Porc. Le pay­sage bre­ton se re­des­sine

Avel­tis, le nu­mé­ro deux des grou­pe­ments por­cins, et Pres­tor, le nu­mé­ro trois, viennent d’of­fi­cia­li­ser leur fu­sion, don­nant nais­sance à un nou­veau géant de l’agroa­li­men­taire. En 20 ans, le pay­sage por­cin bre­ton s’est re­des­si­né.

Le Télégramme - Lannion - Paimpol - - ÉCONOMIE - Fré­dé­rique Le Gall

1. Un mas­to­donte nom­mé Evel’Up C’est un événement qui fait du bruit dans le Lan­der­neau por­cin. Deux grosses struc­tures por­cines fi­nis­té­riennes Avel­tis (Lan­di­vi­siau) et Pres­tor (Ker­saint-Pla­ben­nec), dé­jà unies sur le plan com­mer­cial de­puis un an, se sont of­fi­ciel­le­ment ma­riées ce jeu­di à Ca­rhaix pour créer un nou­veau mas­to­donte de l’agroa­li­men­taire. La nou­velle co­opé­ra­tive qui s’ap­pelle Evel’Up to­ta­li­se­ra 4,2 mil­lions de porcs, pro­duits par un mil­lier d’éle­veurs, 800 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires et em­ploie­ra 800 sa­la­riés.

C’est Guillaume Roué, le pré­sident de Pres­tor, qui en se­ra le pre­mier pré­sident tan­dis que Phi­lippe Bi­zien d’Avel­tis as­su­re­ra la fonc­tion de pré­sident dé­lé­gué.

Cette union qui va per­mettre à Evel’up de faire qua­si­ment jeu égal avec la Coo­perl, le nu­mé­ro un fran­çais, est un ma­riage de rai­son.

L’ob­jec­tif af­fi­ché par ses di­ri­geants qui évoquent « une fi­lière trop écla­tée » est de ren­for­cer l’ac­com­pa­gne­ment tech­nique des éle­veurs mais sur­tout de prendre du poids face à ses clients trans­for­ma­teurs ou dis­tri­bu­teurs. 2. Une re­struc­tu­ra­tion per­ma­nente Crise, fu­sions, unions, dé­faillances… Ils étaient près de 200 dans les an­nées 70, une tren­taine il y a 20 ans : les grou­pe­ments de pro­duc­teurs n’ont pas ar­rê­té de se re­struc­tu­rer ces der­nières dé­cen­nies. Ils ne sont plus que dix au­jourd’hui à opé­rer en Bre­tagne. La fu­sion Avel­tis et Pres­tor fait suite à de nom­breux mou­ve­ments dans le pay­sage por­cin.

Avel­tis était dé­jà is­su du re­grou­pe­ment en 2010 de trois co­opé­ra­tives Léon Tré­guier (LT), Porc Bre­tagne Ouest (PBO) et Py­ga­lys. Dans l’Ouest, le der­nier re­grou­pe­ment date de 2017 avec la créa­tion de Por­veo, is­su du rap­pro­che­ment entre les grou­pe­ments porcs de Ter­re­na et de la CAM (co­opé­ra­tive agri­cole de la Mayenne). Rai­sons es­sen­tielles de ces re­grou­pe­ments : faire des éco­no­mies d’échelle mais leurs ini­tia­teurs visent sur­tout à éta­blir un rap­port plus équi­li­bré avec leurs par­te­naires et leurs clients. C’est le su­jet chaud du mo­ment. La po­li­tique agri­cole eu­ro­péenne en­cou­rage aus­si à pré­sent les or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles à al­ler dans ce sens. 3. Une spé­ci­fi­ci­té fran­çaise Le mo­dèle des grou­pe­ments de pro­duc­teurs de porcs tel qu’il existe en France est unique au monde. L’es­sor de la pro­duc­tion por­cine en Bre­tagne dans les an­nées 70 à 90 a re­po­sé sur l’or­ga­ni­sa­tion de ses pro­duc­teurs, en­cou­ra­gée par l’État. « Cette den­si­té de grou­pe­ments avec une ac­tion col­lec­tive de haut ni­veau a été une chance pour le Bre­tagne », té­moigne Mar­cel Cor­man, an­cien pré­sident de l’Union des grou­pe­ments de pro­duc­teurs de viande en Bre­tagne (UGPVB). L’ob­jec­tif à l’ori­gine était double : dif­fu­ser le pro­grès tech­nique et gé­né­tique pour amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té des éle­vages, mieux ré­pondre aux be­soins de l’aval et en­fin as­su­rer la mise en mar­ché des porcs. Par la suite, les uns et les autres ont étof­fé leurs offres avec des nou­veaux ser­vices : san­té ani­male, fi­nan­ce­ment de prêts, gé­né­tique, trai­te­ment des dé­jec­tions. Les fa­bri­cants d’ali­ment ont joué un rôle im­por­tant dans la struc­tu­ra­tion de ces grou­pe­ments et l’ex­plo­sion de l’éle­vage hors sol. 4. Une di­ver­si­té de pro­fils En ma­tière de grou­pe­ments, il y en a pour tous les goûts. Entre ceux qui se li­mitent à la mise en mar­ché de leurs porcs et ceux qui in­tègrent la fi­lière de Aà Z, de l’ali­men­ta­tion ani­male à l’abat­tage et la trans­for­ma­tion (exemple : la Coo­perl) il y a plu­sieurs for­mules in­ter­mé­diaires, avec ou sans liens fi­nan­ciers avec les abat­toirs avec ou sans par­te­na­riats com­mer­ciaux avec les dis­tri­bu­teurs.

Cer­tains grou­pe­ments ont des contrats d’ex­clu­si­vi­té avec un dis­tri­bu­teur (exemple : El­porc avec Le­clerc). Dans un contexte de baisse de la pro­duc­tion, la concur­rence entre grou­pe­ments est rude cha­cun cher­chant à gar­der ses éle­veurs et à en re­cru­ter de nou­veaux.

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