Pa­tri­moine. Saint-Ma­lo, rue cor­saire

Le Télégramme - Landerneau - Lesneven - - DÉBATS - Ste­ven Le Roy

Les Jour­nées du pa­tri­moine pré­sentent cette fa­cul­té de mê­ler l’at­ten­du, comme les mu­sées et lieux re­con­nus, et l’in­at­ten­du comme quelques lieux exo­tiques qui échappent à la lo­gique. La rue de Saint-Ma­lo jouit de cette double ré­pu­ta­tion en mé­lan­geant l’his­toire au plai­sir d’être en­semble.

1. 2. La rue de Saint-Ma­lo s’est ani­mée, le temps des Jour­nées du pa­tri­moine, avec ses vi­si­teurs et ses concerts.

3. Mi­reille Cann, fon­da­trice de l’as­so­cia­tion « Vivre la rue ».

Le so­leil inonde la pe­tite rue blot­tie quelques mètres sous des es­ca­liers tou­jours aus­si raides. Il est 16 h et les gens ar­rivent dou­ce­ment, au coup d’en­voi des fes­ti­vi­tés ima­gi­nées par la rue pour ces Jour­nées du pa­tri­moine. Très dou­ce­ment. Il n’y a pas en­core la foule mais dé­jà l’am­biance se pose çà et là, où des groupes boivent un ca­fé sous les belles pierres et où au fond, sur la scène éter­nelle, les pre­mières notes de mu­sique s’évadent de la gui­tare d’Ar­naud Le Gouëf­flec. C’est à lui, et son pote John Trap, que re­vient l’hon­neur d’ou­vrir cette fête ico­no­claste. À lui pour res­ti­tuer les ate­liers qu’il mène au point Ker­ros toute l’an­née et chan­ter les chan­sons que d’autres ont écrites.

Comme un autre Ar­naud qui s’est fen­du d’un « smart­phone blues » convain­cant.

Un lieu fou­traque

Ici et là en­core, les portes des mai­sons sont ouvertes pour une bouf­fée d’his­toire ou une gor­gée de dé­tente. Dans ce pe­tit monde, qui s’étoffe au fil des mi­nutes, Mi­reille Cann s’af­faire. « De­puis plus de 20 ans, on fait les Jour­nées du pa­tri­moine », pré­cise l’égé­rie de cette rue qu’elle qua­li­fie elle-même de fou­traque. De­puis le dé­but, en vé­ri­té, de son com­bat pour que les en­gins ne viennent pas en­glou­tir ce qu’il reste du Brest d’avant et faire per­du­rer ce pe­tit tron­çon au charme sans pa­reil. Cann le sait mieux que per­sonne, la rue de Saint-Ma­lo est de­ve­nue un lieu de pro­me­nade « pour les Bres­tois qui re­çoivent des gens qui ne sont pas d’ici ». Cet été, « chaque jour, entre 800 et 1 000 per­sonnes » ont bat­tu le pa­vé. Mi­reille Cann leur a par­lé de la rue, de la pri­son des femmes, de tout. De cette pa­sio­na­ria d’an­tan qui avait un jour écrit lors de sa dé­ten­tion « ici, ça va être le car­na­val ». C’est avec la même en­vie qu’elle se dé­mène en ce jour pa­tri­mo­nial. Pour ac­cueillir, gui­der et par­ler un peu.

Le se­cours des ar­tistes

Plus loin, le pu­blic se den­si­fie au­tour de la scène. Sam­my est ve­nu faire le boeuf et un peu plus tard, « Band of bitches ». Des ar­tistes qui viennent pour rien parce qu’ils savent que ce bel équi­libre reste fra­gile. « Les Beaux Di­manches ont moins mar­ché cette an­née », avoue sans peine Mi­reille Cann, rap­pe­lant deux jours de pluie drue. Alors, John Trap, Le Gouëf­flec et Po­lard, de même que Sam­my et les autres, ont vo­lé à la res­cousse de ce qui doit être dé­fen­du. « L’am­bi­tion de cette rue a tou­jours été d’ac­cueillir des ate­liers d’ar­tistes et de l’ou­vrir au plus grand nombre » sous les yeux des veilleurs de bien-être qui re­gardent si per­sonne ne prend trop de risques. Et c’est pour ça qu’ils jouent au mi­lieu de ce pa­tri­moine en mou­veMi­reille

ment, pas plus long que quelques cen­taines de mètres mais qui montre à lui seul les in­croyables pos­si­bi­li­tés dont dis­posent quelques vieilles mai­sons, agen­cées avec goût et une cer­taine ri­gueur. Et qui sont de­ve­nues au­jourd’hui l’un des lieux bres­tois les plus em­blé­ma­tiques, ca­ché der­rière quelques murs et quelques mètres en des­sous du Brest re­cons­truit.

R Pratique

« La rue de Saint-Ma­lo » pour­suit la fête ce di­manche, dès 15 h, avec du théâtre, de la chan­son et un film.

À 18 h, concert exceptionnel de TrapLe Gouëf­flec-Po­lard.Gra­tuit.

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