La SNCF s’ar­rache les che­veux

Grande uti­li­sa­trice de gly­pho­sate pour désher­ber ses voies et leurs abords im­mé­diats, la SNCF es­père trou­ver des al­ter­na­tives avant que ce puis­sant her­bi­cide ne soit in­ter­dit en France. À dé­faut, la fac­ture risque d’être très sa­lée.

Le Télégramme - Châteaulin - - LA UNE -

La fin an­non­cée du gly­pho­sate, dans quelques an­nées, donne des sueurs froides à la SNCF qui en uti­lise des di­zaines de tonnes, chaque an­née, pour l’en­tre­tien, ca­pi­tal, des voies. Pour l’heure, au­cune tech­nique al­ter­na­tive n’a don­né sa­tis­fac­tion. Sans l’uti­li­sa­tion de l’her­bi­cide contro­ver­sé, le coût du trai­te­ment pour­rait at­teindre les 500 M€ contre 30 M€ au­jourd’hui.

« On a un stan­dard au­jourd’hui, qui est zé­ro vé­gé­ta­tion sur les voies et sur les pistes », ex­plique Mi­chel Mo­rin, le res­pon­sable des voies fer­rées chez SNCF Ré­seau. C’est un im­pé­ra­tif de sé­cu­ri­té pour la cir­cu­la­tion des trains : la vé­gé­ta­tion pour­rait re­te­nir l’eau et dé­for­mer la pla­te­forme (et donc les rails). En outre, les touffes d’herbe pour­raient gê­ner les rayons la­ser qui vé­ri­fient l’écar­te­ment des voies ou per­tur­ber les tour­nées d’ins­pec­tion des che­mi­nots. Quant aux pistes lon­geant les voies, elles doivent im­pé­ra­ti­ve­ment être dé­ga­gées pour que les agents puissent se dé­pla­cer ra­pi­de­ment et éva­cuer les voya­geurs en cas de pro­blème. Pour oc­cire cette vé­gé­ta­tion in­dé­si­rable, des « trains désher­beurs » passent au prin­temps. Ils as­pergent les voies et les pistes d’une so­lu­tion à base de gly­pho­sate, pro­duit ac­cu­sé de pro­vo­quer des can­cers. La SNCF en uti­lise entre 35 à 38 tonnes par an. « Ce­la re­pré­sente 0,4 % de la consom­ma­tion fran­çaise », re­la­ti­vise Mi­chel Mo­rin. Mais ce­la fait aus­si de la SNCF le pre­mier consom­ma­teur du pays, se­lon une étude de la Fon­da­tionCon­corde.

Que faire si le gly­pho­sate est bien in­ter­dit en France d’ici à 2021, comme l’a an­non­cé l’Exé­cu­tif ? « Pour l’ins­tant, on n’a pas en­core trou­vé la so­lu­tion, donc on fait plein d’ex­pé­ri­men­ta­tions », ré­pond briè­ve­ment le pa­tron de SNCF Ré­seau, Pa­trick Jean­tet.

Il y a ur­gence car, avec les moyens ac­tuel­le­ment à dis­po­si­tion, le coût du trai­te­ment des voies et des pistes sans gly­pho­sate at­tein­drait 500 mil­lions d’eu­ros par an, contre 30 mil­lions au­jourd’hui… Une pers­pec­tive peu en­thou­sias­mante alors que SNCF Ré­seau, dé­jà lour­de­ment en­det­té, manque de moyens pour en­tre­te­nir le ré­seau.

Ro­bots, géo­tex­tiles…

Après avoir lan­cé, l’an der­nier, un « ma­ra­thon de l’in­no­va­tion », l’en­tre­prise teste des her­bi­cides al­ter­na­tifs, en par­ti­cu­lier des pro­duits de bio­con­trôle - des désher­bants na­tu­rels -, qui n’ont pas en­core fait leurs preuves et ne sont pas ho­mo­lo­gués. Idem pour d’autres pro­duits de syn­thèse qui, au fi­nal, pour­raient se ré­vé­ler plus dan­ge­reux que le gly­pho­sate. Un cer­tain nombre de ro­bots ont aus­si été mis à contri­bu­tion, comme Vi­ti­ro­ver, un pe­tit cou­peur d’herbe au­to­nome ve­nu de Saint-Émi­lion, es­sayé sur les pistes qui longent le TGV Nord. Les pre­miers tests sont « pro­met­teurs », juge Mi­chel Mo­rin. Tou­jours pour les pistes, la pose de géo­tex­tiles - des ma­té­riaux syn­thé­tiques - pour­rait aus­si of­frir une so­lu­tion, ajoute-t-il. Sur les voies de ser­vice, le groupe ex­pé­ri­mente des tech­niques d’en­se­men­ce­ment choi­si, en lais­sant dé­li­bé­ré­ment pous­ser des plantes que l’on maî­trise. Une thé­sarde est sur le coup. SNCF Ré­seau en­tend aus­si ex­plo­rer, pour les voies, les ef­fets her­bi­cides du cou­rant élec­trique ou des ondes élec­tro­ma­gné­tiques. Éga­le­ment ceux du ther­mique, dé­jà em­ployé sur une par­tie des 1 000 km de voies (sur un to­tal de 50 000) où l’on doit se pas­ser de pro­duits chi­miques. Des trains, très lents, passent par exemple de la va­peur d’eau pour désher­ber du cô­té de Vit­tel (Vosges). Ce qui est très cher, et fi­na­le­ment peu éco­lo­gique.

« Au­jourd’hui, ça fait deux ans qu’on fait des re­cherches. Mais on est en­core très loin de l’in­dus­tria­li­sa­tion de ces tech­niques al­ter­na­tives », sou­pire Mi­chel Mo­rin. Et, faute d’avoir trou­vé des so­lu­tions ef­fi­caces avant 2021, il fré­mit à l’idée de de­voir « ar­ra­cher des touffes d’herbe à la main ».

▼ L’in­ter­dic­tion du gly­pho­sate dans la loi à nou­veau re­je­tée

L’in­ter­dic­tion de l’her­bi­cide contro­ver­sé d’ici à trois ans ne se­ra pas ins­crite dans la loi. Ain­si en ont dé­ci­dé les dé­pu­tés, sa­me­di ma­tin, au terme d’un long dé­bat en nou­velle lec­ture du pro­jet de loi Agri­cul­ture et ali­men­ta­tion, en re­je­tant l’en­semble des amen­de­ments vi­sant à gra­ver dans le texte l’en­ga­ge­ment pris par le pré­sident, Em­ma­nuel Ma­cron.

Photo AFP

À l’heure ac­tuelle, pour se dé­bar­ras­ser de la vé­gé­ta­tion in­dé­si­rable, des « trains désher­beurs » as­pergent les voies et les pistes, au prin­temps, d’une so­lu­tion à base de gly­pho­sate.

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