’au­tant plus dé­li­cate que chaque an­née, le Glis­se­ment vieillesse tech­ni­ci­té (GVT) fait dé­jà flam­ber la masse sa­la­riale de 600 000 €.

La loi NOTRe, rien que la loi

Contac­té, le con­seil dé­par­te­men­tal se re­tranche der­rière la loi NOTRe qui in­ter­dit dé­sor­mais à la col­lec­ti­vi­té de fi­nan­cer les uni­ver­si­tés ou alors « de ma­nière très li­mi­tée. C’est ce que nous avons ex­pli­qué dans le cour­rier adres­sé à l’UBS. Le Dé­par­te­ment veut res­ter dans les clous de la loi ». Jean Pee­ters at­tend tou­jours d’être re­çu au con­seil dé­par­te­men­tal par Fran­çois Gou­lard, qui est, doit-on le rap­pe­ler, un an­cien mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur. « Ce n’est pas la vi­sion que j’ai de la loi NOTRe », tacle le pré­sident de l’UBS.

JP­ho­to ar­chives R.N.

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