« Il a eu peur d’y res­ter ce soir-là »

Ils étaient trois pour le frap­per, à terre, sur fond d’une né­bu­leuse his­toire de re­pré­sailles. À la barre, il est seul à ré­pondre. En bom­bant le torse : « J’ai fait ce que j’avais à faire ».

Le Télégramme - Brest Abers Iroise - - BREST. ACTUS -

Les deux se connaissent, se croisent ré­gu­liè­re­ment dans le bourg de Plougastel, ont dé­jà eu une al­ter­ca­tion. Ce 26 oc­tobre, vers 1 h 30 du ma­tin, la vic­time rentre chez elle en voi­ture quand elle passe de­vant le vé­hi­cule de Ma­no Esnault. Le jeune homme est pris en fi­la­ture : deux vé­hi­cules s’ar­rêtent en même temps que lui de­vant son do­mi­cile.

Des mots sont échan­gés, puis des coups, une em­poi­gnade. Il est à terre, frap­pé par trois per­sonnes, quand une voi­sine aler­tée par le bruit hurle pour ra­me­ner le calme. Elle est aus­si­tôt in­sul­tée et vi­sée par une bombe la­cry­mo­gène, qui at­ter­rit dans sa chambre. Fi­na­le­ment, l’un des agres­seurs par­vient à rai­son­ner les deux autres. Le trio s’éva­nouit dans la na­ture. Le 30 oc­tobre, deux d’entre eux, dont un mi­neur, sont in­ter­pel­lés. Le troi­sième n’a, à ce jour, pas été iden­ti­fié.

Ce ven­dre­di, il est donc seul à la barre. Il re­con­naît en par­tie les faits, veut les ex­pli­quer : « L’his­toire part de l’agres­sion d’une jeune fille en dé­tresse », par un ami de la vic­time. Il au­rait « cla­qué » l’agres­seur, ce qui au­rait dé­clen­ché, par ri­co­chet, une ca­bale contre lui. « Toute sa bande a ré­agi. Je me suis re­trou­vé cour­sé par quinze per­sonnes, ils ont caillas­sé ma voi­ture ». Bi­lan : « 1 000 € de ré­pa­ra­tions de ma poche », somme qu’il se­rait al­lé ré­cla­mer ce soir-là. « Il m’a dit qu’il n’en avait rien à faire. J’ai pas ap­pré­cié : je ne parle qu’une fois en gé­né­ral. J’ai fait ce que j’avais à faire ».

« Il était li­mite co­ma »

Deux coups de bombe la­cry­mo­gène, puis des coups de ma­traque, de poings et de pieds, sur une vic­time bien­tôt im­mo­bile au sol. Bi­lan mé­di­cal : des ec­chy­moses sur tout le corps, un nez frac­tu­ré, seize points de su­tures (dont treize au vi­sage) pour un jeune qui souffre en­core au­jourd’hui de sé­quelles psy­cho­lo­giques, troubles du som­meil et acou­phènes. Dans sa dé­po­si­tion, le mi­neur in­ter­pel­lé dé­cri­ra une vic­time « li­mite co­ma » et di­ra de son com­parse que « s’il avait été seul, il au­rait pu le tuer ». « Un vé­ri­table pas­sage à ta­bac : il a eu peur d’y pas­ser ce soir-là », mar­tèle l’avo­cate de la par­tie ci­vile. Dans son box, le pré­ve­nu (29 ans), dont le ca­sier compte trois men­tions depuis deux ans, parle de « jus­tice », de « prin­cipes » et d’« hon­neur ». Il sou­rit à l’évo­ca­tion des bles­sures de la vic­time, la toise ou­ver­te­ment. « Au­cun re­mords, au­cune re­mise en ques­tion », s’in­quiète Na­tha­lie Le Clerc’h pour le Mi­nis­tère pu­blic. « Je sou­ris quand le men­songe re­monte à la sur­face », ré­tor­que­ra-t-il. « Il as­sume ses actes, même s’il pré­sente une fier­té mal pla­cée », plaide sa dé­fense, qui de­mande un amé­na­ge­ment de peine. Le tri­bu­nal ne se­ra pas aus­si clé­ment : il pro­nonce une peine d’un an de pri­son ferme, avec une ré­vo­ca­tion par­tielle de son sur­sis à hau­teur de quatre mois, et le main­tien en dé­ten­tion.

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