GRAND DÉ­BAT : MA­CRON S’ADRESSE AUX FRAN­ÇAIS

Le Télégramme - Dinan - Dinard - Saint-Malo - - LA UNE - Hu­bert Cou­du­rier @Hu­bertCou­du­rier

Afin de convaincre le plus grand nombre de ci­toyens de par­ti­ci­per au grand dé­bat na­tio­nal qui dé­bute mar­di, Em­ma­nuel Ma­cron a pu­blié sa lettre aux Fran­çais. Il y pré­cise que ce ren­dez-vous s’ar­ti­cu­le­ra au­tour de 35 ques­tions, sur quatre grands thèmes : la fis­ca­li­té, la dé­mo­cra­tie, l’éco­lo­gie et l’im­mi­gra­tion.

En pré­lude au grand dé­bat na­tio­nal qui s’ouvre mar­di, Em­ma­nuel Ma­cron adresse sa « lettre aux Fran­çais ». Nous pu­blions quelques ex­traits de cette mis­sive des­ti­née à convaincre les Fran­çais de par­ti­ci­per à ce dé­bat qui se dé­rou­le­ra jus­qu’au 15 mars.

La lettre d’Em­ma­nuel Ma­cron aux Fran­çais in­ter­vient dans un contexte où le mou­ve­ment des gi­lets jaunes semble s’en­ra­ci­ner dans une op­po­si­tion ir­ré­duc­tible qui rend la sor­tie de crise pro­blé­ma­tique. Très ou­verte sur le fond et la forme, elle n’élude au­cune des ques­tions au­jourd’hui po­sées à la so­cié­té fran­çaise par un mou­ve­ment qui, après avoir sus­ci­té la com­pas­sion, in­quiète par son re­jet vis­cé­ral des règles dé­mo­cra­tiques. À cet égard, le pays ne sor­ti­ra pas in­demne des so­lu­tions ap­por­tées à cette ré­volte lar­ge­ment am­pli­fiée par les ré­seaux so­ciaux. Tout d’abord, le Pré­sident ré­itère sa ferme condam­na­tion de la vio­lence, sous toutes ses formes, et no­tam­ment à l’égard de la presse. La gé­né­ra­li­sa­tion de ces agres­sions qui, de­puis quelques se­maines, visent des élus qui in­carnent la dé­mo­cra­tie re­pré­sen­ta­tive et des jour­na­listes qui ont cou­vert ce mou­ve­ment au-de­là de ce qu’il re­pré­sente vrai­ment, est en ef­fet stu­pé­fiante. Même aux États-Unis, où la presse est ré­gu­liè­re­ment conspuée dans les mee­tings de Trump, de tels actes condam­nables n’ont pas été consta­tés. Em­ma­nuel Ma­cron dresse en­suite une sé­rie de ques­tions sur la ma­nière dont nos ins­ti­tu­tions pour­raient évo­luer, en y in­té­grant une cer­taine dose de pro­por­tion­nelle et de dé­mo­cra­tie di­recte à tra­vers une pra­tique ac­crue des ré­fé­ren­dums. Au­tant dire qu’il prend soin de ne pas ver­rouiller ce dé­bat, qui en laisse beau­coup scep­tiques, avant qu’il ait lieu. Mais n’ou­blions pas que cette si­tua­tion qui fait que le mou­ve­ment part dans toutes les di­rec­tions, est d’abord le pro­duit d’une ré­volte an­ti­fis­cale, consé­quence d’une so­cia­li­sa­tion de la so­cié­té de­puis plu­sieurs dé­cen­nies qui at­teint ses li­mites. C’est contre la per­ver­si­té d’un sys­tème que se ré­voltent ceux qui ont du mal à vivre dé­cem­ment de leur tra­vail et n’en peuvent plus de l’as­sis­tance gé­né­ra­li­sée.

Dans ce contexte, ré­duire le gas­pillage des dé­penses pu­bliques de­vient un im­pé­ra­tif pour Em­ma­nuel Ma­cron, or ce ne fut ja­mais sa prio­ri­té. S’il n’en­tend pas dé­tri­co­ter ce qu’il a réa­li­sé de­puis son élec­tion, comme le dit clai­re­ment la lettre, en ré­ta­blis­sant, par exemple, l’ISF comme le veulent les ma­ni­fes­tants, le Pré­sident tend la perche aux Fran­çais comme pour leur dire : ai­dez-moi à gou­ver­ner. On est pas­sé de la dé­mo­cra­tie ver­ti­cale à l’ho­ri­zon­tale.

« Fier­téd’être­fran­çais »

« Com­ment ne pas éprou­ver la fier­té d’être Fran­çais ? écrit le pré­sident de la Ré­pu­blique. Je sais, bien sûr, que cer­tains d’entre nous sont au­jourd’hui in­sa­tis­faits ou en co­lère. Parce que les im­pôts sont pour eux trop éle­vés, les ser­vices pu­blics trop éloi­gnés, parce que les sa­laires sont trop faibles pour que cer­tains puissent vivre di­gne­ment du fruit de leur tra­vail, parce que notre pays n’offre pas les mêmes chances de réus­sir se­lon le lieu ou la fa­mille d’où l’on vient (…). En France, mais aus­si en Eu­rope et dans le monde, non seule­ment une grande in­quié­tude, mais aus­si un grand trouble ont ga­gné les es­prits. Il nous faut y ré­pondre par des idées claires. Mais il y a pour ce­la une condi­tion : n’ac­cep­ter au­cune forme de vio­lence ».

Le dé­bat

« Afin que les es­pé­rances do­minent les peurs, pour­suit le chef de l’État, il est né­ces­saire et lé­gi­time que nous nous re­po­sions en­semble les grandes ques­tions de notre ave­nir. C’est pour­quoi, j’ai pro­po­sé et je lance au­jourd’hui un grand dé­bat na­tio­nal. De­puis quelques se­maines, de nom­breux maires ont ou­vert leurs mai­ries pour que vous puis­siez y ex­pri­mer vos at­tentes. J’ai eu de nom­breux re­tours que j’ai pu prendre en compte. Nous al­lons dé­sor­mais en­trer dans une phase plus ample et vous pour­rez par­ti­ci­per à des dé­bats près de chez vous ou vous ex­pri­mer sur in­ter­net pour faire va­loir vos pro­po­si­tions et vos idées. Quatre thèmes se­ront abor­dés lors de ce dé­bat : la fis­ca­li­té et les dé­penses pu­bliques, l’or­ga­ni­sa­tion de l’État et des ser­vices pu­blics, la tran­si­tion éco­lo­gique, la dé­mo­cra­tie et la­ci­toyen­ne­té ».

La fis­ca­li­té et la dé­pense pu­blique

« L’im­pôt, lors­qu’il est trop éle­vé, prive notre éco­no­mie des res­sources qui pour­raient uti­le­ment s’in­ves­tir dans les en­tre­prises, créant ain­si de l’em­ploi et de la crois­sance, ana­lyse Em­ma­nuel Ma­cron. Et il prive les tra­vailleurs du fruit de leurs ef­forts. Nous ne re­vien­drons pas sur les me­sures que nous avons prises pour cor­ri­ger ce­la afin d’en­cou­ra­ger l’in­ves­tis­se­ment et faire que le tra­vail paie da­van­tage. Elles viennent d’être vo­tées et com­mencent à peine à li­vrer leurs ef­fets. Le Par­le­ment les éva­lue­ra de ma­nière trans­pa­rente et avec le re­cul in­dis­pen­sable. Nous de­vons en re­vanche nous in­ter­ro­ger pour al­ler plus loin ».

« Com­ment pour­rait-on rendre notre fis­ca­li­té plus juste et plus ef­fi­cace ? Quels im­pôts faut-il à vos yeux bais­ser en prio­ri­té ? Nous ne pou­vons, quoi qu’il en soit, pour­suivre les baisses d’im­pôt sans bais­ser le ni­veau glo­bal de notre dé­pense pu­blique. Quelles sont les éco­no­mies qui vous semblent prio­ri­taires à faire ? Faut-il sup­pri­mer cer­tains ser­vices pu­blics qui se­raient dé­pas­sés ou trop chers par rap­port à leur uti­li­té ? À l’in­verse, voyez-vous des be­soins nou­veaux de ser­vices pu­blics et com­ment les­fi­nan­cer ? ».

L’État et les col­lec­ti­vi­tés.

Se­lon le pré­sident de la Ré­pu­blique, « les ser­vices pu­blics ont un coût, mais ils sont vi­taux : école, po­lice, ar­mée, hô­pi­taux, tri­bu­naux sont in­dis­pen­sables à notre co­hé­sion so­ciale. Y a-t-il trop d’éche­lons ad­mi­nis­tra­tifs ou de ni­veaux de col­lec­ti­vi­tés lo­cales ? Faut-il ren­for­cer la dé­cen­tra­li­sa­tion et don­ner plus de pou­voir de dé­ci­sion et d’ac­tion au plus près des ci­toyens ? À quels ni­veaux et pour quels­ser­vices ? »

« Com­ment vou­driez-vous que l’État soit or­ga­ni­sé et com­ment peut-il amé­lio­rer son ac­tion ? Faut-il re­voir le fonc­tion­ne­ment de l’ad­mi­nis­tra­tion et com­ment ? Com­ment l’État et les col­lec­ti­vi­tés lo­cales peuvent-ils s’amé­lio­rer pour mieux ré­pondre aux dé­fis de nos ter­ri­toires les plus en dif­fi­cul­té et que­pro­po­sez-vous ? »

La tran­si­tion éco­lo­gique

« Je me suis en­ga­gé sur des ob­jec­tifs de pré­ser­va­tion de la bio­di­ver­si­té et de lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et la pol­lu­tion de l’air, pré­vient Em­ma­nuel Ma­cron. Au­jourd’hui, per­sonne ne conteste l’im­pé­rieuse né­ces­si­té d’agir vite. Plus nous tar­dons à nous re­mettre en cause, plus ces trans­for­ma­tions se­ront dou­lou­reuses. Faire la tran­si­tion éco­lo­gique per­met de ré­duire les dé­penses contraintes des mé­nages en car­bu­rant, en chauf­fage, en ges­tion des dé­chets et en trans­ports. Mais pour réus­sir cette tran­si­tion, il faut in­ves­tir mas­si­ve­ment et ac­com­pa­gner nos conci­toyens les plus mo­destes ».

La dé­mo­cra­tie ci­toyenne

« Il est évident que la pé­riode que notre pays tra­verse montre qu’il nous faut re­don­ner plus de force à la dé­mo­cra­tie et la ci­toyen­ne­té, in­dique le chef de l’État. Être ci­toyen, c’est contri­buer à dé­ci­der de l’ave­nir du pays par l’élec­tion de re­pré­sen­tants à l’éche­lon lo­cal, na­tio­nal ou eu­ro­péen. Ce sys­tème de re­pré­sen­ta­tion est le socle de notre Ré­pu­blique, mais il doit être amé­lio­ré car beau­coup ne se sentent pas re­pré­sen­tés à l’is­sue des élec­tions (…). Faut-il ac­croître le re­cours aux ré­fé­ren­dums et qui doit en avoir l’ini­tia­tive ? »

« Je sais, bien sûr, que cer­tains d’entre nous sont au­jourd’hui in­sa­tis­faits ou en co­lère »

« Notre pays a tou­jours su ac­cueillir ceux qui ont fui les guerres »

L’im­mi­gra­tion

« Notre pays a tou­jours su ac­cueillir ceux qui ont fui les guerres, les per­sé­cu­tions et ont cher­ché re­fuge sur notre sol : c’est le de­voir de l’asile, qui ne sau­rait être re­mis en cause, pré­vient le Pré­sident. Notre com­mu­nau­té na­tio­nale s’est aus­si tou­jours ou­verte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la re­cherche d’un ave­nir meilleur : c’est comme ce­la qu’elle s’est aus­si construite. Or, cette tra­di­tion est au­jourd’hui bous­cu­lée par des ten­sions et des doutes liés à l’im­mi­gra­tion et aux dé­faillances de notre sys­tème d’in­té­gra­tion ».

La laï­ci­té

Pour Em­ma­nuel Ma­cron, « la ques­tion de la laï­ci­té est tou­jours en France su­jet d’im­por­tants dé­bats. La laï­ci­té est la va­leur pri­mor­diale pour que puissent vivre en­semble, en bonne in­tel­li­gence et har­mo­nie, des convic­tions dif­fé­rentes, re­li­gieuses ou phi­lo­so­phiques. Elle est sy­no­nyme de li­ber­té parce qu’elle per­met à cha­cun de vivre se­lon ses choix. Com­ment ren­for­cer les prin­cipes de la laï­ci­té fran­çaise, dans le rap­port entre l’État et les re­li­gions de notre pays ? Com­ment ga­ran­tir le res­pect par tous de la com­pré­hen­sion ré­ci­proque et des va­leurs in­tan­gibles de la Ré­pu­blique ? »

L’in­té­gra­li­té de la lettre sur le­te­le­gramme.fr

Pho­to Étienne Laurent/EPA

Em­ma­nuel Ma­cron le 8 no­vembre der­nier à l’usine Re­nault de Mau­beuge.

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