Et des condi­tions de tra­vail qui se dé­gradent

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - LE FAIT DU JOUR - Anne-Cé­cile Juillet

Comme un ser­pent qui se mord la queue. Une étude (lire ci-des­sus) montre que les per­son­nels soi­gnants et les mé­de­cins sont plus dif­fi­ciles à re­cru­ter en Eh­pad. Pré­ci­sé­ment parce que les condi­tions de tra­vail y sont dé­gra­dées… es­sen­tiel­le­ment pour cause de sous-ef­fec­tifs.

Un Eh­pad pri­vé sur deux peine à re­cru­ter ? Pour les pro­fes­sion­nels du sec­teur, la nou­velle ne tient pas de la sur­prise. En cause, les condi­tions de tra­vail, for­te­ment dé­non­cées ces der­niers mois, no­tam­ment de­puis les jour­nées de grèves et d’ac­tion de la fin jan­vier. À l’oc­ca­sion, Le Té­lé­gramme avait re­cueilli bon nombre de té­moi­gnages al­lant dans ce sens. Poin­tée du doigt, dé­jà, l’in­adé­qua­tion entre la for­ma­tion re­çue par les nou­velles re­crues : « Mon école ne m’a pas pré­pa­ré à tout ça : on m’a ap­pris à main­te­nir l’au­to­no­mie des per­sonnes âgées, comme mi­mer un bros­sage de dents afin qu’ils puissent y ar­ri­ver seuls, mais on le fait à leur place ». De fait, cer­tains jeunes tombent de haut en dé­cou­vrant la réa­li­té de leur quo­ti­dien : « La jour­née de tra­vail de 12 heures avec 1 h 10 de pause maxi­mum, un week-end sur deux tra­vaillé » et les ré­per­cus­sions sur la vie de fa­mille… Les week-ends sont des mo­ments re­dou­tés par les soi­gnants : « Le di­manche, c’était tout sim­ple­ment hor­rible, ef­fec­tif au mi­ni­mum, charge de tra­vail énorme, et, de plus, être dis­po­nibles pour les fa­milles en vi­site ».

À lire les té­moi­gnages re­çus, les contraintes se mul­ti­plient à des­ti­na­tion des per­son­nels soi­gnants, va­riables d’ajus­te­ment de plan­nings ten­dus, faute de per­son­nels : « On nous de­mande de po­ser nos congés un an à l’avance, et, par­fois, il faut de longues né­go­cia­tions pour ob­te­nir un jour de récup ». Sans comp­ter « les ap­pels pen­dant les jours de re­pos pour rem­pla­cer, au pied le­vé, un col­lègue ma­lade ».

Ac­ci­dents du tra­vail et dé­mis­sions en chaîne

Les ar­rêts ma­la­die, no­tam­ment pour ac­ci­dents du tra­vail, sont nom­breux, sans rem­pla­ce­ment. Une em­ployée d’un Eh­pad bres­tois note qu’« en 2016, 230 jours d’ac­ci­dent de tra­vail ont été re­le­vés, contre plus de 700, l’an­née sui­vante ».

Aux dif­fi­cul­tés phy­siques (les toi­lettes de per­sonnes gra­ba­taires qu’il faut réa­li­ser à la chaîne), la dé­pré­cia­tion du mé­tier est aus­si liée aux souf­frances psy­cho­lo­giques au tra­vail. « Nous de­ve­nons mal­trai­tants mal­gré nous », ré­sume l’un d’entre eux. D’où beau­coup de « dé­mis­sions de jeunes contrats, qui ne peuvent pas suivre la ca­dence », « mais je les com­prends, com­ment peut-on ac­cep­ter de telles condi­tions de tra­vail ? » in­ter­roge P., ASH (agent des ser­vices hos­pi­ta­liers) dans une mai­son de re­traite du Fi­nis­tère. Comme un ser­pent qui se mord la queue.

Pho­to EPA

Ma­ni­fes­ta­tion du per­son­nel des Eh­pad, le 30 jan­vier der­nier, à Pa­ris.

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