Elon Musk. Mil­liar­daire hy­per­ac­tif

L’Amé­ri­cain Elon Musk, l’un des en­tre­pre­neurs les plus connus de la pla­nète, dé­borde d’idées. Toutes ne sont pas cou­ron­nées de suc­cès mais tendent vers le même ob­jec­tif : sau­ver le monde. Dé­faillance du Soyouz : une op­por­tu­ni­té pour Spa­ceX ?

Le Télégramme - Guingamp - - Monde - Loïc Pialat

La presse russe s’in­quié­tait, ven­dre­di, des consé­quences de la des­truc­tion en vol, après son dé­col­lage, d’une fu­sée Soyouz qui de­vait trans­por­ter deux spa­tio­nautes vers la Sta­tion spa­tiale in­ter­na­tio­nale. Cet in­ci­dent n’a pas fait de vic­time mais il équi­vaut, pour cer­tains, à un « crash de l’in­dus­trie spa­tiale » du pays.

Cet échec « an­nule les pe­tites réus­sites dans la ré­duc­tion des ac­ci­dents de lan­ce­ments spa­tiaux » de l’in­dus­trie russe, ces der­nières an­nées, es­time ain­si le quo­ti­dien proche des mi­lieux d’af­faires, Ve­do­mos­ti, qua­li­fiant la dé­faillance de jeu­di de « par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible ». « L’image de l’in­dus­trie a su­bi un dom­mage im­por­tant », re­lève le jour­nal, qui titre « l’ef­fon­dre­ment du Soyouz ». « L’in­dus­trie spa­tiale s’est ef­fon­drée en deux mi­nutes », re­grette éga­le­ment le jour­nal Ne­za­vis­si­maïa Ga­ze­ta, rap­pe­lant que le sec­teur a su­bi d’im­por­tants bou­le­ver­se­ments, ces cinq der­nières an­nées, avec no­tam­ment une sé­rie d’af­faires pé­nales ou­vertes à l’été 2018 et des dé­mis­sions avec fra­cas de cos­mo­nautes.

Le jour­nal éco­no­mique RBK voit dans cet échec une op­por­tu­ni­té pour Elon Musk et sa com­pa­gnie Spa­ceX, qui es­père, un jour, concur­ren­cer les fu­sées Soyouz, au­jourd’hui seules en me­sure d’ame­ner les spa­tio­nautes vers l’ISS et de les ra­me­ner sur Terre.

Le quo­ti­dien pro-Krem­lin Iz­ves­tia sou­ligne, de son cô­té, le suc­cès du sys­tème de sau­ve­tage de la fu­sée Soyouz, qui a per­mis au Russe Alexeï Ovt­chi­nine et à l’Amé­ri­cain Nick Hague de s’en ti­rer sans dom­mages après l’ac­ci­dent de leur fu­sée. Jeu­di, la fu­sée Soyouz qui de­vait em­me­ner les deux hommes vers l’ISS a été vic­time d’une dé­faillance mo­teur après son dé­col­lage. La cap­sule dans la­quelle ils avaient pris place a alors été éjec­tée, avant d’en­ta­mer un bru­tal re­tour sur Terre, où elle s’est po­sée. En at­ten­dant les ré­sul­tats de l’en­quête, qui de­vraient être connus le 20 oc­tobre, et l’iden­ti­fi­ca­tion des causes de l’ac­ci­dent, tous les lan­ce­ments de vols pi­lo­tés ont été sus­pen­dus. De notre cor­res­pon­dant aux États-Unis. Ses jours pa­raissent plus longs que les nôtres. Mil­liar­daire hy­per­ac­tif, Elon Musk a pris le re­lais de Steve Jobs dans le rôle d’in­ven­teur de notre ave­nir. Moins dis­cret que Jeff Be­zos, d’Ama­zon, plus sym­pa­thique que Mark Zu­cker­berg, de Fa­ce­book, son style dé­con­trac­té a ins­pi­ré l’ac­teur Ro­bert Dow­ney Jr dans « Iron Man ». Gé­nie hy­per­sen­sible pour ses (nom­breux) fans, ven­deur d’illu­sions pour ses dé­trac­teurs, Musk, 47 ans, s’est as­su­ré que ses bio­gra­phies aient de la ma­tière.

À douze ans, dans son Afrique du Sud na­tale, il crée un jeu vi­déo, « Blas­tar », re­ven­du pour 500 dol­lars. Tel Shel­don Coo­per, le pé­nible sur­doué de la sé­rie « The Big Bang Theo­ry » (dans la­quelle il a fait une ap­pa­ri­tion sur­prise), il a ten­dance à cor­ri­ger les er­reurs de ses ca­ma­rades. Ce qui vaut à ce rat de bi­blio­thèque (« J’ai été éle­vé par les livres. D’abord les livres, en­suite mes pa­rents », dit-il) quelques pas­sages à ta­bac. « Je n’étais pas vrai­ment un so­li­taire… En tout cas, pas vo­lon­tai­re­ment », confie-til, avec l’hu­mour froid qui le ca­rac­té­rise.

« Être à l’avant-garde du pro­grès »

Il quitte Pre­to­ria et un père in­gé­nieur - avec qui il est brouillé - juste avant sa ma­jo­ri­té. Di­rec­tion le Ca­na­da, d’où sa mère, man­ne­quin/nu­tri­tion­niste est ori­gi­naire. « À chaque fois que je li­sais quelque chose de co­ol sur la tech­no­lo­gie, ça se pas­sait aux ÉtatsU­nis. Alors je vou­lais être là où se trou­vait l’avant­garde du pro­grès », ex­plique-t-il. L’étu­diant fi­nance son cur­sus de phy­sique et de bu­si­ness avec des pe­tits bou­lots. Ac­cep­té par la pres­ti­gieuse uni­ver­si­té de Stan­ford pour un doc­to­rat, en 1995, il re­nonce après quelques jours pour lan­cer Zip2 (une start-up qui vou­lait ai­der les mé­dias à se dé­ve­lop­per sur le web), avec son frère. La lé­gende dit que l’in­gé­nieur dor­mait dans les bu­reaux et se dou­chait dans une YMCA voi­sine. Ha­bi­tude re­prise, vingt ans plus tard, quand il a pas­sé des nuits à l’usine de Tes­la pour su­per­vi­ser une pro­duc­tion à la traîne.

Com­paq ra­chète Zip2 pour 300 mil­lions de dol­lars (260 mil­lions d’eu­ros) quatre ans plus tard. Musk ré­in­ves­tit sa part (22 mil­lions) dans X. com, une banque en ligne qui de­vien­dra Pay­Pal. En 2002, nou­veau jack­pot : eBay dé­bourse 1,5 mil­liard de dol­lars pour la start-up. Le Sud-Afri­cain na­tu­ra­li­sé ca­na­dien puis amé­ri­cain en ré­cu­père plus de 160 mil­lions. Com­mence alors sa deuxième vie d’en­tre­pre­neur dis­po­sé à sau­ver la pla­nète.

Pas un naïf

Les Russes ne veulent pas lui vendre de fu­sée à un prix dé­cent ? Dans l’avion du re­tour, il pia­note fré­né­ti­que­ment sur son PC et dé­clare à ses col­la­bo­ra­teurs de Spa­ceX : « J’ai fait le cal­cul. Je pense qu’on peut fa­bri­quer notre propre fu­sée », ra­conte Ash­lee Vance, dans « Elon Musk, l’en­tre­pre­neur qui va chan­ger le monde ». Fal­con 1 (ré­fé­rence à « La Guerre des Étoiles ») met six ans à dé­col­ler. L’en­tre­prise frôle la faillite. Mais au­jourd’hui, Spa­ceX, l’une des rares so­cié­tés pri­vées ca­pables de dé­pas­ser notre at­mo­sphère, vise Mars. Dans le bu­reau de Musk, à Los An­geles, une ci­ta­tion an­nonce : « Si vous voyez une étoile fi­lante, vos rêves peuvent de­ve­nir réa­li­té. Sauf si c’est une mé­téo­rite qui va dé­truire toute vie sur Terre ». L’homme n’est donc pas un naïf. Il sait juste qu’il faut es­sayer pour réus­sir. Même phi­lo­so­phie avec Tes­la, qui a fait de la voi­ture élec­trique une réa­li­té. « On m’a dit que c’était im­pos­sible et que j’étais un men­teur », rap­pelle-t-il, dans le ma­ga­zine Rol­ling Stone, avant de s’aga­cer : « Mais la voi­ture existe et on peut la conduire. Ce n’est pas une li­corne ! ».

« J’ai fait le cal­cul. Je pense qu’on peut fa­bri­quer notre propre fu­sée. »

Elon Musk, à ses col­la­bo­ra­teurs de Spa­ceX, après que les Russes ont re­fu­sé de lui vendre une fu­sée.

Un cer­veau qui frôle la sur­chauffe

So­larCi­ty (so­laire), The Bo­ring Com­pa­ny (tun­nel pour évi­ter les em­bou­teillages), Neu­ra­link (puces élec­tro­niques in­té­grées au cer­veau), Hy­per­loop (un train su­per­so­nique), Open AI (ins­ti­tut de ré­flexion sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle)… Son cer­veau four­mille d’idées pour rendre le monde meilleur. Et frôle la sur­chauffe. Il a avoué cet été, au New York Times, prendre de l’am­bien, un som­ni­fère puis­sant. Ses in­ves­tis­seurs l’ont aus­si vu fu­mer de la ma­ri­jua­na de­vant les ca­mé­ras et mul­ti­plier les tweets pro­vo­ca­teurs. Au co­mé­dien Joe Ro­gan qui lui de­mande d’où vient son éner­gie, le mil­liar­daire ré­torque : « Je suis un ex­tra­ter­restre ». Mais il est bien hu­main et son ac­ti­vi­té dé­bor­dante pèse sur sa vie pri­vée. « Les mêmes qua­li­tés à l’ori­gine de son suc­cès dictent la vie que vous me­nez avec lui. Il n’y a pas de juste mi­lieu. Il n’a pas le temps de le trou­ver », a ré­su­mé, à Ma­rie Claire, Jus­tine Wil­son, sa pre­mière ex-épouse et la mère de ses cinq gar­çons (des tri­plés et des ju­meaux). Elon Musk ne fait rien comme les autres.

Pho­to AFP

En vingt ans, Elon Musk a im­po­sé son per­son­nage d’en­tre­pre­neur fan­tasque pour qui, se­lon l’ex­pres­sion consa­crée, « le ciel est la li­mite ». En­core que, dans le cas du fon­da­teur de la so­cié­té Spa­ceX, ce ne soit même pas vrai­ment le cas…

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