Jus­tice. Non-lieu re­quis dans l’en­quête sur l’at­ten­tat à l’ori­gine du gé­no­cide au Rwan­da

Le Télégramme - Carhaix - - FRANCE -

Le par­quet ré­clame un non-lieu contre les sept per­sonnes, toutes is­sues du clan de l’ac­tuel Pré­sident Paul Ka­game, mises en exa­men dans l’en­quête sur l’at­ten­tat qui avait dé­clen­ché le gé­no­cide au Rwan­da, en 1994. Il es­time que l’en­quête n’a pu réunir de « charges suf­fi­santes » à leur en­contre, se­lon son ré­qui­si­toire dé­fi­ni­tif da­té du 10 oc­tobre et dont l’Agence France Presse a eu connais­sance. De­puis plus de 20 ans, ce dos­sier em­poi­sonne les re­la­tions entre Pa­ris et Ki­ga­li sur fond de dé­bat sur les res­pon­sa­bi­li­tés fran­çaises à l’époque du gé­no­cide. La dé­ci­sion fi­nale sur la te­nue ou non d’un pro­cès est dé­sor­mais entre les mains des juges d’ins­truc­tion du pôle an­ti­ter­ro­riste.

800 000 morts

Le 6 avril 1994, l’avion de Ju­vé­nal Ha­bya­ri­ma­na, un Hu­tu, alors pré­sident de la ré­pu­blique rwan­daise, avait été abat­tu en phase d’at­ter­ris­sage, à Ki­ga­li, par au moins un mis­sile. Cet at­ten­tat est con­si­dé­ré comme le dé­clen­cheur du gé­no­cide qui fit 800 000 morts se­lon l’Onu, prin­ci­pa­le­ment dans la mi­no­ri­té tut­si.

Qui en sont les au­teurs ? La ques­tion est au coeur de contro­verses his­to­riques et d’une en­quête ju­di­ciaire com­plexe. Pour jus­ti­fier sa po­si­tion, le par­quet sou­ligne des « in­cer­ti­tudes (…) nom­breuses » et « l’ab­sence d’élé­ments ma­té­riel­le­ment in­con­tes­tables », ajou­tant que les charges prin­ciA­près pales s’ap­puient sur­tout sur des té­moi­gnages, no­tam­ment in­di­rects. Au Rwan­da, une com­mis­sion d’en­quête avait im­pu­té, en 2009, la res­pon­sa­bi­li­té de l’at­ten­tat aux ex­tré­mistes hu­tu qui se se­raient ain­si dé­bar­ras­sés d’un Pré­sident ju­gé trop mo­dé­ré.

En France, une in­for­ma­tion ju­di­ciaire avait été ou­verte, en 1998, après la plainte des fa­milles de l’équi­page, com­po­sé de Fran­çais. Le pre­mier juge sai­si, Jean-Louis Bru­guière, avait pri­vi­lé­gié une hy­po­thèse op­po­sée : celle d’un at­ten­tat com­mis par des sol­dats de l’ex-ré­bel­lion tut­si du Front pa­trio­tique rwan­dais (FPR), di­ri­gé par Paul Ka­game, de­ve­nu Pré­sident, en 2000.

Ten­sions di­plo­ma­tiques

Les re­la­tions di­plo­ma­tiques entre les deux pays avaient été rom­pues quand le juge avait émis, en 2006, neuf man­dats d’ar­rêt contre des proches de Ka­game. Elles s’étaient re­nouées, trois ans plus tard, après une pre­mière mise en exa­men en France, sui­vie de six autres, or­ga­ni­sées di­plo­ma­ti­que­ment, en 2010, au Bu­run­di voi­sin.

La thèse du juge Bru­guière avait néan­moins été fra­gi­li­sée, en 2012, par un rap­port d’ex­perts en ba­lis­tique qui s’étaient ren­dus sur place avec les juges ayant re­pris le dos­sier, Marc Tré­vi­dic et Na­tha­lie Poux. Leurs conclu­sions dé­si­gnaient le camp de Ka­nombe, alors aux mains de la garde pré­si­den­tielle d’Ha­bya­ri­ma­na, comme zone de tir pro­bable.

Pho­to AFP

Les per­sonnes mises en exa­men dans ce dos­sier sont des proches du pré­sident du Rwan­da, Paul Ka­game (ci-des­sus).

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