Mi­chel Blanc. « Le suc­cès ? Jen’y peux rien ! »

Le Télégramme - Landerneau - Lesneven - - CULTURES - Pro­pos re­cueillis par Jean Luc Wach­thau­sen

Seize ans après

« Em­bras­sez qui vous vou­drez », Mi­chel Blanc re­prend les mêmes ac­teurs - Char­lotte Ram­pling, Jacques Du­tronc, Ka­rine Viard et Ca­role Bou­quet -, leur colle des nou­veaux Jean-Paul Rouve, William Leb­ghil - et nous sert

« Voyez comme on danse ». Une co­mé­die fé­roce et drôle sur le couple, les bour­geois, l’adul­tère, la dèche et la dé­brouille. Ren­contre avec l’ac­teur et réa­li­sa­teur de 66 ans.

> Dans « Voyez comme on danse », on dé­couvre des hommes dé­pas­sés et des femmes qui mènent la danse. Au­tour d’eux, tout craque. C’est si grave ?

Non. Vous sa­vez, j’écris à l’ins­tinct et je me pré­oc­cupe sur­tout de l’évo­lu­tion des per­son­nages que j’aime bien. Le conflit est né­ces­saire à l’in­trigue. Les hommes et les femmes sont à la fois op­po­sés et com­plé­men­taires, comme deux ai­mants. S’ils étaient pa­reils, l’homme et la femme ne pour­raient pas s’en­ri­chir mu­tuel­le­ment. Dans mon film, les femmes ne veulent pas prendre le pou­voir mais elles sont obli­gées de re­mettre un peu d’ordre. Elles ont une force et un équi­libre que les hommes n’ont pas.

> On sent même une cer­taine af­fec­tion, une forme de so­li­da­ri­té entre elles, no­tam­ment entre Éli­za­beth/ Char­lotte Ram­pling et Vé­ro/ Ka­rine Viard…

Elles ne sont pas du même monde mais res­sentent une vraie ten­dresse l’une pour l’autre. Éli­za­beth fait par­tie par nais­sance de la bonne so­cié­té an­glaise avec des prin­cipes. L’op­po­sé de Vé­ro qui se dé­bat dans les em­merdes. À la fin, la pre­mière lui dit quelque chose de très tou­chant : « Le pro­blème chez toi, c’est que tout part d’un bon sen­ti­ment ; moi c’est l’in­verse. Le ré­sul­tat est le même : on est deux ca­tas­trophes ».

> La co­mé­die, genre dif­fi­cile, de­meure-t-elle votre ter­rain de pré­di­lec­tion ?

La co­mé­die n’est pas un genre mi­neur ou ma­jeur. Il n’y a que deux types de films : les bons ou les mau­vais. J’aime la co­mé­die parce que j’aime que les choses aient du rythme, que ça swingue. Il y faut du tem­po, des dia­logues vifs, un mon­tage ser­ré, sans gras, et des ac­teurs de haut ni­veau (je ne vais pas tous les ci­ter) qui savent le faire avec un texte ap­pro­prié.

> Pour­quoi êtes-vous re­tour­né à la réa­li­sa­tion seize ans après « Em­bras­sez qui

vous vou­drez » ?

L’en­vie sû­re­ment. J’avais très en­vie de re­trou­ver tous ces co­mé­diens que j’aime, Ca­role Bou­quet, Char­lotte Ram­pling, Jacques Du­tronc, des nou­veaux, Sa­ra Mar­tins, Jeanne Guit­tet, Guillaume Lab­bé que je ne connais­sais pas, puis des ac­teurs avec qui j’ai dé­jà tra­vaillé, Jean-Paul Rouve et William Leb­ghil, no­tam­ment dans « Ala­din ».

> Qu’est ce qui vous amu­sait dans « Ala­din » ?

De faire ce que je n’ai ja­mais fait : un rôle de com­po­si­tion. Je ne suis pas Chris­tian Cla­vier ca­pable de se trans­for­mer en Ja­quouille avec des dents pour­ries. On m’a pro­po­sé un rôle de sul­tan, pas le rôle prin­ci­pal. Il n’y avait pas d’en­jeu. Je me suis dit je vais es­sayer, juste pour voir.

> Vous re­voyez tou­jours la bande du Splen­did ?

Ah oui, oui. Mon rêve était de tour­ner un film avec Chris­tian Cla­vier. Une co­mé­die un peu dé­ca­lée comme j’aime les faire. Mais comme c’était dé­ca­lé, il a pen­sé que le pu­blic ne com­pren­drait pas en voyant nos deux noms. Donc, je n’ai pas fait le film.

> Pour­quoi avez-vous quit­té le pre­mier la troupe ?

Peu à peu, nos goûts chan­geaient, se dé­ve­lop­paient et ils n’étaient plus com­muns. Cha­cun avait sa per­son­na­li­té. La preuve, cha­cun a fait une car­rière dif­fé­rente. Si on était res­té en­semble, on au­rait eu des désac­cords. Ce qui est ar­ri­vé. Cer­taines choses fai­saient rire les uns, pas les autres. Avant, on riait des mêmes choses.

> Marre aus­si du per­son­nage de Jean-Claude Duss dans

« Les Bron­zés » ?

Bah oui ! C’est une ca­ri­ca­ture. Il me col­lait à la peau comme le spa­ra­drap du Ca­pi­taine Had­dock. Les gens pensent vous connaître. En fait, ils connaissent Jean Claude Duss pas Mi­chel Blanc. Après 43 ans de car­rière et 60 films, ils conti­nuent de me voir dans ce rôle. Ils me disent tou­jours : « Je vous adore. J’adore les Bron­zés ! ». Et je suis très content parce que je n’en suis plus pri­son­nier, parce que j’ai pu jouer des per­son­nages dif­fé­rents au théâtre et au ci­né­ma.

> Être ac­teur, c’est dé­pendre du dé­sir des autres, du pu­blic. Ça vous an­goisse ?

On dé­pend du pu­blic et des pro­duc­teurs. S’ils ne veulent pas de vous, vous n’exis­tez pas. J’ai aus­si d’autres su­jets d’in­quié­tude : voir si le film va plaire, trou­ver un autre su­jet pour le pro­chain, es­sayer de vivre le mieux pos­sible, voir comment mon pays, l’Eu­rope vont évo­luer.

> Et le suc­cès ?

Ah, je n’y peux rien !

Pho­to Ar­naud Bor­rel

Mi­chel Blanc a ado­ré re­trou­ver les ac­teurs de « Em­bras­sez qui vous vou­drez ».

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