Le Royaume dés­uni

Le Télégramme - Auray - - AURAY -

Au Royaume-Uni, le Brexit s’in­vite à toutes les tables et gé­nère une an­xié­té crois­sante, à me­sure que l’échéance du 29 mars se rap­proche. La crainte d’un « hard Brexit », avec des ef­fets pro­ba­ble­ment chao­tiques, ef­fraie les par­ti­sans­du« re­main ».

Ceux du « leave » tentent de convaincre qu’ils avan­ce­ront plus vite sans leur ancre eu­ro­péenne. Le Royaume n’a ja­mais pa­ru aus­si « dés­uni ».

Plai­doyer pour l’Eu­rope

Mais chez nous, c’est le plai­doyer pour l’Eu­rope qui l’em­porte : « J’ha­bite le pays d’Au­ray de­puis plus de vingt ans. Bri­tan­nique, fran­co­phile de­puis tou­jours, ma­riée à un Fran­çais, j’ai tou­jours tra­vaillé en France », ex­plique Kate. « Étant Eu­ro­péenne, j’ai pu bé­né­fi­cier des mêmes droits (sauf pour vo­ter dans les élec­tions pré­si­den­tielles) qu’un Fran­çais, et j’ai pu pas­ser les concours et de­ve­nir en­sei­gnante. L’Eu­rope re­pré­sente beau­coup d’op­por­tu­ni­tés, pour le monde du tra­vail, pour les jeunes et leurs études. J’ai tou­jours été heu­reuse de me sen­tir eu­ro­péenne, mais bri­tan­nique en même temps (je suis at­ta­chée à mes ra­cines). L’Eu­rope, pour moi, c’est l’ou­ver­ture vers les autres ».

« Ce su­jet fâche beau­coup »

Beth ha­bite le pays d’Au­ray de­puis de nom­breuses an­nées : « J’étais sous le choc après le vote pour le Brexit. Je me sen­tais cou­pée de mon pays et de ma fa­mille. Se­lon ma fa­mille, le Brexit sème les désac­cords et di­vise les com­mu­nau­tés, les voi­sins et les amis. Le pire, c’est de ne pas sa­voir ce qui va se pas­ser après le Brexit, même après deux ans de dis­cus­sions. Beau­coup de Bri­tan­niques ont honte de ce que le Royaume-Uni a fait à l’Eu­rope ! Ce su­jet fâche beau­coup, donc j’évite d’en par­ler… Je pense que beau­coup de gens ont vo­té pour le Brexit car ils ont été mal in­for­més. On se de­mande où va le pays… ».

« Avan­tages et désa­van­tages »

Ri­chard, ha­bi­tant de Vannes de­puis 18 ans, vient d’Ir­lande du Nord : « Je ne pou­vais pas vo­ter au ré­fé­ren­dum de Brexit, parce que ceux qui ont quit­té le Royaume Uni plus de 15 ans étaient ex­clus ». Mais il avoue : « Si j’avais pu vo­ter, je ne sais pas com­ment je l’au­rais fait… Je vois les avan­tages et les désa­van­tages de l’Eu­rope. La li­ber­té de mou­ve­ment pour les biens et les per­sonnes sont des bonnes choses. Je crois que l’im­mi­gra­tion a un ef­fet po­si­tif. Mais je n’ap­prouve pas tou­jours le fonc­tion­ne­ment de Bruxelles. Je ne pense pas qu’un « No-Deal Brexit » se­ra la ca­tas­trophe que cer­tains pré­tendent. Et la vie en de­hors de L’UE ne se­ra pas non plus le pa­ra­dis de libre-échange que d’au­tres­pré­disent ».

Ri­chard n’a pas de­man­dé la na­tio­na­li­té fran­çaise : avec l’ac­cord de ven­dre­di saint en 1998, qui a mis fin (qua­si­ment) à la « guerre ci­vile » en Ir­lande du Nord, toute per­sonne née sur l’île de l’Ir­lande est con­si­dé­rée comme ci­toyen ir­lan­dais. J’ai tout sim­ple­ment de­man­dé un pas­se­port ir­lan­dais. C’était ex­trê­me­ment fa­cile : un cer­ti­fi­cat de nais­sance et quelques pho­tos ».

« Ques­tion com­pli­quée »

Ri­chard semble en tout cas en avoir as­sez : « J’au­rais ai­mé ne ja­mais avoir en­ten­du par­ler du mot Brexit. J’ai tel­le­ment lu à ce su­jet, au cours des der­nières an­nées… Je me suis ren­du compte qu’il s’agit d’une ques­tion tel­le­ment com­pli­quée et qui di­vise, que le ré­fé­ren­dum était sûr de sé­pa­rer le pays en deux. Si Da­vid Ca­me­ron ne l’avait pas pro­po­sé et qu’on était en­core dans l’UE, je se­rais plus heu­reux. Mais il l’a fait. Le pu­blic a par­lé et plus vite tout ce­la se­ra ter­mi­né, le mieux ce se­ra ».

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