6. Ma­lo, le saint na­vi­ga­teur

Quoi de plus nor­mal pour l’un des sept saints fon­da­teurs de la Bre­tagne que d’avoir pas­sé une par­tie de sa vie à vo­guer sur les flots. C’est le cas de saint Ma­lo, consi­dé­ré comme le pre­mier évêque de la ville épo­nyme.

Le Télégramme - Brest - - HISTOIRE - Serge Ro­gers

Saint Ma­lo, en plus d’avoir don­né son nom à la cé­lèbre ci­té cor­saire, sur les bords de la Manche, est aus­si l’un des saints bre­tons les plus connus. « Il mé­rite d’oc­cu­per un rang d’hon­neur entre tous les saints que la France a don­nés au ciel dans le cours des siècles », écrit Fran­çois Plaine. L’his­to­rien et moine bé­né­dic­tin du XIXe siècle pré­cise que peu de saints connaissent un culte aus­si éten­du sur le ter­ri­toire : « C’est qu’en ef­fet Ma­lo, ou mieux Ma­cout, se trouve ins­crit dans tous les mar­ty­ro­loges an­ciens et mo­dernes, de­puis ce­lui d’Usuard ; c’est que sa ré­pu­ta­tion de saint et de thau­ma­turge a dé­pas­sé de beau­coup les li­mites de la Grande-Bre­tagne où il vit le jour, celles de l’Ar­mo­rique où s’écou­lèrent ses meilleures an­nées, et celles de Sain­tonge où il ter­mi­na sa glo­rieuse car­rière. La France en­tière, la Bel­gique, l’Ita­lie, même les îles de l’océan At­lan­tique ont re­ten­ti du bruit de son nom, se sont plu à vé­né­rer sa mé­moire, à lui éle­ver des temples et des au­tels, à lui consa­crer des jours de fête ».

Ori­gi­naire du pays de Galles

Dom Plaine re­grette ce­pen­dant le manque de sources ha­gio­gra­phiques pré­cises et « dignes d’ins­pi­rer confiance ». Le moine his­to­rien re­trouve, à la fin du XIXe siècle, la trace de l’une des pre­mières bio­gra­phies de saint Ma­lo, ré­di­gée au cours du IXe siècle par un cer­tain Bi­li, diacre de l’église d’Aleth. Ce texte per­met de le­ver une part d’ombre sur le cé­lèbre per­son­nage. Ma­lo (une dé­for­ma­tion de Mac Low, qui se­ra ap­pe­lé éga­le­ment Ma­cout ou Ma­clou se­lon les ré­gions) se­rait né dans le com­té de Gwent au pays de Galles au mi­lieu des an­nées 510. Is­su d’une fa­mille noble, il au­rait été confié, dès son plus jeune âge, à la garde de saint Bren­dan, ab­bé de Lan­car­van. Con­trai­re­ment aux autres élèves, Ma­lo est un gar­çon as­sez so­li­taire. La lé­gende ra­conte qu’un soir, s’étant éloi­gné du groupe d’enfants avec qui il jouait sur une plage, il se mit sur un tertre où il s’en­dor­mit. La ma­rée mon­tante obli­gea les enfants à s’éloi­gner puis à ren­trer. En ar­ri­vant au mo­nas­tère, on s’aper­çut de l’ab­sence de Ma­lo. L’ab­bé Bren­dan cou­rut vers le ri­vage et ap­pe­la le gar­çon, mais ne re­çut au­cune ré­ponse. On crût qu’il s’était noyé. Le len­de­main ma­tin, tous re­vinrent vers la mer et aper­çurent Ma­lo sur son tertre qui avait aug­men­té en hau­teur, le pro­té­geant des flots. Les eaux n’avaient même pas mouillé ses ha­bits. Pre­mier mi­racle de ce saint fu­tur ma­rin, qui fe­ra de la mer son élé­ment.

Des an­nées à vo­guer sur les mers

Or­don­né à l’âge de 30 ans, Ma­lo s’em­barque avec Bren­dan pour un pé­riple ma­ri­time de plu­sieurs an­nées, vers des contrées loin­taines, afin d’évan­gé­li­ser les po­pu­la­tions. Ce­la ex­pli­que­rait en par­tie, se­lon dom Plaine, que le saint soit ho­no­ré des ri­vages de la mer du Nord à ceux de l’At­lan­tique, en pas­sant par les îles Ca­na­ries et les côtes ita­liennes. L’ima­gi­naire po­pu­laire re­pré­sente sou­vent saint Ma­lo don­nant une messe sur le dos d’une ba­leine, sou­ve­nir de ces aven­tures sur les océans. Vers l’an­née 550, Ma­lo au­rait ac­cos­té sur l’île de Cé­zembre, en face de la ville qui porte au­jourd’hui son nom. Il ren­con­tra un er­mite lo­cal, saint Aa­ron, qui vi­vait sur une pres­qu’île dans l’em­bou­chure de la Rance, près de la ci­té d’Aleth, lieu de l’ac­tuel SaintSer­van, à quelques en­ca­blures du lieu où se trouve la ci­té cor­saire au­jourd’hui. Ma­lo prend le re­lais d’Aa­ron qui se fait vieillis­sant et pour­suit son oeuvre évan­gé­li­sa­trice dans le pays des Co­rio­so­lites.

Chas­sé de Bre­tagne

« Ma­lo s’étant fait une grande ré­pu­ta­tion de sain­te­té et de mi­racles, est de­man­dé pour évêque par le cler­gé d’Aleth », pré­cise Fran­çois Plaine. On prête au Gal­lois d’avoir ren­du la vue à un aveugle, d’avoir res­sus­ci­té un gar­çon qui s’était noyé dans un puits ou une truie tuée par in­ad­ver­tance… Ces pro­diges at­tirent de nom­breux pè­le­rins qui viennent se re­cueillir dans le mo­nas­tère que Ma­lo fait construire, à cô­té d’Aleth. L’ab­baye ac­cu­mule des ri­chesses, sus­ci­tant la ja­lou­sie du sei­gneur lo­cal qui dé­cide de l’at­ta­quer. Face à ces per­sé­cu­tions, Ma­lo re­prend la mer, ac­com­pa­gné de 33 de ses moines, et part plus au sud. Il ar­rive en Cha­rente-Ma­ri­time, où il ren­contre Léonce, l’évêque de la ré­gion, qui lui oc­troie un vaste do­maine, à Sain­tonge (près de l’ac­tuelle Saintes), où le saint bre­ton fait construire un nou­veau mo­nas­tère. En son ab­sence, la ville d’Aleth et ses ha­bi­tants connaissent la fa­mine et une mi­sère noire. Croyant à une sanc­tion di­vine, ils partent à la re­cherche de leur an­cien évêque, et lui de­mandent de re­ve­nir à Aleth pour sau­ver la ville. Une fois le re­tour du saint, les fléaux cessent et la ville re­de­vient pros­père. Saint Ma­lo rentre à Sain­tonge, où il s’éteint quelques an­nées plus tard, vers 621.

Pour en sa­voir plus

« Vie in­édite de saint Ma­lo », écrit au IXe siècle par Bi­li, de Fran­çois Plaine, Li­brai­rie Bre­tonne, 1884.

Pho­to Le Té­lé­gramme/Claude Prigent

On prête à Ma­lo d’avoir ren­du la vue à un aveugle, d’avoir res­sus­ci­té un gar­çon qui s’était noyé dans un puits ou une truie tuée par in­ad­ver­tance… Sa sta­tue dans la Val­lee des Saints de Car­noët est l’oeuvre du sculp­teur Pa­trice Le Guen.

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