L’ex-flic vous parle d’un temps…

Le Télégramme - Carhaix - - QUIMPER - Yves Ma­dec

quelque 150 ans près, toute res­sem­blance n’est évi­dem­ment pas for­tuite. Comme son hé­ros, Fran­çois Lange a été mi­li­taire avant de de­ve­nir of­fi­cier de po­lice. Au Havre puis à Quim­per, de 2002 à 2015. « Sauf que lui est un pur Bi­gou­den, alors que moi je ne le suis qu’à moi­tié » iro­nise le jeune re­trai­té, 60 ans, qui ré­side à Saint-Yvi.

De ses treize an­nées en poste dans la ville pré­fec­ture, l’an­cien res­pon­sable de la bri­gade de sû­re­té ur­baine conserve en mé­moire nombre d’af­faires. Mais il en re­tient sur­tout deux : le meurtre en pleine ca­thé­drale de Quim­per en 2004, « un laïc poi­gnar­dé par un sa­ta­niste dans une église, cu­rieu­se­ment cette af­faire avait eu peu de re­ten­tis­se­ments », et le cam­brio­lage du mu­sée Bol­lo­ré à Er­gué-Ga­bé­ric en 2009. « Une très belle en­quête, par­tie d’une seule em­preinte qui nous a em­me­nés jus- Fran­çois Lange qu’à Di­jon, tout a été re­trou­vé ».

L’écri­ture, son échap­pa­toire

Le com­man­dant Lange garde sur­tout un très mau­vais sou­ve­nir de l’an­née 2005. Alors ca­pi­taine, il connaît quelques dif­fé­rends avec la pro­cu­reure de l’époque. « Ce­la m’a mis un sa­cré coup au mo­ral, j’étais soi-di­sant de­ve­nu mau­vais du jour au len­de­main. Le plus dur mo­ment de ma vie de flic ». Il trouve une échap­pa­toire, l’écri­ture. « Comme pour Phi­lippe De­lerm dans "Le por­tique", il me fal­lait mon idée fixe pour éva­cuer ». Le po­li­cier ré­dige un ro­man pen­dant ses pauses de mi­di au com­mis­sa­riat. Sur le lo­gi­ciel de ré­dac­tion des pro­cé­dures. « Ce­la m’a fait tel­le­ment de bien ». Fé­ru de lec­ture et d’his­toire, il choi­sit pour toile de fond une pé­riode qu’il connaît mal, le Se­cond Em­pire. « J’ai fait un gros tra- vail de re­cherche. Ar­chives mu­ni­ci­pales, dé­par­te­men­tales, web, livres his­to­riques ».

Le ro­man ache­vé, il l’en­voie à dif­fé­rents édi­teurs. Sans re­tour. Seule éclair­cie, la mis­sive du pa­tron du prix du Quai des Or­fèvres.

« Une lettre sym­pa et en­cou­ra­geante, m’ex­pli­quant qu’ils pri­vi­lé­giaient plu­tôt le contem­po­rain. Ce­la m’a confor­té dans mon choix. Mais pas ques­tion de chan­ger de pé­riode. J’étais of­fi­cier de po­lice et tous les ro­mans po­li­ciers me sor­taient par les yeux. C’était mon quo­ti­dien, je n’avais pas en­vie de m’y re­plon­ger en écri­vant ». Sur­tout que pour lui, le flic contem­po­rain est beau­coup plus li­mi­té que par le pas­sé. L’au­teur cite pour mo­dèle Mai­gret de Si­me­non, le com­mis­saire La Vio­lette de Pierre Ma­gnan ou Lan­glois de Jean Gio­no.

« Les vieux ins­pec­teurs comme moi ne s’y re­con­naissent plus »

« Des flics aty­piques, qui boivent des coups, dis­cutent, prennent le temps. Tout ce qu’il n’y a plus le temps de faire main­te­nant. Les of­fi­ciers de po­lice ju­di­ciaire ont dé­sor­mais peu de marge de ma­noeuvre. La pro­cé­dure a énor­mé­ment chan­gé, les actes in­hé­rents à une garde à vue prennent une place pas pos­sible, et tout est co­di­fié. En 1998, quand j’ai dé­bu­té, nous étions en­core sur des PV qui da­taient des an­nées 50. L’avo­cat la pre­mière heure a chan­gé les codes. C’est dur de pas­ser du mil­le­feuille à la bis­cotte. Les vieux ins­pec­teurs comme moi ne s’y re­con­naissent plus. L’avan­tage du flic d’au­tre­fois, c’est que la po­lice se fai­sait plus sur le ter­rain. Main­te­nant, un quart d’heure sur le ter­rain, c’est deux heures après der­rière la bé­cane ». L’échec de son pre­mier ou­vrage ne le dé­cou­rage pas. Il en écrit un deuxième entre 2006 et 2007, « La bête de l’Aven », qui sor­ti­ra à la mi-fé­vrier. « J’al­lais beau­coup mieux ». Les deux ou­vrages som­meillent plu­sieurs an­nées. Jus­qu’au dé­cès de Fir­min Le Bourhis en avril der­nier. Ce der­nier le sol­li­ci­tait fré­quem­ment pour les as­pects tech­niques et de pro­cé­dure de ses ro­mans po­li­ciers.

Quim­per pillée

Fran­çois Lange échange alors avec Jean Failler, de Pa­lé­mon édi­tions, qui se montre très in­té­res­sé. Voi­là comment, treize ans après son écri­ture, « Le ma­nus­crit de Quim­per » dé­barque chez les li­braires, nous plon­geant en 1858, dans une ville de Quim­per pillée par des cam­brio­leurs qui mettent à sac les de­meures cos­sues. Vous re­con­naî­trez ai­sé­ment les lieux ci­tés. Ajou­tez à ce­la un riche an­ti­quaire as­sas­si­né, une so­cié­té se­crète, une confré­rie roya­liste et vous com­pren­drez que Fañch (oui avec le tilde), ins­pec­teur à la Po­lice mu­ni­ci­pale de Quim­per, a du pain sur la planche. « Il tra­vaille entre in­tui­tion et rai­son. Il se trompe des fois, gam­berge, n’est pas un su­per­hé­ros. Il est hu­main quoi », constate le po­li­cier.

▼ Pra­tique

« Le ma­nus­crit de Quim­per », les en­quêtes de Fañch Le Roy, Pa­lé­mon édi­tions. 10 €.

«J’étais of­fi­cier de po­lice et tous les ro­mans po­li­ciers me sor­taient par les yeux».

Treize ans après l’avoir ré­di­gé du­rant ses pauses du mi­di au com­mis­sa­riat de Quim­per, le pre­mier ro­man po­li­cier de Fran­çois Lange, « Le ma­nus­crit de Quim­per », sort dans les li­brai­ries.

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