Ci­né­ma : Ro­mane Boh­rin­ger a fil­mé sa propre sé­pa­ra­tion

Ro­mane Boh­rin­ger vient de co-réa­li­ser avec son ex­com­pa­gnon l’ac­teur Phi­lippe Reb­bot, de­ve­nu « co­équi­pier au­tour des en­fants », un film libre et lou­foque. Une co­mé­die « pour adou­cir » leur sé­pa­ra­tion. « L’amour flou », prix du pu­blic à An­gou­lême, est sor­ti

Le Télégramme - Carhaix - - LA UNE - Gué­naëlle Dau­jon

Croire à la pos­si­bi­li­té de ces­ser d’être un couple tout en res­tant une fa­mille : c’est sur cette idée qu’a été écha­fau­dée la co­mé­die co­réa­li­sée par Ro­mane Boh­rin­ger et son ex-com­pa­gnon Phi­lippe Reb­bot. Sor­ti en salles mer­cre­di, « L’amour flou » s’ins­pire très di­rec­te­ment de l’ex­pé­rience tra­ver­sée par les deux ac­teurs qui ont fait amé­na­ger deux ap­par­te­ments dis­tincts sé­pa­rés par… la chambre des en­fants. (Pho­to EPA)

Voir « L’amour flou », feel good-mo­vie sur l’art de se quit­ter tout en s’ai­mant, c’est croire à la pos­si­bi­li­té de ces­ser d’être un couple tout en res­tant une fa­mille ? La so­lu­tion ré­side en un concept : se « sé­par­te­men­ter », en­ten­dez prendre deux ap­par­te­ments sé­pa­rés, com­mu­ni­quant par… la chambre des en­fants ! Mais le ci­né­ma n’est pas la vie. Alors, peut-on vrai­ment se sé­pa­rer en­semble ? Peut-on re­faire sa vie sans la dé­faire ? Mon­treuil, (Seine-Saint-De­nis). Le ren­dez-vous est pris chez Ro­mane Boh­rin­ger. Dès la porte d’en­trée, on est lit­té­ra­le­ment pro­je­té dans « L’amour flou ». C’est donc vrai ! Ils ont trans­for­mé leur lieu de vie en pla­teau de ci­né­ma, ils ont fic­tion­né leur réel, le drame ba­na­li­sé d’un di­vorce. « Je vous fais vi­si­ter ? », lance Ro­mane Boh­rin­ger, amu­sée.

« Plus en­vie de dor­mir avec lui »

Il faut voir le film pour glis­ser dans le quo­ti­dien de cette fa­mille re­com­po­sée, sous le même toit. « L’idée de la garde al­ter­née, perdre six jours de la vie de nos en­fants Rose (9 ans) et Raoul (7 ans), était trop dou­lou­reuse », avoue-t-elle. Elle as­sure que ça marche très bien « leur truc », que ce n’est pas en­core bien co­dé, mais ce ma­tin, ils étaient tous les deux à ha­biller les en­fants. Sin­cère, elle parle de sa dou­leur quand elle a com­pris « qu’il n’y au­rait plus de re­tour en ar­rière. J’ai at­ten­du 36 ans avant de faire des en­fants, alors tout ça pour ça… ». Il y a dans sa fa­mille une grande tra­di­tion « d’or­phe­li­nage », dit-elle. « Ma quête de la fa­mille vient d’un pro­fond dé­ra­ci­ne­ment. J’es­saie à tout prix de créer des ra­cines, plus déses­pé­ré­ment que d’autres », confie-t-elle. Elle as­sure, po­si­tive, que la sé­pa­ra­tion l’a li­bé­rée de ses at­tentes. « Ce n’est plus moi qui suis bles­sée quand Phi­lippe n’est pas comme je vou­drais. L’amour s’est trans­for­mé. Ce qui a chan­gé, c’est que je n’ai plus en­vie de dor­mir avec lui », dit-elle fran­che­ment.

« L’usure du quo­ti­dien »

« L’amour flou » est né à Noël 2016 avec « une bande de co­pains de­vant la che­mi­née ». Ils ve­naient de vivre « deux ans de cha­grin » face à leur dé­sa­mour, dû à « l’usure du quo­ti­dien ». Ro­mane a ren­con­tré un pro­mo­teur im­mo­bi­lier « in­croyable » qui a eu l’idée de ces ap­par­te­ments com­mu­ni­quant. « Nous fai­sions des blagues, ima­gi­nant les si­tua­tions fu­tures. Quel­qu’un a dit, mais c’est un film ! Et à par­tir de là c’est de­ve­nu une évi­dence ! », ra­conte Ro­mane Boh­rin­ger.

Elle a « har­ce­lé » Phi­lippe Reb­bot, qui lui a dit « Mais Beau­té, faire un film, tu ima­gines ! ». Elle lui a ré­pon­du « Dou­dou, on ne peut pas at­tendre. L’ap­par­te­ment en bé­ton, le chan­tier, le dé­mé­na­ge­ment, si on at­tend un an, on ne pour­ra plus le faire ! ». À elle, l’éner­gie, l’ac­tion, la troupe. À lui, vel­léi­taire et spi­ri­tuel, l’hu­mour clow­nesque.

« La pa­tronne »

Ro­mane Boh­rin­ger de­vient « la pa­tronne ». Elle contacte le chef opé­ra­teur Ber­tand Mou­ly qui y croit « dès la pre­mière mi­nute », un in­gé­nieur du son, Jean-Luc Au­dy.

« Quand on voit la dif­fi­cul­té de faire des films au­jourd’hui," L’amour flou " est un mi­racle », s’émeut-elle. 24 jours de tour­nage éta­lés sur six mois, 75 heures de rush, un bud­get mi­ni de 400 000 €. Le film s’est « écrit dans l’ins­pi­ra­tion du mo­ment. Avec des im­pros, la gour­man­dise de faire en­trer nos amis ac­teurs, d’im­mor­ta­li­ser nos fa­milles, dans un geste un peu fou », ra­conte-t-elle. Elle avoue que le film ne s’est pas fait sans une pe­tite « schi­zo­phré­nie ». « On tour­nait le soir quand les en­fants dor­maient. Le dé­mé­na­ge­ment, la vente de la mai­son, les tra­vaux, nos en­gueu­lades, tout de­ve­nait ma­tière ».

« Ma quête de la fa­mille vient d’un pro­fond dé­ra­ci­ne­ment. J’es­saie à tout prix de créer des ra­cines » Ro­mane Boh­rin­ger, ac­trice et réa­li­sa­trice

« Le drame des rup­tures, c’est l’or­gueil »

Le film, ci­né­ma vé­ri­té, se pour­suit. Phi­lippe Reb­bot monte chez Ro­mane pour don­ner des nou­velles de son père qui, comme dans le film, est ve­nu s’ins­tal­ler chez lui. « Phi­lippe, qu’est ce qui a chan­gé entre nous de­puis notre sé­pa­ra­tion ? » lui de­mande-t-elle. « Rien, à part le fait que je ne veux plus ja­mais te voir toute nue ! », lance-t-il di­rect. Pour lui, « le drame des rup­tures, c’est l’or­gueil. Notre force est de ne pas en avoir. Je ne suis pas contre le ro­man­tisme mais si ça fait souf­frir, ça ne sert à rien ». Il dit être un Mous­ta­kiste. « Comme dans ses chan­sons, on s’al­longe sur le ga­zon et on fait l’amour. Il y a des choses plus graves que l’amour quand même ! ». Au­jourd’hui, il rêve d’une vie à la Hu­ghes Hef­ner, le pa­tron de Play­boy mais avoue qu’en fait il vit seul avec son chien !

Il prend du ca­fé, lance un la­co­nique « je te rem­bour­se­rai » ! Puis ils or­ga­nisent, un dî­ner ce week-end, en fait, ils ne se quittent plus. « Ce qui était très trou­blant c’est que le sé­par­te­ment de­vait nous rendre à cha­cun notre es­pace, alors que c’est le contraire qui est ar­ri­vé. On de­vait faire le film, par­fois à mi­nuit je de­man­dais à Phi­lippe sa scène. On s’est tel­le­ment en­gueu­lés. Quand l’équipe ar­ri­vait, il fal­lait faire sem­blant d’être co­ol. Mais tout ça nous a ren­for­cés ».

Pho­to Lou Sar­da

« L’amour flou », une co­mé­die, est le pre­mier film réa­li­sé par Ro­mane Boh­rin­ger

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