Du foot­ball à l’ur­gence mé­di­cale

Le Télégramme - Brest - - BREST MÉTROPOLE - Ca­the­rine Le Guen

Le di­rec­teur du Sa­mu 29, le Dr Nou­red­dine Cha­hir, a deux pas­sions, le foot­ball et la mé­de­cine d’ur­gence. Deux uni­vers qui ont pour points com­muns un in­dis­pen­sable tra­vail d’équipe et un es­prit de so­li­da­ri­té. Ren­contre avec un mé­de­cin qui vou­drait que tous les ci­toyens puissent être des se­cou­ristes pour sau­ver des vies.

Di­rec­teur du ser­vice d’aide mé­di­cale ur­gente (Sa­mu) 29, le Dr Nou­red­dine Cha­hir a contrac­té le vi­rus du foot­ball tout pe­tit. En­fant, il s’ar­rê­tait sur le che­min du re­tour de l’école pour jouer sur des ter­rains im­pro­vi­sés où les buts étaient ma­té­ria­li­sés par des car­tables. Au jeu, ins­tau­ré par sa mère, du droit au foot­ball contre des bonnes notes, il a ga­gné sa vo­ca­tion de mé­de­cin et l’ur­gence est de­ve­nue son quo­ti­dien. Un uni­vers pas si éloi­gné du sport : il y re­trouve l’im­por­tance du tra­vail en équipe qui lui tient tant à coeur et qui lui a per­mis d’être, du­rant onze ans, pré­sident du club d’En Avant Saint-Re­nan. > Com­ment est née votre pas­sion pour le foot­ball ?

« Mon père était di­ri­geant du club de foot­ball de la ville de Khou­rib­ga, à 120 km au sud de Ca­sa­blan­ca, au Ma­roc, où je suis né et où j’ai étu­dié jus­qu’à l’ob­ten­tion de mon bac, à 18 ans. Le club évo­luait en deuxième di­vi­sion na­tio­nale. En 1980, je suis ve­nu à Brest pour faire mes études de mé­de­cine. Mes six pre­miers mois ont été très durs, j’avais froid, j’étais ar­ri­vé en tee-shirt ! Après un pre­mier sé­jour en Bre­tagne du­rant l’été 1976, ce­lui de la ca­ni­cule, je pen­sais qu’il fai­sait la même tem­pé­ra­ture qu’au Ma­roc toute l’an­née ! ».

> Pour­quoi avoir choi­si la mé­de­cine ?

« Ma mère était in­fir­mière et c’est elle qui a choi­si pour moi. Je pense que je ne lui ai ja­mais dit ce que je vou­lais faire vrai­ment. Quand j’étais pe­tit, quand l’équipe na­tio­nale du Ma­roc se dé­pla­çait en Afrique, les matchs n’étaient pas té­lé­vi­sés, on n’avait que la re­trans­mis­sion à la ra­dio. Je vou­lais de­ve­nir com­men­ta­teur spor­tif, c’était le mé­tier rê­vé pour moi : être ce­lui qui voyait le match pour les autres ! ».

> À quel mo­ment l’ur­gence est-elle de­ve­nue votre spé­cia­li­té ?

« J’ai ra­pi­de­ment été at­ti­ré, grâce aux gardes que l’on fait en tant qu’étu­diant en mé­de­cine, par la mé­de­cine d’ur­gence qui, à l’époque, n’était pas une spé­cia­li­té. J’ai in­té­gré le Sa­mu en no­vembre 1992. C’est un mé­tier ex­trê­me­ment dif­fi­cile, pre­nant, un tra­vail d’équipe. En quelque sorte, je re­trouve cet es­prit de so­li­da­ri­té qui existe dans une as­so­cia­tion spor­tive aus­si. Au Sa­mu, on ren­contre des si­tua­tions dif­fi­ciles au quo­ti­dien, dans le cadre de la prise en charge des ur­gences vi­tales ou po­ten­tielles. J’ai la chance d’être à la tête d’un ser­vice com­po­sé de pro­fes­sion­nels dé­voués, qui sont là au ser­vice des ci­toyens, et je veux leur rendre hom­mage parce que c’est un mé­tier très dif­fi­cile, avec par­fois des si­tua­tions dra­ma­tiques. On garde tou­jours en mé­moire des si­tua­tions par­ti­cu­lières, sur­tout quand elles concernent des en­fants ».

> Et le foot­ball n’a ja­mais quit­té votre vie ?

« J’ai ar­rê­té de jouer à 48 ans, après des bles­sures. En ar­ri­vant à Brest, je m’étais ins­crit au club spor­tif uni­ver­si­taire, puis, après dix ans au Spor­ting-club de Brest 2, je suis par­ti vers Saint-Re­nan où j’avais des amis. Je jouais au poste de li­be­ro. Je dois beau­coup de choses au foot­ball, il m’a per­mis de m’in­té­grer dans ce pays. J’ai été très fier, à un mo­ment don­né dans mon par­cours, de de­man­der la na­tu­ra­li­sa­tion. Il a fal­lu que ce­la che­mine dans ma tête, je l’ai fait quand j’ai to­ta­li­sé plus d’an­nées de pré­sence en France qu’au Ma­roc, il me fal­lait ça pour fran­chir le pas. En 2002, j’avais vé­cu à ce mo­ment-là vingt-deux ans en France j’ai es­ti­mé que j’étais lé­gi­time pour de­ve­nir ci­toyen fran­çais à part en­tière ».

> Conju­guer foot­ball et mé­de­cine a été com­pli­qué ?

« Le Sa­mu im­pose un rythme de tra­vail par­ti­cu­lier, parce qu’il y a beau­coup de per­ma­nences. Le wee­kend ne veut plus rien dire. Pour le foot, c’est com­pli­qué aus­si, il a fal­lu beau­coup jon­gler entre le tra­vail et la ges­tion de l’as­so­cia­tion spor­tive. En Avant Saint-Re­nan compte plus de 640 adhé­rents, c’est la qua­trième as­so­cia­tion spor­tive de Bre­tagne. Un club d’une belle ri­chesse hu­maine, ce qui a per­mis de mettre en place de­puis dix ans, dans les deux col­lèges de la ville, des sec­tions spor­tives qui comptent une soixan­taine de gar­çons et filles. J’ai été pré­sident d’En Avant de 2006 à juin 2018, mais, à ma no­mi­na­tion au poste de di­rec­teur du Sa­mu 29, en 2016, j’ai pré­fé­ré prendre du re­cul : main­te­nant, je suis au ser­vice de plus de 900 000 Fi­nis­té­riens ».

> Vous ani­mez aus­si une uni­ver­si­té ci­toyenne de pré­ven­tion en san­té ?

« Oui, notre ob­jec­tif à terme, avec le doyen de la fa­cul­té de mé­de­cine, le Pr Chris­tian Ber­thou, est de pro­mou­voir la pré­ven­tion pri­maire dans le mi­lieu sco­laire. Tout ci­toyen de­vrait être se­cou­riste ! Cet ap­pren­tis­sage ne peut pas­ser que par l’école, les gestes qui sauvent sont peu nom­breux à ac­qué­rir. L’im­por­tant, c’est de pou­voir ré­pé­ter ces gestes chaque an­née, de l’école pri­maire jus­qu’au ly­cée. Les pays nor­diques ont réus­si à le faire, il n’y a pas de rai­son qu’on n’y ar­rive pas en France ».

« Tout ci­toyen de­vrait être se­cou­riste. Cet ap­pren­tis­sage-là ne peut pas­ser que par l’école ».

Le Dr Nou­red­dine Cha­hir a été nom­mé di­rec­teur du Sa­mu 29 en 2016.

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