Le sui­cide mis en échec

Un an après le lan­ce­ment du dis­po­si­tif, 18 en­tre­pre­neurs en dif­fi­cul­té ont bé­né­fi­cié d’un sui­vi psy­cho­lo­gique ini­tié par les sen­ti­nelles de l’Ape­sa. Une ac­tion de pré­ven­tion du sui­cide à la re­cherche d’un fi­nan­ce­ment.

Le Télégramme - Concarneau - - CORNOUAILLE - Jean Le Borgne

Pas un seul sui­cide à dé­nom­brer par­mi les en­tre­pre­neurs concer­nés, l’an pas­sé, par les pro­cé­dures col­lec­tives. « Ce n’était pas le cas les an­nées pré­cé­dentes », sou­ligne Pa­trick Dieu­me­gard. Le pré­sident du tri­bu­nal de com­merce de Quim­per tire un pre­mier bi­lan lar­ge­ment po­si­tif de la pre­mière an­née d’ac­tion du dis­po­si­tif, mis en place avec le sou­tien de l’as­so­cia­tion d’aide psy­cho­lo­gique pour les en­tre­pre­neurs en souf­france ai­guë (Ape­sa).

En un an, les sen­ti­nelles de l’as­so­cia­tion ont dé­tec­té 26 si­tua­tions sus­cep­tibles de né­ces­si­ter un ac­com­pa­gne­ment psy­cho­lo­gique, dans le cadre de pro­cé­dures de re­dres­se­ment ou de li­qui­da­tion ju­di­ciaire. « Sur les vingt en­tre­pre­neurs di­ri­gés vers la cel­lule d’écoute, 18 ont été trai­tés par un psy­cho­logue et deux ont fait ap­pel à une res­source per­son­nelle », pré­cise Be­noît Ba­taille, le juge consu­laire pré­sident de l’Ape­sa pour le res­sort du tri­bu­nal de Quim­per.

Mo­bi­li­sa­tion

Un nombre de sui­vis au­quel la ju­ri­dic­tion ne s’at­ten­dait pas. « Ce­la re­pré­sente entre 10 et 11 % des pro­cé­dures », éclaire le pré­sident du tri­bu­nal de com­merce. Un taux éle­vé par rap­port à la moyenne na­tio­nale, mais qui reste com­pa­rable aux ré­sul­tats en­re­gis­trés à Vannes et Lo­rient. Be­noît Ba­taille et Pa­trick Dieu­me­gard ex­pliquent la si­tua­tion par la mo­bi­li­sa­tion de l’en­semble de la chaîne ju­di­ciaire. À com­men­cer par les man­da­taires à l’ori­gine de la plu­part des dé­tec­tions. En no­vembre 2017, du greffe aux juges - y com­pris du cô­té du tri­bu­nal de grande ins­tance char­gé d’une par­tie des pro­cé­dures col­lec­tives - en pas­sant par les man­da­taires, une tren­taine d’in­ter­ve­nants avaient ac­cep­té d’être for­més par l’Ape­sa France. De­puis, tous sont en me­sure de re­layer une si­tua­tion de dé­tresse avec l’ac­cord du chef d’en­tre­prise concer­né. La prise en charge, via une plate-forme na­tio­nale com­po­sée de psy­cho­logues, puis par un des quinze psy­cho­logues ré­par­tis sur le ter­ri­toire du res­sort, se fait en­suite dans le cadre d’un ano­ny­mat ab­so­lu.

Le fi­nan­ce­ment en ques­tion

Au-de­là de l’ab­sence de sui­cide, le pre­mier re­tour d’ex­pé­rience dé­montre qu’il suf­fit sou­vent d’un peu d’écoute pour désa­mor­cer une si­tua­tion de souf­france. « Les psy­cho­logues n’ont pas l’ha­bi­tude de voir des chefs d’en­tre­prise parce que ce sont des bat­tants qui ont le po­ten­tiel de se re­mettre sur pied ra­pi­de­ment, constate le pré­sident du tri­bu­nal de com­merce. Mais ils ont par­fois be­soin d’une « ré­ani­ma­tion psy­cho­lo­gique » ».

En dé­pit de la dé­mons­tra­tion faite de l’uti­li­té du dis­po­si­tif an­ti-sui­cide, l’as­so­cia­tion doit pour­tant en­core convaincre les en­tre­prises. Sa pé­ren­ni­sa­tion passe par son fi­nan­ce­ment. Pour l’heure, la pro­messe d’une ré­duc­tion fis­cale de 60 % ne semble pas suf­fire, même si Jean-Fran­çois Gar­rec, le pré­sident de la chambre de com­merce et d’in­dus­trie, a ob­te­nu le concours du groupe de pro­tec­tion so­ciale Ag2rLa Mon­diale. La CCI y par­ti­ci­pe­ra éga­le­ment. « Il fau­drait que les en­tre­prises mettent la main à la poche », lance tou­te­fois Be­noît Ba­taille. Une né­ces­si­té dans le contexte de ce dé­but d’an­née qui s’an­nonce dif­fi­cile pour les pe­tites en­tre­prises, no­tam­ment com­mer­ciales.

Be­noît Ba­taille et Pa­trick Dieu­me­gard tirent un bi­lan po­si­tif de la pre­mière an­née du dis­po­si­tif an­ti-sui­cide.

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