Les beaux atours du châ­teau de Ke­ri­voal

Le Télégramme - Châteaulin - - QUIMPER - Thier­ry Char­pen­tier

Fortes du suc­cès de leur lo­to et des ef­forts mé­dia­tiques de Sté­phane Bern, les Jour­nées du pa­tri­moine ont connu un beau dé­mar­rage ce sa­me­di, à Quim­per. Par­mi les mo­nu­ments qui ont at­ti­ré le pu­blic, le châ­teau de Ke­ri­voal, à Ker­feun­teun, qui s’est dé­voi­lé, pour la pre­mière fois, à 252 vi­si­teurs. D’autres lieux res­tent ou­verts di­manche !

Il a don­né son nom à la rue du Châ­teau, à deux pas du ma­noir des Salles, mais, bien en re­trait de la route, il reste mé­con­nu des Quim­pé­rois. Les pro­me­neurs les plus ob­ser­va­teurs par­ve­naient à le de­vi­ner, de­puis la plaine du Mou­lin-Vert, quand les arbres se dé­gar­nissent de leurs feuilles, ou bien des hau­teurs de la Terre Noire. Sa­me­di ma­tin, plus be­soin d’écar­quiller les yeux.

Deux cent cin­quante-deux per­sonnes, qui s’étaient ins­crites sur le site de la Mai­son du pa­tri­moine, ont pu, au bout d’une belle al­lée boi­sée, dé­cou­vrir de près le châ­teau de Ke­ri­voal. Le pro­prié­taire, Jo­sig Hen­riot, en au­to­ri­sait l’ac­cès pour la pre­mière fois. Im­pos­sible d’ac­cé­der à l’in­té­rieur de la de­meure, mais la lec­ture ar­chi­tec­tu­rale de sa fa­çade, ain­si que la ba­lade dans le parc ar­bo­ré de trois hec­tares, va­laient lar­ge­ment le dé­tour.

Éri­gé par un ins­pec­teur des Douanes

An­naïck et Ga­brielle, toutes deux guides de la mai­son du pa­tri­moine, se sont re­layées, en­ri­chis­sant la contem­pla­tion des vi­si­teurs d’un ex­po­sé riche en dé­tails. Le châ­teau de Ke­ri­voal, qui doit son nom à ses deux tou­relles, est en fait une mai­son bour­geoise construite en 1891.

Le pro­prié­taire en était An­toine Mont­luc de la Ri­vière, un ins­pec­teur des douanes quim­pé­rois. Ses ini­tiales ap­pa­raissent d’ailleurs tou­jours, de nos jours, dans un pe­tit car­touche gra­vé sur un bal­con. À no­ter qu’à sa construc­tion, le châ­teau n’a qu’une seule tour. La se­conde ne se­ra éri­gée qu’entre 1920 et 1930.

À no­ter en­core qu’il abri­te­ra, pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale, le poste de com­man­de­ment dé­par­te­men­tal des FFI.

Lo­ge­ment de fonc­tion de la SNCF… puis des frères du Li­kès

Plu­sieurs pro­prié­taires suc­ces­sifs vont faire l’ac­ces­sion de la belle de­meure. Il y au­ra M. Faye, puis M. Oli­vier qui va le trans­for­mer en lo­ge­ment de fonc­tion pour les cadres de la SNCF. Trente per­sonnes y ha­bi­te­ront ain­si de­puis les an­nées 30 jus­qu’aux an­nées 60. Bien lo­ties ! Le dé­cès de M. Oli­vier met­tra fin à ce bel avan­tage en na­ture. Le dé­funt, fort pieux, lé­gue­ra la bâ­tisse, ain­si que le parc de sept hec­tares, aux frères du Li­kès. Il ins­crit deux obli­ga­tions dans son tes­ta­ment : Que soit créé un « es­pace d’édu­ca­tion » qui doit prendre la forme d’une école et d’un ter­rain des sports. Les frères des écoles chré­tiennes s’exé­cu­te­ront, en construi­sant l’école-col­lège Saint-Jean-Bap­tiste de la Salle, et un ter­rain spor­tif à proxi­mi­té pour la sec­tion foot. Quant au châ- teau, les frères s’y ins­tallent et le trans­forment en lieu de re­traite spi­ri­tuelle, et lieu de re­traite tout court. Ils se la cou­le­ront douce jus­qu’en 2001 : le Li­kès re­vend le site. Le Lo­gis Bre­ton l’ac­quiert et fait construire, jus­qu’à l’al­lée de Stang-Vi­han, plu­sieurs lo­tis­se­ments qui em­piètent sur les sept hec­tares du parc.

Un dé­tour par l’île Tris­tan

Jo­sig Hen­riot, an­ti­quaire quim­pé­rois et fils du faïen­cier Jo­seph Hen­riot, en de­vient pro­prié­taire en 2001 et en­tre­prend d’im­por­tants tra­vaux de ré­no­va­tion. Et s’il n’ou­vrait pas, sa­me­di ma­tin, les portes de sa bâ­tisse, il avait tout de même sor­ti des dé­pen­dances une ma­gni­fique Ci­troën Cad­dy B14 da­tant de 1928. Le vé­né­rable vé­hi­cule a une his­toire tout aus­si pi­ca­resque : Il fut ache­té en 1928 par M. Me­cking pour son épouse, qui n’était autre que

la fille du poète Jean Ri­che­pin, pro­prié­taire de l’île Tris­tan, à Douar­ne­nez. Elle passe illi­co son per­mis et condui­ra sa Ci­troën très souvent sur l’île Tris­tan. Le vé­hi­cule se­ra sto­cké, sur cale, dans un ga­rage, à Douar­ne­nez, jus­qu’à ce que Jo­sig Hen­riot la dé­couvre. Il la fait ré­pa­rer, en­tiè­re­ment re­car­ros­ser, et re­peindre cou­leur crème au lieu du rouge d’ori­gine. C’est sa fille Lu­di­vine, fé­rue de mé­ca­nique, qui la conduit dé­sor­mais. Elle la dé­taillait amou­reu­se­ment aux vi­si­teurs, sa­me­di ma­tin : « Elle a un châs­sis bois, ce qui ex­plique qu’elle pèse entre 1,6 et 1,8 tonne. Elle a un mo­teur de 10 CV. Elle al­lait à 120 km/h dans les an­nées 20. Elle ne va plus qu’à 80 au­jourd’hui », pré­cise-t-elle, rap­pe­lant que sa Ci­troën a fait par­tie, pen­dant 20 ans, du tour de Bre­tagne des vé­hi­cules an­ciens. Le pa­tri­moine, c’est aus­si sur roues !

Le châ­teau de Ke­ri­voal, construit en 1891, n’avait ja­mais ou­vert ses portes dans le cadre des Jour­nées du pa­tri­moine.2. Lu­di­vine Hen­riot, fille de l’ac­tuel pro­prié­taire du châ­teau, a pré­sen­té au pu­blic la Ci­troën B 14 que sa fa­mille a fait re­ta­per.3. An­naick, guide la mai­son du pa­tri­moine, a pré­sen­té la bâ­tisse alors qu’elle ne comp­tait qu’une seule tou­relle.

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