Les blo­queurs font an­nu­ler les exa­mens

Entre 150 et 300 étu­diants ont blo­qué les en­trées de l’uni­ver­si­té Rennes 2, tôt, jeu­di ma­tin, pous­sant la di­rec­tion à an­nu­ler tous les exa­mens en pré­sen­tiel. Ils se fe­ront à dis­tance, par in­ter­net.

Le Télégramme - Brest Abers Iroise - - Bretagne - Ro­main Roux

Sur le cam­pus de Rennes 2, à 7 h 50, quand la nou­velle tombe, per­sonne n’est vrai­ment éton­né. Sur Twit­ter, la di­rec­tion de l’uni­ver­si­té an­nonce : « Un groupe d’en­vi­ron 300 in­di­vi­dus, dont une par­tie ca­gou­lée et ex­té­rieure à l’éta­blis­se­ment, s’est or­ga­ni­sé pour blo­quer les bâ­ti­ments où de­vaient se dé­rou­ler les exa­mens (…). Par consé­quent, les condi­tions nor­males n’étant plus ga­ran­ties, l’équipe de di­rec­tion a dé­ci­dé d’an­nu­ler les épreuves pré­vues au­jourd’hui ». Fi­na­le­ment, de­vant l’obs­ti­na­tion des blo­queurs, elle a dû se ré­soudre à an­nu­ler tous les exa­mens en pré­sen­tiel du se­cond se­mestre. Cette an­née, à Rennes 2, les par­tiels de­vraient se faire à dis­tance, par in­ter­net. Beau­coup plus dif­fi­cile à blo­quer.

Dès le 7 mai, l’as­sem­blée gé­né­rale (AG) réunis­sant quelques cen­taines de jeunes avait vo­té pour le blo­cage des par­tiels, dé­jà re­pous­sés une fois. L’éva­cua­tion, lun­di, après un mois d’oc­cu­pa­tion, pour per­mettre à la di­rec­tion d’or­ga­ni­ser les exa­mens, n’au­ra pas em­pê­ché le scé­na­rio.

« C’était fa­cile »

À 6 h du ma­tin, comme pré­vu, quelques di­zaines d’étu­diants, le vi­sage ca­ché, sont pré­sents au ren­dez-vous. Au fil des mi­nutes, leurs rangs gros­sissent jus­qu’à at­teindre 150 à 300 per­sonnes se­lon les sources. La po­lice est pré­sente en pe­tit nombre aux abords du cam­pus mais ne s’in­ter­pose pas, con­for­mé­ment au sou­hait de la di­rec­tion qui ne sou­haite pas en­ve­ni­mer en­core plus la si­tua­tion. Elle a pré­fé­ré faire ap­pel à une so­cié­té de sécurité pri­vée. Mais les vi­giles, peu nom­breux, n’in­ter­viennent pas non plus.

Les blo­queurs ont donc le champ libre. Une vitre est bri­sée pour pou­voir en­trer dans l’éta­blis­se­ment et sor­tir les quelques tables et chaises qui ser­vi­ront à bar­ri­ca­der les en­trées. Comme Nan­terre, Lyon ou en­core Mar­seille avant elle, Rennes 2 n’est plus en me­sure d’or­ga­ni­ser les exa­mens dans des condi­tions nor­males et de­mande aux can­di­dats de ren­trer chez eux.

Étu­diants di­vi­sés

Le cam­pus est pro­fon­dé­ment di­vi­sé. Il y a ceux, nom­breux, qui vou­laient pas­ser les par­tiels. « Je m’étais pré­pa­rée au cas où, confie, dé­pi­tée, cette élève ins­crite en his­toire de l’art. C’est une prise en otage par un pe­tit groupe contre la ma­jo­ri­té d’entre nous. Je veux juste va­li­der mon an­née, c’est ma li­ber­té ». Une de ses camarades s’énerve : « Pour­quoi la di­rec­tion a-t-elle lais­sé faire ? Il fal­lait faire in­ter­ve­nir la po­lice ».

Et puis il y a ceux, comme Clé­ment, membre de So­li­daires Étu­diant.e.s, qui parlent de « vic­toire », alors qu’une ban­de­role est his­sée sur la grille d’un bâ­ti­ment. « Le Bayou vain­cra », cla­met-elle, du nom don­né à l’am­phi­théâtre au­pa­ra­vant oc­cu­pé. « La di­rec­tion doit main­te­nant re­prendre langue avec l’AG pour trou­ver une so­lu­tion ac­cep­tée par tous », de­mande Clé­ment. « Ce blo­cage, c’est un sym­bole, jus­ti­fie une étu­diante. Le sym­bole de ces exa­mens que tous les re­ca­lés de Par­cour­sup ne pour­ront pas pas­ser car ils n’au­ront pas été sé­lec­tion­nés ».

« Ma­cron, il s’en tape ! »

Quelques ins­tants après, un pro­fes­seur de géo­gra­phie s’ap­proche et s’in­surge. « C’est une ca­tas­trophe, je trouve ça la­men­table ! Ce n’est pas le blo­cage de Rennes 2 qui chan­ge­ra quoique ce soit à la ré­forme. Ma­cron, il s’en tape ! Le ré­sul­tat, c’est que le mes­sage que l’on avait construit en­semble contre la loi ORE est com­plè­te­ment in­au­dible ». Les étu­diants lui ré­pondent qu’il omet le mes­sage po­li­tique de leur ac­tion et tentent de l’ex­pli­quer. Le prof, lui-même syn­di­qué, ne se­ra pas convain­cu.

Pho­to R. R.

Jeu­di, à par­tir de 6 h, quelques cen­taines d’étu­diants ont blo­qué les en­trées de Rennes 2 pour em­pê­cher la te­nue des exa­mens.

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